‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 112 sur 334 · ORGANISE LA DÉFENSE DE TURIN · texte numérisé non relu

ORGANISE LA DÉFENSE DE TURIN

l'ennemi du dedans, c'esl-à-dire de la population hostile à la régente età ses ministres, et disposée à donner la main au prince de Savoie. Les mesures adoptées, auxquelles Fabert eut une large part, répondirent si bien à ce double objet, qu'au bout de huit jours le marquis de Lleganez et le prince Thomas levaient le siège * pourse rabattre sur Villeneuve d'Asti et Trino, dont les habitants se trouvèrent prêts à leur ouvrir les portes. Il fallut la perte de ces deux places et de plusieurs autres, qui se rendirent également sans coup férir, pour déterminer la régente à laisser occuper par des garnisons françaises Savigliano, Carmaonolc et Chierasco. La retraite de Turin de Tarmée espagnole n'empêcha pas qu'on achevât de prendre des précautions pour mettre la place à l'abri d'une surprise. Fabert a consigné, dans son Journal des campagnes de 1635 à 1639, un grand nombre d'instructions et d'ordres donnés dans ce but par le commandant en chef, et dont quelques-uns, rédigés sans doute par lui-même en qualité de sergent de bataille, contiennent des renseignements intéressants sur le service des troupes en campagne et les fonctions dévolues aux ofliciers des divers grades.

Après un séjour de cinq semaines à Turin, pendant lequel elle reçut quelques recrues, l'armée en sortit (1" juin) pour se diriger sur Casai. Elle avait atteint Poirino quand on apprit que les liabitauts de Savigliano refusaient de recevoir dans leurs murs le

1. LcUre de la Valette 5 Riclielieu, en grande paiiic do la main de Fabert, du 3 mai. {Arch. aff. élr., Turin, t. XXVIlI.j

AU SIÈGK bE ClllVASSO. IH

iV'oiinenl IVanriiis de Castclan. Fabert eut ordre de se r('ndr(3 siir-le-cliainp à Turin aii])rôs de !a régente, el de rinviler à prendre les mesures nécessaires pour l'exécuLion de la convenlion qui avait stipulé la remise de cette place à la France. L'armée continua sa marche. Entre Canale et Asti, le cardinal ayant eu avis que le gouverneur de Santhia avait traité de sa reddition dans un court délai, s'il n'élait secouru, rebroussa chemin en toute hâte; mais il arriva trop tard })0ur sauver cette place, et, sur le conseil de Fabert, prit le parti d'arracher à l'ennemi celle de Ghivasso. L'investissement de cette dernière eut lieu le 14 juin ; on ouvrit la tranchée le 17. A l'approche du prince Thomas et du marquis de Lleganez, en marche du côté de Montanaro, les assiégeants construisirent en quelques heures une ligne de circonvallation. Sans une reconnaissance opérée par Fabert, on aurait laissé en dehors du camp retranché une colline boisée jusqu'où l'ennemi pouvait se ghsser et arriver à secourir la place. Contre l'avis des principaux officiers de l'armée, la Valette accorda qu'on Ibrtiliât ce point, sur lequel se portèrent, le lendemain, ainsi que l'avait prévu Fabert, tous les eiïbrts de l'ennemi '. Heureusement, ou était parvenu, en une nuit, à y élever des retranchements et à les garnir d'artillerie. Au point du jour, l'infatigable sergent de bataille, étant allé à la découverte, rencontra l'avant-garde espagnole; il rentra à bride

1. Ilelalion du siège el de la reddition de Chivas, dans Auljcry.

li-2 AU SIÈGE DE CHlVASbU.

abattue dans les lignes, demanda au cardinal le régiment de Lorraine commandé par M. de Couvonges et l'amena sur la hauteur. Quelques autres troupes vinrent Ty rejoindre. L'attaque des Espagnols ne se fit pas attendre ; elle eut lieu de front. Pendant huit heures, de Couvonges soutint le choc de l'ennemi. Plusieurs bataillons ennemis se préparaient à aborder la position par le flanc, quand Fabert, l'œil ouvert sur leurs mouvements, et le commandeur de Souvré, qu'il était allé chercher avec son escadron de cavalerie \ fondirent sur leurs derrières et les mirent en •complète déroute ^ Les assiégés échouèrent en même temps dans une sortie tentée contre le régiment de Gourcelles, de garde de tranchée. Cette journée coûta à Tarmée espagnole environ six cents hommes tués surplace, et amena la reddition de Chivasso (29j uin) '.

1. L'escadron de Souvré faisait partie de la cavalerie piémontaisc ; il était admis à la solde de France.

"2. Cette action de guerre est rappelée, comme il suit, dans un pro-» jet de rédaction des préambules des lettres d'érection de la terre de Larrey en marquisat, en faveur de Fabert, en mai 1650. « On bataillon étant sur le point de prendre par derrière le régiment de Lorraine, qui défendait une butte à la conservation de laquelle était attaché le salut de Tarmée, le sieur de Fabert fut chercher un escadron de cavalerie, et se mit à la tête de dix coureurs qu'il en détacha, étant soutenu du reste, chargea et défit ledit bataillon, et empêcha que ladite butte ne fût perdue, ce qui, à la vue de tout le monde, fut le salut de l'armée. » (Arch. D. G., t. CXXII.) — Lettres (aut.) de la Valette à Chavigny et de Noyers, du 30 juin. {Arch. a/f. étr., Turin, t. XXIX.)

3. A la période des marches qui précédèrent l'attaque de Ciiivasso, et à celle des opérations de siège, se rapportent, dans le Journal des campagnes de Fabert, de 1635 à" 1639, des états d'effectif des troupes, des ordres de marche, des dispositifs d'ordre de bataille, des contrôles de gardes de tranchée, des instructions pour les officiers et 1 ingénieur de l'armée, etc., tous documents propres à éclairer l'his-

LA VALETTE SOUS LES -MUKS DE TLKLN. Li:J

Fabert en lut. quitte pour deux coups de feu dans ses bottes. Toujours au premier rang dans l'action, il ne se distingua pas seulement par sa bravoure, luixib aussi par sa générosité, en sauvant la vie à un capitaine espagnol.

La reprise de Ghivasso fut suivie de celle de Saluées, Bene etFossano*. Les opérations continuèrent parle siège de Coni, dont se chargea le duc de Longueville, arrivé depuis peu de France avec cinq bataillons d'infanterie et six régiments de cavalerie formant une petite armée séparée. Le cardinal de la Valette se mettait en marche pour l'appuyer, lorsqu'il apprit que Turin était tombé au pouvoir du prince Thomas et du marquis de Lleganez (;Î8 juillet). Surprise, au milieu de la nuit, par les généraux ennemis, la duchesse Christine n'avait eu que le temps de se réfugier dans la citadelle avec son fils, Charles- Emmanuel, sur lequel reposait l'avenir de sa maison. A ses cris de détresse, elle vit bientôt accourir à son secours, par Rivoli et Grugliasco, le cardinal delà Valette et le duc de Longueville. Les Espagnols s'étaient hâtés de retrancher et de barricader la ville. Les Français campèrent sous la citadelle. L'attaque de la vieille ville, résolue sur-le-champ en conseil de guerre, fut

toire de rorganisation militaire du temps, et dont la plupart ne se trouvent ni dans le Journal manuscrit de Talon, ni dans les Mémoires imprimés de la Valette, publiés par Gobet.

Le Journal des campagnes de Fabert contient aussi un plan des fortifications de Chivasso.

1. Lettre forig. de la main de Faborl) de la Valette à Richelieu, du 4 juillet {Arcli. aff. étr., Piémont-Mont ferrât, t. XXVII.)

I4i FABERT BLESSE A L'ATTAQUE DE TIBIN.

conduite par le marquis de Nérestang, maréchal de camp (1" avril) ^ On incendia les premières maisons afin d'en chasser l'ennemi ; mais celui-ci, à la lueur de l'embrasement, découvrit les troupes françaises et dirigea sur elles le feu de vingt-cinq pièces d'artillerie. Au milieu de l'épouvante et du désordre qui gagnèrent les assaillants, Fabert, conservant sa présence d'esprit , rassembla quelques troupes fraîches, les grossit d'un certain nombre de fuyards, et, avec ce petit corps improvisé, enleva une barricade qui fermait l'entrée de la vieille ville. En s'élançaot pour en forcer une seconde qui était flanquée de deux rangs de maisons d'où parlait un feu meurtrier, il tomba la cuisse percée de deux balles. Pourtant il eut la force de se relever, abordaune troisième barricade, l'emporta comme les deux premières, et s'y maintint longtemps malgré les retours offensifs de l'ennemi. Ce ne fut qu'après avoir reçu à trois reprises, du cardinal, l'ordre de battre en retraite, qu'il consentit à rentrer dans la citadelle, les deux tiers de sa troupe ayant été mis hors de combat. Encore parvint-il à surmonter la souifrance que lui causait sa blessure, au point de dissimuler son état au cardinal. Il se disposait à sortir pour assurer l'exécution de nouvelles instructions qu'il venait d'en recevoir, lorsqu'on lui fit observer que sa genouillère regorgeait de sang ; il se retira sans proférer une parole, et à quelques pas de là tomba sur le sol sans connaissance. Le cardinal ordonna de

I. Ordre [ail uu conseil Icnu le dernier jour ilc juillet 1039 dans

Page 1