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position de Carillon où l'on risquait d'être pris ou tourné ? On y laisserait une faible garnison, suffisante seulement pour la mettre à l'abri d'un coup de main, et on irait se retrancher dans une position déjà reconnue par Desandroüins. Là, on aîtendrait que l'ennemi accentuât son mouvement. La garnison de Carillon ferait son possible pour le retarder. Puis, quand elle se sentirait à bout, et avant qu'elle fût tout-à-fait bloquée, elle quitterait le fort pendant la nuit ex le faisant sauter, et rejoindrait Bourlamaque par terre ou par eau.
Desandroüins , dans un de ses précédents Mémoires, avait prévu le moment où il faudrait faire sauter le fort de Carillon.
Cette résolution prise sans doute en conseil de guerre, l'exécution en fut remise à Bourlamaque. On pouvait être sûr qu’il ne devancerait pas d’une minute l'heure de la retraite !
D'abord il voulut voir par lui-même les positions de Saint-Frédéric et de la Barbue, et s’y rendit le ler Juin, accompagné des deux compagnies de la Reine et de Berry.
Saint-Frédéric n'était pas tenable, dominé qu'il était par une hauteur semblable à celle qui se trouve près de Carillon. Seulement la hauteur de Carillon est fortifiée, tandis que celle de Saint- Frédéric ne l'est pas ; et l’on n’a pas le temps d'y faire des retranchements susceptibles de défense.
Quant à l'embouchure de la Barbue, la position
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On ne voulait laisser derrière soi, aux Anglais, que des ruines.
Mais tous ces projets de retraite, encore inconnus à l’armée, n'avaient pas d’un instant interrompu les travaux de Carillon.
La victoire du 8 Juillet avait fait de Carillon presqu'un objet de terreur pour les Anglais, en même temps qu'elle donnait à nos soldats une extrême confiance dans la bonté de ce poste.
Confiance peu méritée pourtant suivant le capitaine Desandroüins : « Deux années de travaux conti- « nuels faits à Carillon, pourraient faire soupçonner « que ce poste est soutenable, dit-il, et il n’en est « rien. »
Il est vrai que depuis lors la montagne tout entière, à la pointe de laquelle se trouve Carillon, et les deux petites plaines de chaque côté avaient été garnies de bons retranchements qui pouvaient défier pendant quelque temps un retour offensif de l'ennemi. Mais il y restait encore beaucoup à faire. Du reste, à la guerre, il n’y a pas de position complètement inexpugnable : toujours il y manque quelque chose : toujours il faut améliorer, compléter, augmenter : toujours il faut travailler.
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Nos soldats travaillaient donc à Carillon cette année, comme ils avaient travaillé l'an dernier ; comme s'ils avaient dû définitivement s'y établir, et y attendre les Anglais. On y creusa même un puits profond pour donner de l'eau potable en cas de blocus.
Pourtant quelques jours avant le voyage de Bourlamaque à Saint-Frédéric, « le bruit avait « couru qu'on devoit abandonner le fort de « Carillon à ses propres forces, que M. d'Hébe- « court y commandera et que toute la garnison « est déjà nommée. »
En effet, le 26 Juin, on commenca à déblayer le fort. « Ce déblayement, quoique fait le plus se- « crettement possible, n’en est que plus remarqué « du soldat qui est surpris qu’on attend la nuit « pour embarquer des effets.
« Le 30 : les malades sont envoyés à Saint- « Frédéric : on déblaye à force depuis plusieurs « jours tous les effets du fort.
« Le 5 : on a fait embarquer tous les gros « équipages de l’armée de Carillon sur la gabarre « la Facile, et tout est préparé pour une retraite. »
C'est qu'en effet chaque jour les nouvelles devenaient de plus en plus alarmantes. Le bruit de l'arrivée des Anglais, jusqu'alors éloigné, se rapprochait petit à petit, comme les grondements du tonnerre qui, sourds au début, vont sans cesse granüissant ; et leurs reconnaissances commençaient à se montrer autour de Carillon, pareilles
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aux éclairs avant-coureurs de l'orage. Ils s'étaient fait précéder par le feu.
« Deux ou trois fois par semaines, dit Desan- « droüins, il sort de Lydius des partis qui ont « ordre de faire courrir le feu dans les bois : c’est « vraysemblablement pour voir mieux les pistes. » Mais n'était-ce pas aussi pour essayer de brûler nos retranchements construits partie en bois?
Quoiqu'il en soit, « le feu a pris dans la Réserve, « en avant des retranchemens de la plaine à « droite, très violemment parceque les gens de « corvée, qui y été allés bûcher les jours derniers, « y avoient laissé des feux allumés ». Le feu dura trois jours et fut éteint avec peine.
Le 12 Juillet, presqu'immédiatement après, un nouvel incendie fut allumé, et cette fois à nos retranchements eux-mêmes : « Le feu a pris avec « force aux retranchemens ; on y a envoyé les « piquets et les Canadiens ; on y a fait des « coupures ; mais il y a eu environ 40 toises de « détruits.
« Le 13 : le feu continue en avant et en arrière « des retranchemens... On bouche la brèche faite « hyer. On s’est occupé à écarter du retran- « chement tout ce qui est combustible ; on a fait « ce qu'on à pu pour éteindre les feux », qui duraient encore le 16.
Cependant les déserteurs Anglais cherchent à nous tromper. D’après eux, les troupes qui doivent nous attaquer sont en grande partie composées de
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