‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 160 sur 334 · LE DUC DE DOUILLOM ABANDONNE AU ROI · texte numérisé non relu

LE DUC DE DOUILLOM ABANDONNE AU ROI

pitula le 9 septembre. A celte date, Richelieu était à Lyon. Le procès qu'il y faisait instruire contre Cinq- Mars, de Thou et le duc de Bouillon, tous les trois enfermés au château de Pierre-Eneize, touchait à sa fin. En effet, le 12 septembre, un arrêt de mort fut prononcé contre le grand écuyer et son ami de Thou. Le même jour, les condamnés passèrent de la sellette à l'échafaud. Le plus coupable des conjurés, le duc d'Orléans, obtint sa grâce au prix de la dénonciation de ses complices. Quant au duc de Bouillon, malgré les aveux compromcllants de ses intelligences avec Gaston, Cinq-Mars et de Thou, son nom ne figura pas dans le jugement. Aussitôt après son arrestation, sa femme Éléonore de Bergh, la duchesse Elisabeth de Nassau sa mère, son frère le vicomte de Turenne, et son oncle le prince d'Orange, s'étaient entremis auprès de Richelieu, afin qu'on lui laissât la vie sauve. Le cardinal n'eut pas de peine à se rendre à leurs instances ; il tenait moins à la tête de Frédéric-Maurice qu'à sa principauté de Sedan. Dans le cours du procès, le duc, poursuivi par la crainte du dernier supplice ou d'un emprisonnement perpétuel, s'étail montré d'ailleurs disposé à racheter sa vie et sa liberté par l'abandon de ses États. Le cardinal Mazariii, envoyé auprès de lui par Richelieu à Pierre-Eneize, le prépara habilement à ce sacrifice, en déguisant sa mission sous l'offre volontaire et spontanée de ses bons offices personnels. A la nouvelle de la fin tragique de Cinq-Mars et de de Thou, Frédéric-Maurice, moins rassuré que jamais sur le sort qui l'attendait,

LA PRINCIPAUTÉ DE SEDAN. -im

sollicita, dans des termes suppliants, du cliancelier Séguicr la remise qu'il désirait faire au roi de la place de Sedan, « cause de tous ses malheurs ». Il renouvela cette ofïre à Richelieu, sous la condition fju'on lui restituerait sa liberté, et qu'en échange de la perle de ses domaines, on lui céderait d'autres terres '. Tel était le point où l'on avait voulu amener le prisonnier, alin qu'il parût s'exécuter de son propre gré. On s'empressa donc d'agréer l'accommodement qu'il proposait. Le 15 septembre, Louis XIU lui accorda des lettres de grâce et d'abolition. Le môme jour, Frédéric-Maurice écrivit de sa propre main au sieur de Briquemault, gouverneur du château, l'ordre de remettre la ville et le château au cardinal / Mazarin -. Celui-ci lui délivra de son côté, au nom de Richelieu malade et ne pouvant signer, la permission de sortir de prison dès que le roi aurait pris possession de la place '\

Richelieu n'avait pas attendu la fin du procès instruit contre le duc de Rouillon pour s'occuper du choix du gouverneur de Sedan. Dès le S septembre,

1. Procès-verbal (cop.) de monsieur le Chancelier, des propos à luij tenus par le duc de Bouillon, prisonnier au château de l'ierre- Encise, sur la remise qu'il désirait faire au Hoij des ville et château de Sedan, du \'i septeml/re 10 i2. {Bibl. du ministère de la guerre, manuscrit ayaril pour titre : Mémoire de Bouillon, A-g, 98.) Suit la lettre (cop.) au cardinal do Richelieu, du même jour. On trouve les mêmes pièces (cop.) à la Bibliothecpie nationale, Ms., Du Puij, 025.

2. L'original de cette lettre appartient à M. le sénateur Cunin- Gridainc.

3. « Lettre d'abolition (min.), 15 septembre, pour le duc de Bouillon, et promesse du cardinal Mazarin, ])our Richelieu malade et qui ne peut signer, pour l'asseurancc de sa liberté. » {Arch. D. G-, t. LXXI.)

:202 LE ROI CONSENT, SUl! LA PROPOSITION DE RICHELIEU,

à la nouvelle que le duc demandait grâce de la vie au prix de la remise à la France de la principauté sedanaise, il s'était empressé d'aborder ce sujet avec Ghavigny et de Noyers, qui se trouvaient alors auprès de Louis XIII, revenu à Fontainebleau depuis cinq ou six semaines. S'inspirant des avis que Frédéric- Maurice donnait lui-même du fond de sa prison, sur les moyens de l'aire réussir « le dessein de la remise de Sedan », il écrivait de Condrieux aux secrétaires d'Etat ' : « Le duc estime qu'il faut aucunement tromper sa mère et le peuple de Sedan, se conduisant en sorte qu'ils croient qu'on ne doit faire aucun changement en ce qui est du gouvernement politique de la ville, ni des prêches, écoles et séminaires qui sont

pour les huguenots ; il estime qu'il faut mettre

là-dedans un gouverneur merveilleusement sage pour se bien conduire avec les habitants, ministres et sa mère "■, qu'il ne croit pas qui en veuille sortir sa vie durant;... il croit qu'il y faut d'abord une garnison forte. » Si j'ajoutais foi aux impostures par lesquelles M. le Grand avait débauché les esprits qu'il a révoltés contre le roi et ses créatures, je ne dirais point mon avis sur ce sujet, ce misérable leur ayant persuadé, au-

1. Cette lettre figure dans la correspondance de Richelieu publiée par M. Avenel, comme appartenant à la collection France (année 16i2, de septembre à décembre) des Archives des a/J'aires étrangères; nous ne Favons pas trouvée dans le tome Cil, où sont réunies les lettres écrites pendant cette période.

2. Elisabeth de Nassau, fille aînée de Guillaume, prince d'Orange, et de Ciiarlotte de Bourbon-Montpensier, veuve de Henri de la Tour-d'Auvergne, prince de Sedan. Elle mourut à Sedan, le 3 septembre, et y fut enterrée la veille de la prise de possession de cette place par le roi.

A DONNER A FABEPxT LE GOUVERNEMENT DE SEDAN. 20â

lant qu'il a pu, que Sa Majesté avait une telle aversion de moi que depuis que je lui nommais ou présentais quelques-uns pour des emplois, leurs affaires étaient faites dans son cœur. Mais, pour faire voir la confiance que j'ai en Sa Majesté, j'userai de la môme liberté qu'il a toujours approuvée, sans laquelle on ne saurait servir un maître, lui disant franchement ce que je pense, en suite de quoi il fera librement ce qui lui plaira.

» J'estime donc que l'homme le plus propre qu'on puisse mettre en cette charge est Fabert, ayant, à mon avis, toutes les qualités requises pour adoucir les aigreurs d'une femme et d'un peuple qui d'abord seront affligés de se voir soumis à une domination sous laquelle ils appréhenderont du changement pour leur religion.

» Si le roi approuve le sieur Fabert, il me

commandera de l'envoyer quérir, et je l'enverrai en poste trouver M. le cardinal Mazarin.... Cette affaire doit être secrétissime, car on n'en peut commencer l'exécution qu'après le jugement de M. le Grand... »

Le 7 septembre, de Noyers annonça que le roi agréait la proposition faite en faveur de Fabert ^

1. Lettre à Richelieu, Arch. aff. étr., France, aimée 1G4"2 (de septembre à décembre), reproduite par M. Avenel.

On lit ce qui suit dans une lettre de Chavigny, du 11 septembre^ de Livry (aut., Arch. aff. élrang., France, t. Cil) : « Je me charge de toute l'obligation que vous a M. Fabert, et je la ressens comme si vous l'aviez acquise sur moi ; je m'assure, ÎMonseigneur, que vous ne vous repentirez pas d'avoir servi un aussi homme d'honneur que lui. » Il est possible qu'il s'agisse ici de l'intervention de Mazarin auprès du roi et de Richelieu, pour obtenir à Fabert le gouvernement de Sedan. Cependant, nous ne voulons rien affirmer, aucun autre document ne nous fournissant de lumière sur ce point.

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