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temps et tous leurs soins, au tracé et à l'exécution de ces travaux.
Mais il n’y avait que les Français qui sussent être ainsi à la fois ouvriers et soldats. Les Canadiens, ni surtout les Sauvages, ne se seraient jamais pliés à ce rude service. À eux il fallait la vie dans les grands bois, la vie d'aventures, la guerre de surprises et d'embuscades , où l’ouie et les yeux jouent un si grand rôle ; où on tend des pièges et on chasse à l'homme comme à la bête fauve ; où le succès appartient au plus patient, au plus rusé, au plus adroit, au plus leste à courir, au plus habile à se dissimuler, au plus intrépide à se montrer et à braver le péril, suivant les occasions.
Cependant on leur adjoignait presque toujours, outre des officiers français pour les commander, quelques piquets des deux compagnies de volontaires qui formaient pour ainsi dire le noyau de ces reconnaissances. Elles étaient parfois poussées très loin, non seulement sur les rives du Saint- Sacrement, mais jusqu'aux ruines du fort William- Henry, et même jusqu'autour du fort Lydius. Si on y perdait quelques hommes, on y /aisail toujours quelques chevelures, et on en ramenait parfois un ou deux prisonniers que l’on faisait causer, et qui ne disaient rien de vrai.
Desandroüins nous donne quelques détails sur un engagement qui suivit une de ces reconnaissances.
« Marin, dit-il, partit le 4 août de Carillon,
« vers cinq heures du soir, avec M. de la « Rochebeaucourt, Langis l'aîné, quelques autres « officiers et quelques cadets, environ 130 Sau- « vages, une quarantaine de soldats de la Colonie « et 100 Canadiens. Il laissa ses canots à la rive « droite du lac, à 3 lieues d'icy, et dirigea sa « marche vers l’ancien fort la Reine des Anglois, « tout au travers des terres. Il rencontra deux ou « trois rivières qu'il passa, et cotoyant la rivière « aux Chicots, qu'il laissa toujours au moins à « trois quarts de lieue sur sa droite, il arriva le 8, « vers une heure du matin, à 3 lieues du fort la « Reine, ayant, entre le fort et lui, un vieux « chemin qui conduit au fort Lydius.
« Arrivé là, il entendit quelques coups de fusil « qu'il jugea être des ennemis. Les Sauvages ne « doutèrent pas que les Anglois ne suivissent le « vieux chemin, tournèrent aussitôt à droite, et « allèrent s’'embusquer le long de ce chemin, sur « le flanc droit de la colonne angloise qui retournoit « effectivement à Lydius.
« L'instant d’après, elle s'enfonça dans l’embus- « cade. On luy fit une décharge qui fit fuire toute « la tête qui étoit enfournée. Les Sauvages, suivant « leur première ardeur, sautent dessus, le casse- « tête à la main. Les Canadiens, au contraire, « prennent la fuite, à “outes jambes, sans avoir « encore essuyé aucun coup de fusil. Les officiers, « les soldats et les Sauvages veulent les ranimer « et les rappellent inutilement ; ce qui donne aux
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Anglois le temps de se reconnaitre, de se rallier, et Ôte aux Sauvages leur première ardeur.
« Cependant les officiers prennent à l'instant le parti de foncer avec les soldats qui les suivent, environ moitié des Sauvages et sept ou huit Canadiens.
« Ils trouvent à une portée de fusil les Anglois marchant à eux, qui dans le moment se saisissent de gros arbres. Nos gens en font autant, et l’on se fusille pendant ux heures, sans se faire, vraisemblablement, beaucoup de mal ni de part ni d'autre. Nous savons de gens, qui y étoient, que Marin et les officiers ne quittèrent plus cette position.
« Ils se trouvèrent plusieurs fois réduits à moins
de 430 faisans tête à l’ennemy, et jamais plus de
80 ou 100, malgré les exhortations des Sauvages
eux-mêmes, et entr'autres de quatre Micmacs
qui, parlans très bon français, excitoient les autres à les suivre, et faisoient tout ce qu'on peut attendre des plus braves officiers.
« Sarégoa, fameux chef iroquois, dit alors à « Marin : — Ganoron, — qui veut dire: — Cecy « est de valeur. — Et pourquoi ? dit Marin. — Ah! « mon père, dit le Sauvage, si seulement j'avois « mes jeunes gens ! — Et il alla enlever dans le « plus fort du combat un Anglois derrière un « arbre.
« Marin s'y comporta, on peut dire, avec « témérité, et fit la bravade de crier pendant la
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