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chaleur du combat : — Roger, viens icy ; c'est moi qui t’appelle et qui te défie ! — Roger étoit le chef des Anglois. Quelques-uns disent que Roger luy répondit sur le même ton. Mais des gens, qui ont entendu le propos de Marin, m'ont dit n’avoir point oui celuy de Roger.
« Enfin l'ennemy n'avançant ni ne reculant, et se tenant avec précaution derrière les arbres ; et n’y ayant plus moyen de rallier les pleutres qui nous abandonnoïent, Langis proposa à Marin de faire la retraite : ce qu'il n’approuva qu'après quelques difficultés.
« Alors il fit enlever ses blessés, et fit route par la droite pour regagner ses paquets. Il ne fut point du tout poursuivi par l’ennemy qui, de son côté, fila aussi par sa droite dès qu'il se fut assuré de notre retraite. Il ne jugea pas sans doute pouvoir atteindre les Sauvages dans les bois, ou se crut trop heureux d’en être débarassé. « Je tiens tous ces faits de la Rochebeaucourt et de tous ceux qui étoient avec Marin.
« Les Sauvages ont eu 5 hommes tués et 3 de perdus ; 2 soldats de la Colonie et un sergent
« tués ; 2 Canadiens, dont un de Montréal nommé
Trudau, tués ; avec une dizaine de Sauvages
« blessés, dont 2 de ces braves Micmacs ; deux
cadets blessés, MM, de Cucy et Mouatte.
« Ils ont ramené 5 prisonniers, dont le major du 3e régiment de la Milice de la Nouvelle-Angleterre : il avoit été pris à la première charge.
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« Courtes réflexions, sur cette affaire :
« 1° — Le combat se seroit, peut-être (et même les gens qui y étoient en sont persuadés), tourné en notre faveur , si les Canadiens fussent seulement restés à leur place, lors de la première décharge. Car les soldats et les Sauvages, animés par le bon exemple de l'officier, eussent suffi pour mettre le désordre dans les rangs ennemis.
« 2° — L'ennemy, une fois posté, ne recule plus maiïgré les cris des Sauvages, et une longue fusillade. Il scoit trop qu'il n’y à point à fuire et qu'il luy faut vaincre ou périr. 1 n'y a donc que la première terreur qu'il faut saisir, pour qu'un petit nombre en détruise un plus grand.
« 3° — Les Sauvages ont parmi eux quelques poltrons, ou gens prudens qui n'aiment pas hazarder leur vie : ou bien, de même que l'ennemy a une première terreur, ils ont une première ardeur ; passé le temps de laquelle, les choses rentrent dans l’état naturel. Ils en ont aussi de très braves qui ne quittent pas pas aisément parti ; et d’autres qui tiennent le milieu entre les braves et les poltrons, qui avancent et reculent pendant la durée d'un long combat. Je parle d’après les gens qui ont vu cette dernière affaire. Somme toute, ils se sont battus beaucoup mieux que je ne le croyois jusqu'à présent de toute Nation, sauf celle des
pat
os les
« Iroquois. Les Abenaquis, dont j'avois mauvaise « idée, ont très bien fait.
« 4° — Les soldats de la Colonie se sont aussi « fort bien comportés. L'esprit de ce corps est « d'être braves et indisciplinés. Ils marchent mal « dans le bois, à ce qu'on dit; mais il faut les « y accoutumer, et ils iront bien.
« 5° — Les Canadiens ont perdu lout leur « ancien espril guerrier. On a tellement soin « de tryer les voyageurs et les bons hommes « pour le commerce des pays d'En Haut, et pour « les vat-et-vient du munitionnaire, qu'il ne se « trouve plus dans n2s armées que la vile racaille, « sur laquelle on ne peut compter, pas même « pour ramer, encore moins pour gouverner les « batteaux. Dans ce dernier parti, où on disoit que Marin en avoit 100 de bonne volonté, il ne s’en est trouvé que douze qui soient venus aux coups de fusil. Ils ont fui à la première décharge des nôtres sur l’ennemy, ont traversé un mauvais marais qui se trouvoit derrière eux, et jamais il ne fut possible de les ramener.
« Aussi comment se pourroit-il faire que des gens, qui ne connoissent le feu que pour avoir oui dire qu'on y étoit tué, y puissent avoir de la fermeté, s'ils n'y sont excités par la crainte d'être blâmés des voisins, parens, ou camarades braves qui sont témoins de leur manœuvre.
Otez tous les gens d'élite d’une armée, le reste ne vaudra pas mieux que des femmes.