CHAPITRE XIV
On décide qu’on abandonnera Carillon. — Les travaux y continuent. — Approche des Anglais. — Bourlamaque quitte Carillon qu’on fait sauter. — L'armée se retire à l'Ile-aux-Noix.
Il y a cent ans, les grands chemins du Canada étaient les lacs, les fleuves et les rivières. Il n’y en avait pas d’autres. Une armée étrangère ne pouvait envahir le pays que par là ; et tous, ils aboutissaient à Montréal, capitale du Canada.
Le lac Champlain était un de ces chemins, comme l'Ontario, comme le Saint-Laurent.
Desandroüins, nous l’avons dit, allant à Carillon, avait reconnu le Champlain et cherché, sur ses bords ou dans ses îles, une position qui barrât « chemin aux Anglais, en cas où il fallut abandonner Carillon, tête du lac.
Cette éventualité de l'abandon de Carillon se faisait menaçante.
Il était certain en effet que la petite armée de Bourlamaque, 2.500 hommes à peine, allait être attaquée par des forces dix fois supérieures, 20 ou 25.000 Anglais.
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Fallait-il les attendre à Carillon ? Fallait-ils les attendre ailleurs ? Là était la question.
Les attendre à Carillon
S'ils marchent droit sur cette position, et qu'ils l’assiègent ; pourra-t-on résister? Plus prudents et non moins audacieux que l’an dernier, ils auront cette fois des berges sur le lac Champlain, et du canon contre nos retranchements ! Et si l’on est vaincu : la retraite sera coupée du côté du lac; le tiers des forces du Canada anéanti ; et le chemin de Montréal large ouvert !
Mais attaqueront-ils même Carillon ?
Il peut se faire, qu'instruits par leur précédente défaite, les Anglais tournent le fort en profitant d'un ravin profond qui les cache à sa vue ; fassent par la même voie le portage de leurs berges jusqu'à l'embouchure de la Barbue, portage, qui n'étant long que de cinq à six lieues, leur est facile vu leur grand nombre ; et tombent ainsi sur Saint-Frédéric qui ne peut résister. Alors que deviendra la petite armée de Carillon, isolée du Canada? Qui arrêtera l’armée Anglaise, maitresse du lac Champlain, dans sa marche sur Montréal ?
Après tout c'était moins la forteresse de Carillon qu'il s'agissait de garder, que la route de Montréal. Si on empêchait les Anglais de passer, peu importe que ce fut à Carillon, à la Barbue ou ailleurs. Pourvu qu'on les arrêtât sur le lac Champlain, cela suffisait !
Alors, ne fallait-il pas mieux abandonner la
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