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achevées, de faire des batteries aux endroits du retranchement qu'on jugeroit les plus favorables, et de faire distribuer des caisses de cartouches à chaque bataillon.
« Il répondit à Montbeillard qui le lui proposoit : — Nous aurons toujours le temps de pourvoir à tout cela. — Puis se retournant du côté de M. de Roquemaure : — Mais ils peuvent venir par le fond de la baye : il nous faudroit du canon de ce côté là. — Ce qui fit une telle impression parmy certains assistans qu’on commença à craindre pour la première fois du côté de la baye, par la seule raison que les ennemis paraissoient du côté du lac Saint- Sacrement.
« Que ne se trouvoit-il un crieur assez obligeant pour les tirer de peines, en disant : — Hé!
tant mieux, s'ils viennent par le fond de la baye ; ils ne pourront vous approcher de demilieue ! — Enfin après longue et scavante discussion sur la prochaine et dangereuse attaque des ennemis, quelqu'un dit : — Allons nous coucher ; — et son avis fut suivi!
« Ah ! Montcalm! Montcalm! »
Montcalm, rappelé, pour ainsi dire, par ce cri
de détresse du brave capitaine, revint le 16 Septembre.
A son arrivée, on lui rendit compte des alertes
que l’on avait eues. La peur avait grossi le danger. L'ennemi ne fit aucune tentative. Peut-être sut-il
Montcalm de retour. Cependant les travaux ne furent pas abandonnés.
Desandroüins qui n'avait cessé de les diriger depuis qu'on était à Carillon, avec un zèle et ura activité qui ne se démentirent pas un moment, nue jour par jour ce qui a été fait, et le nombre d'hommes qui ont travaillé. Mais nous ne reproduisons pas ces notes quotidiennes qui seraient des redites, dans le genre de celles-ci :
« Le 18, 200 hommes ont travaillé à la courtine entre la redoute en pierres sèches et la redoute en terre, 200 autres hommes ont travaillé à rouler des planches et à commencer les glacis du chemin couvert, 70 grenadiers ont travaillé à la trouée et au désert, 25 Canadiens ont été chercher des pièces équarries. »
Ou bien encore : « Le 19, le même nombre d'hommes a travaillé à la courtine; ils l'ont achevée tant bien que mal, 200 hommes ont travaillé au glacis, et 70 grenadiers au désert. Les 23 charpentiers du fort ont été employés. « Le 20, 32 ateliers, de 15 à 20 hommes chacun, « ont travaillé au glacis, 72 hommes ont travaillé « à rouler des pièces, des troncs d'arbres, 70 « grenadiers ont continué à faire le désert.
« Le 21, les travaux comme hyer, à l'exception « des grenadiers qui n’ant pas travaillé. »
Et ainsi chaque jceur. Chaque jour on travaille, même « le 1 Novembre, quoique fête de tous les
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« Saints et malgré un brouillaré mêlé de pluye, « on travaille. »
Quelque chose qu'on fit vers cette époque, fut de placer de l'artillerie sur les retranchements, « à quoi on n’avoit pas songé, ou ce qu’on n’avoit « pas eu le temps de faire avant la bataille du « 8 Juillet.
« Le 28, M. de Montcalm, le chevalier de Lévis, les officiers d'artillerie, les aides-majors et moi, nous nous sommes transportés le matin aux retranchemens, où on a eu beaucoup de peines à emporter la décision d'y établir du canon.
Cela n’étoit pas du goût des officiers majors sous prétexte qu’on a le temps. »
Dès le lendemain, 160 hommes y travaillèrent ; et quelques jours après, les embrasures étaient faites entre les arbres au moyen de gabions; et on avait une vingtaine de canons qui ouvraient leur gueule suz la campagne.
Le 2 Octobre, vers 3 keures après midi, est arrivé au camp un officier Anglais, porteur de lettres du général Abercromby pour le marquis de Vaudreuil, redemandant la garnison de Frontenac, puisqu'en échange on n'avait encore renvoyé aucun prisonnier Anglais.
« Bougainville est allé aussitôt porter à l’Anglois « quelques rafraichissemens, un panier de vin de « Cherès, et lui a tenu compagnie toute la nuit. € Il a rapporté un panier de bière de Bristol et « les nouvelles suivantes : Nous avons été battus
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à Ruremonde et les Autrichiens ont été battus par le roi de Prusse ; le Danemarck s’est déclaré contre la Suède; la Hollande pour nous ; le Turc contre les Russes ; les autres puissances neutres. »
Ainsi les revers de la France venaient troubler nos soldats jusqu’au fond du Canada.
Peu de jours après vers le 18, Bougainville quitta Carillon et s’embarqua pour la France malgré les dangers de la traversée. Il y était envoyé par le marquis de Vaudreuil mais il y allait surtout pour y défendre Montcalm, son général et son ami, contre les insinuations calomnieuses auxquelles il était en but.
Desandroüins résume en quelques mots l’objet de sa mission. ;
« Bougainville, dit-il, passe en France, selon « l’aveu et même selon le désir du marquis de « Vaudreuil qui ne croit pas pouvoir confier en « meilleures mains l'exposé au Ministre de la « situation de la Colonie et la justification de ses « fautes.
« l° Les dépenses ne regardent, depuis M. de « Machaut, que l’Intendant. 2° La grande société « est protégée de l’Intendant seul : il n’a d’autres « avantages que le transport gratis de ses provi- « sions. 3 La prise de Frontenac ne doit être « imputée qu'aux Sauvages qui luy ont répondu « de cette partie, et qui auroient pu se formaliser,
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« s'ils eussent vu un gros corps de troupes sans « nécessité sur cette frontière.
« Ainsi l’Intendant et les Sauvages sont les seuls « responsables de tout le mal : qu'ils se tirent « d'affaire !
« Faire son avocat d'un homme dévoué à un « concurrent, est-ce une saine maxime en « politique? Oui, si le concurrent est homme « d'honneur ». Et nous ajouterons : Oui, si l'avocat est aussi un homme d'honneur. Or, tel étaït Bougainville ; pour ses ennemis comme pour ses amis, il était la franchise, la droiture, la loyauté personnifiées.
Il devait défendre à la Cour de France son général ; il le défendit avec toute l’ardeur d'un ami, et toute l’habileté d’un diplomate, sans attaquer le marquis de Vaudreuil, dont les rapports n'avaient pas toujours été favorables à Montcalm. Il devait réclamer des secours pour le Canada : il les réclama avec l'éloquence d'un homme qui connaissait sa situation déplorable, et la faiblesse numérique de l’armée chargée de le défendre.
Mais ce fut peine perdue : le gouvernement français, tout entier au projet d’une descente en Angleterre que devait commander Chevert, abandonnait à eux-mêmes le Canada, Montcalm et ses quelques soldats !
Pendant que Bougainville plaidait, en France, leur cause avec tant d'énergie et si peu de succès, voici venir à grands pas le rigoureux hiver du
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Canada. Déjà les bandes d’outardes, ét autres oiseaux voyageurs, ont passé au-dessus de Carillon, pour aller chercher, aux Florides, un climat plus chaud.
Il faut quitter ces champs consacrés par la victoire. On n’y pourrait jamais nourrir 4.000 hommes, pendant les longs mois de l'hiver. On est à plus de 65 lieues de Montréal seul centre habité ; et le Champlain ne sera bientôt plus qu'une glace que la neige le plus souvent couvrira. Du reste les fortifications sont à peu près achevées. Nous l’avons dit, on y a travaillé même le jour de la Toussaint.
Ce jour là, commence la dislocation du camp.
Le matin, un bataillon de la Colonie s'est embarqué, et vers 11 heures, le 2e bataïlon de Berry l'a suivi :
Montcalm constitue la garnison du fort. Elle est composée ainsi qu'il suit :
M. d'Hébecourt, commandant.
De la Reine et de Béarn, 72 hommes, 3 sergents et 1 tambour.
De la Sarre et de Languedoc, 72 hommes, 3 sergents et 1 tambour.
De Royal-Roussillon et de Guyenne, 72 hommes 3 sergents et 1 tambour.
De Berry, 72 hommes, 3 sergents et 1 tambour.
De la Marine, 96 hommes, 4 sergents et 2 tambours :
Formant un total de 384 hommes, 12 sergents
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et 6 tambours, commandés par 12 officiers de troupes. Il restait en outre, 3 officiers d'étatmajor et 5 cadets.
Le 2 novembre, départ du 2° bataillon de la Colonie, et du 1er de Berry.
Le mêmé jour, les Anglais avaient aussi reporté leur camp en arrière, et s'étaient retirés dans leurs forts et vers Albany.
Un parti Francais alla s’assurer de leur départ ; il rapporta de leur camp « 28 quarts de très bon lard » qu'ils y avaient abandonnés, et ramena aussi quelques berges.
« Le major de Royal-Américain avoit laissé une fort jolie barraque, avec une inscription par laquelle il prioit les François de ne pas la détruire. On eut la politesse de la conserver avec une autre inscription datée et signée. »
« Le 3, assez beau temps : la Reine est parti. « Le 4, beau temps. Départ de M. de Montcalm et du chevalier de Lévis, avec Languedoc.
« Le 5, mauvais temps. Départ de la Sarre et « Béarn.
« Le 6, temps passable. Départ de Royal- « Roussillon et Guyenne.
« Le 7, nous avons eu une fausse allarme « pendant la nuit. Les sentinelles ont entendu « trois grands cris, vers 2 heures, et les chiens « ont aboyé. On à cru qu’on enmenoit quelques- « uns de ceux qui couchent dans les barraques « des anciens camps. On a réveillé le commandant
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