‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 71 sur 109 · DIT · texte numérisé non relu

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mauvais soldats en ligne, nous l'avons déjà dit, étaient éminemment propres à ce genre de guerre, où chacun y est pour soi. Mais il fallait des officiers français qui leur donnassent l’exemple du courage, et les maintinssent dans les circonstances difficiles. car alors ils avaient plus de confiance en l’omme pâle qu'en eux-mêmes.

I n'en manquait pas à Carillon de ces hardis aventuriers : Wolf, de Langis, du Faye, du Prat, Bernard, Fabrevois, etc.

Certes, il y avait quelque chose qui devait sourire aux cœurs jeunes, braves, amoureux du péril, dans ces courses lointaines, sous ces grands bois solitaires ; en compagnie des Sauvages. De ces affreux Sauvages qui, le tomahawak ou le casse-tête à la main et le fusil sur l’épaule, s’en allaient, cherchant la piste sous la feuillée ; sondant de l’œil les fourrés: saisissant, dans le silence général de la nature, des bruits imperceptibles aux autres ; franchissant les cours d’eau sur de légers canots d’écorce qu'on emportait avec soi; épiant et attaquant les habitations isolées qu’on rencontrait par hasard ; couchant à la belle étoile, ou sous un arbre de la forêt ; vivant d’un morceau de pain et d’un quartier de viande boucanée; parfois se heurtant à un parti ennemi, recevant des coups de fusil, en rendant ; et revenant presque toujours au fort avec quelques prisonniers, quelques chevelures, et des nouvelles vraies ou fausses.

Mais que d'actes de barbarie ont dû se com-

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mettre dans ces reconnaissances, quand l'officier qui commandait n'avait pas le pouvoir ou la volonté de les empêcher. Voici un fait raconté et flétri par Desandroüins :

« Un parti de Sauvages commandé par M. Heriel, « officier de la Colonie, courant les bois et rôdant « autour d'habitations qu'ils se gardèrent bien « d'attaquer, aperçoit un paysan, passant tran- « quillement avec sa femme qui tenoit un enfant « à la mamelle. Les Sauvages tirent sur le paysan, « lui labourent l’omoplate d’une balle, et le font « prisonnier, lui, sa femme et son enfant, et « l’enmènent vers Carillon, les Sauvages portant « l'enfant. A un jour de marche, la pauvre femme « tomboit de fatigues, et ne pouvoit suivre ses « ravisseurs au travers des bois. Alors, on s'arrêta « un instant, et on la tua d’un coup de fusil! « Trait barbare et inhumain, digne couronnement « d’une si belie course !

« M. Hertel a rapporté que cette femme étoit « jeune et jolie.

« On croit, en ce pays-cy, s'être immortalisé « quand on a fait 200 lieues pour assassiner une « femme! »

Les Sauvages, dont nous venons de parler, étaient revenus très nombreux, cette année, au camp de Carillon. Ils étaient près de 400 qui parurent d'abord remplis de bonne volonté, assurant M. de Bourlamaque qu'ils ne l’abandonneraient pas de toute la campagne. « Ils seront

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à tout moment sur l'Anglois comme les maringuoins (1) bien affamés qui reviennent inquiéter « et sucer le sang de celuy qui leur est exposé.

« Il est vray qu'ils s'enyvrent avec tout ce qu'ils « veulent : on ne leur refuse rien. Une troupe de « Sauvages yvres est venuë présenter un Collier « au Général pour avoir de l’eau-de-vie, ce qui ne « s'étoit jamais fait : le Collier fut rejeté et « l'eau-de-vie refusée. On n'auroit pàû leur en « donner, sans vouloir les tuer, ou les rendre « malades pour longtemps. Ils sont tous enrhumés. « L'on prétend que la dernière reconnaissance a « manqué à cause de la toux qu'ils avoient tous, « et qu'ils n’ont contractée qu'à force de chanter « la guerre conti lement pour avoir de l’eau- « de-vie. »

Grands enfants, qui avaient naïvemeut tous les défauts de l'enfance, même la duplicité !

Ainsi un Sauvage appelé Flounontouan, faisant partie d’une expédition de M. de Langis, l’abandonna en route, et on le crut passé aux Anglais, tellement que ses compagnons en furent consternés et firent des excuses à leur Père.

Mais, huit jours après, Flounontouan reparut et raconta qu'il avait voulu faire un prisonnier chez les Anglais ; qu'il avait vécu d’un ours qu'il avait tué à la chasse, et dont il rapportait des quartiers boucanés ; qu’il était resté plusieurs jours embusqué

(1) Maringouin, moucheron d'Amérique semblable au cousin, mais plus gros.

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