‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 94 sur 109 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

L'armée Française revient sur ses pas. — Notes de Desandroüins sur ce’te marche. — Elle se rembarque à Boston. — 1782.

Le 31 juin 1782, l’armée de Rochambeau, ayant accompli sa mission guerrière, quitta Williamsburg et revint sur ses pas, suivant à peu près la même route qu'elle avait déjà faite. Cependant de Willamsburg à Baltimore et à Headof-Elk, elle prit la voie de terre au lieu d'y retourner par mer.

Elle arriva à Baltimore le 23 juillet ; y séjourna un mois ; en repartit le 24 août pour Headot-EIk ; repassa à Chester , et de là gagna Philadelphie le 31 (1).

De Philadelphie, elle alla en dix marches à Kings-Ferry sur la rivière Nord, non loin de New- York qu'elle tourna ; et le 17 septembre, « elle « campa à Pecks-Hille, à 4 milles sur la gauche « de l’armée du général Washington. »

(1) H ya de Williamsburg à Philadelphie, 310 milles Anglais; et de Philadelphie à Boston, 345 milles. L’armée Française fit done une marche de 655 milles. Le aille Anglais est de près de 2 kilomètres. Les étapes de l’armée étaient de 10 à 15 milles. Mais il faut tenir compte de a difficulté des chemins.

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Peut-être que Washington, qui n'avait pas abandonné ses projets sur New-York, espérait-il, en marchant avec l'armée francaise, s'en servir contre cette place. Toujours est-il qu'elle resta, jusqu'au 22 octobre, « au camp de Crampon, petit village » situé à 8 milles de Pecks-Hille.

Ici nous retrouvons quelques Notes de Desandroüins : c’est le reste d’une espèce de Journal rapportant ce qui lui est arrivé et ce qu'il a vu de plus intéressant, depuis Crampon en Amérique jusqu'à Brest en France (1).

Au camp de Crampon donc « on débite que « l'armée part après-demain. On assure qu'elle va « s'embarquer à Boston, et que la Légion de « Lanzun retourne à Baltimore. »

Enfin la brigade de Bourbonnais avec laquelle marchait Pesandroïüins, quitte Crampon, pour aller à Salem. Elle avait un jour d'avance sur la brigade de Soëssonnaïs qui suivait la même route, et faisait les mêmes étapes. « À 4 milles de Salem, « dit le colonel, les voitures passent à gué la « rivière le Croton dont les bords sont difficiles. « Plusieurs s’y sont brisées: une des miennes «entre autres. »

(1) Sûrement, Desandroüins avait commencé ce Journal

qui est du reste sans titre, au début de la campagne d’Amé-

rique, Les 33 premières pages manquent, et il n’y en a que 62; encore sont-elles détachées les unes des autres. Mais, telles quelles, ces pages détachées sont très intéressantes, et font regretter celles qui manquent. Elles contiennent surtout

une relation précieuse du naufrage de la Bourgogne.

Le 23, on va à Dambury, petite ville qui avait été brûlée par les Anglais, parceque les Américains y avaient leurs magasins. Il y a à peu près 150 maisons de reconstruites. La plaine dans laquelle elle est bâtie est large et fertile ; mais les chemins pour y arriver sont difficiles. Desandroüins est logé « chez un habitant appelé John « Trobrige, assez bon homme mais pauvre. »

Le 24, à Newton. Desandroïüins y revit son hôte de l’an dernier qui vint fort honnêtement lui offrir l'hospitalité. « J'aurois accepté son invitation, dit-

il, si je n’avois craint que le maréchal-des-logis n'eut destiné sa maison À quelqu'un de plus grande conséquence. J'ai été lui rendre visite ; toute la famille, jusqu'aux petits enfants, m'ont accablé de caresses. Ils ont aussi fait toutes sortes d'amitiés à mes domestiques, et ont témoigné du regret de la mort des deux que j'ai perdus.

« Le vieux grenadier d'Auvergne, âgé de 86

ans, qui habitoit Newton depuis 55 ans et que

j'avois vu l’an dernier, est mort. »

Le 26, à Breack-Nek qui veut dire Casse-Cou.

D'abord, Desandroüins vit, sur une petite rivière appelée Steat-Ford, un pont fait de piles de cailloux contenus dans des coffres de charpente; puis une belle Eglise dans un village milieu d’une vaste et fertile vallée. Mais, après la vallée on rencontre une montagne, d'un accès difficile, fort haute et fort pénible à gravir, qui a fait donner

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le nom de Breack-Nek, à la méchante bourgade située à son sommet où l'on trouve à peine à se loger.

Le lendemain, il faut redescendre la montagne. La pluie a détrempé le sol et rendu le chemin impraticable, ce qui fatigue les soldats. Cependant on arrive le soir à Bulten's-tavern, avec une douzaine de voitures brisées dont encore une de Desandroüins. « Cet accident lui cause bien de la « fatigue et de l'embarras. » En descendant cette montagne, le colonel ramasse de la graine de tulipier.

« La vallée de Bulten's-tavern est agréable et « paraît fertile. Le pays commence à être ouvert : « il est bien peuplé : les chemins sont très unis et « sablonneux. »

Le 28, on est à Famington où les habitants sont bons et honnêtes comme dans tout le Connecticut. Le 29, à Harfort et East-Harfort. Harfort, ville considérable sur la rive droite du Connecticut. « East-Harfort, longue ville à un mille et demi « plus à l'Est, c'est-à-dire sur la rive gauche de la « même rivière. » On devait faire séjour dans ces deux villes, et l’armée tout entière s’y trouva réunie le 30. Mais le séjour fut un peu plus long qu'on ne le pensait.

Le 30 même, Rochambeau reçut un courrier de M. de Vaudreuil, parent sans doute de l’ancien gouverneur du Canada, lui annonçant que l’escadre, qu'il commandait, ne serait point prête à

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