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« très estimé parmi les siens, comme homme de « talent et de mérite. Mais je ne pus le sortir de « l'air grève et austère qu'il ne devoit sans doute « qu’à sa fâcheuse situation, car il me témoigna « être sensible à mes soins.
« Ses compagnons parürent moins affectés et « se livrèrent davantage.... »
Desandroüins raconte ensuite, con ment il surprit un Sauvage rôdant sous sa tente, soit pour piller, soit pour insulter les Anglais qui étaient ses hôtes ; quel danger il courut de la part de ce misérable à moitié ivre ; le secours que lui donna la garde du général, prévenue par son domestique ; l’'exaspération dans laquelle il se trouvait ; et enfin les reproches qu'il adressa aux interprètes, au lieu de remercier Montcalm :
« J'étois comme enragé, dit-il. Notre Général me voyant la tête exaltée, fit semblant de compatir à mes plaintes, en riant sans doute intérieurement de mon extravagance. Peut-être aussi ne fut-il pas fâché que les Anglois vissent ce que nous avions à souffrir avec ces peuples barbares, et la difficulté de les contenir...
« À la fin dela campagne, il se présenta une occasion de délivrer encore une victime. J'étois au fort Saint-Jean occuppé à quelques travaux avec trois bataillons. Nous étions dans une très grande disette de vivres. Deux familles Sauvages vinrent s'établir auprès de notre camp, se proposant « de chasser et de faire bon profit de leur gibier.
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« Ces Sauvages avoient avec eux un enfant de « 13 ans, qu'ils avoient conservé malgré toutes nos « recherches, après la prise du fort William-Henry. « Ils vouloient en faire un Sauvage, et ils avoient « pour lui toutes sortes de complaisances. Pré- « voyant que les François le caresseroient et « chercheroïent peut-être à favoriser son évasion, «ils prévinrent le commandant du fort, M. de « Montreuil, capitaine de grenadiers au régiment « de la Reine, tué depuis, que s’il ne défendoit à « l'ordre de donner un refuge au petit Anglois, « ils quitteroient le camp. M. de Montreuil, désireux « de procurer quelque . ulagement à notre misère, « ne manqua pas de le défendre expressément.
« L'enfant éioit un blondin de la plus jolie « figure du monde, fils d’un tambou:-major de « régiment. Il jouoit de la flûte, # de plusieurs « autres instruments à vent, fort agréablement. « Son seul regard attendrissoit sur son sort. Les « Sauvages, pour charmer son ennui, le laissoient
courir sous les tentes où chacun lui faisoit fête.
Mais la nuit venue, il falloit retourner à ses
tyrans, et c'étoit à contre cœur. Je m’étonnois
qu'aucun de nous ne fut assez adroit, ou assez hardi, pour l'enlever.
« Un soir, rentrant au fort, après le travail,
j'apperçus cet enfant seul au milieu de la cour,
qui me tendoit les bras. Pénétré jusqu’au fond de l’âme, je le saisis avec empressement et je l'emporte dans ma misérable cahutte ; je le