‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 158 sur 334 · S'EMPARE DE TRÉVOUX · texte numérisé non relu

S'EMPARE DE TRÉVOUX

demain de cet entretien, Fabert reçut du roi l'ordre de s'emparer de Trévoux, capitale du pays de Bombes, dont le duc d'Orléans était le maître, comme ayant la garde noble de sa fille, M'" de Montpensier \ et où il

Monsieur me manque; je ne me suis jamais éloigné de cinquante lieuos qu'il n'ait tramé avec mes ennemis quelque complot contre moi. Mais je suis moins sensible à sa légèreté qu'à Tingratitude de Cinq- Mars, que j'ai comblé d'honneurs et de biens, et qui, songeant à s'élever au ministère sur les ruines de M. le cardinal, son bienfaiteur, a employé les artifices les plus détestables pour le mettre mal dans mon esprit, et me le rendre suspect. Ce jeune téméraire n'était-il pas bien aveugle de prétendre gouverner mon royaume, lui qui veut décider de tout et qui ne sait rien ! Combien de fois avez-vous été témoin que, blâmant ce que vous ou le maréchal de la Meilleraye me disiez des affaires de la guerre, je lui demandais qu'il me donnât de meilleurs avis que ceux qu'il condamnait, et qu'il restait interdit et confus de son ignorance, sans me répondre un mot, ce qui me forçait de le chasser de ma présence et de lui dire qu'il était un insolent et un orgueilleux ! Voilà cet homme capable et important qui veut brouiller mon État, qui débauche mon frère et le duc de Bouillon de la fidélité qu'ils me doivent, qui cabale à la cour et dans mon armée, qui traite avec les Espagnols, se charge de les introduire dans mon royaume, et reçoit d'eux de grosses sommes pour louer des troupes, ou plutôt pour fournir à son luxe ou à ses folles dépenses. 11 pousse l'un et l'autre à un tel excès de folie qu'il a quarante-trois paires de bottes, et qu'on lui fait à Paris un cabinet d'.\llemagne, enrichi d'or et de pierreries, qui lui coûte 100 000 livres. Une si grande profusion me tient depuis longtemps en soupçon; je ne lui donne point assez depuis deux années pour y fournir, d'où j'ai conclu en moi-même qu'il tirait de l'argent d'ailleurs, et c'est ce que son traité avec ÉEspagne prouve aujourd'hui. Il faut que j'aie eu bien de la patience poursupporter si longtemps les manières hautaines et ridicules de ce jeune étourdi. Il osa me dire en dernier lieu à Karbonne, me parlant de M. le cardinal : « Je ne puis être son ami et votre fidèle serviteur, w 11 ne m'a pas trompé en cela : je fus convaincu qu'il n'est ni l'un ni l'autre.

)) Je n'ai plus qu'une curiosité sur le compte de M. le Grand, qui serait de savoir comme il explique à présent cette prédiction qu'il m'a dit que lui avait fait un astrologue maltois, que s'il pouvait passer sa vingt-deuxième année, il serait très heureux.» (Saint-Jory.)

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