‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 17 sur 334 · POURSUIVI PAU LE DUC DE LA VALETTE IRRITÉ · texte numérisé non relu

POURSUIVI PAU LE DUC DE LA VALETTE IRRITÉ

d'un de ses meilleurs amis, le baron de Grateloup, capitaine au régiment de Piémont, et ne dut qu'à la générosité du jeune duc de Lorraine, Charles IV, d'échapper aux poursuites du duc de la Valette, violemment irrité. Guéri de sa blessure, il revint à Paris, d'où le gouverneur, prévenu par le duc, lui intima l'ordre de sortir. Alors, exaspéré, il alla s'enfermer dans le château de Moulins, résolu, en dépit des supplications de son père et de ses amis, à braver la fnreur du duc de la Valette et à défendre sa liberté. Ce fut vraiment pitié de voir un fils du duc d'Épernon assiégeant un de ses meilleurs et plus fidèles officiers comme un chef de rebelles, et faisant traîner le canon de Metz devant les murailles d'une bicoque comme devant les remparts d'une forteresse. L'intervention de la duchesse de la Valette en faveur de Fabert fit heureusement cesser cette lutte inésale, où l'honneur s'était réfugié, comme souvent, du côté du plus faible.

Fabert s'était heurté à l'injustice avec la fougue et l'inexpérience de la jeunesse, et, dans son énergie virile, avait renversé cet obstacle invincible pour tant d'autres. Un instant de découragement suivit néanmoins ces puissants efforts.

« La guerre », disait-il alors, avec cette conviction intime et clairvoyante que la profession des armes était le véritable chemin de sa gloire, « la guerre était boutique ouverte dans laquelle seule il pouvait

dans le pays messin, Mclz, IS-i9), dont nous parlngeons l'avis, « il y règne une recherche de mauvais goût, une érudition déplacée et une servilité d'éloges qu'il répugnerait d'altribuur à Fabert. »

SERGENT-MAJOK DANS RAMBURES. l'J

travailler pour s'élever » , et comme il se jugeait quitte envers le roi, qui n'agréait pas ses services et lui avait refusé jusqu'au privilège d'obtenir à prix d'argent un brevet de capitaine au régiment de Normandie ; comme il ne pouvait, disait-il encore, « demeurer sans un maître, et que celui qui le serait une heure devait l'être toute sa vie », il songeait à aller prendre du service dans l'armée impériale. Des que le duc d'Épernon eut connaissance de sa résolution, il le manda à Bordeaux pour le détourner d'y donner suite. Ses instances furent écoutées. Il eut de plus la satisfaction de voir se renouer sous ses yeux l'ancienne amitié qui unissait son fds à son protégé.

Sur ces entrefaites, Fabert reçut du duc de la Valette une charge de capitaine dans un régiment d'infanterie que le roi faisait lever pour surveiller, de concert avec les autres troupes du pays messin, les mouvements des Impériaux du côté du Rhin. La compagnie dont il avait le commandement était à peine sur pied qu'un ordre de la cour licencia le régiment. Fabert, de nouveau sans emploi, revint à Bordeaux auprès du duc d'Épernon, qui, de son autorité de colonel-général, lui remit le brevet de sergent-major dans le régiment de Ramhures, un des cm([ petits vieux corps (1627) \

Dans la crainte de ne pas être à la hauteur de ses

I. Parmi les dales aUiibuces par le. P. Barro aux ('vénemcnls qui séparent le duoi de Fabert avec Conseil (juin IGi-i) de sa nomination de sergent-major au régiment de Rambures (1627), nous en avons relevé quelques-unes d'erronées, et il nous a été impossible de vérifier l'exaclilude des autres. C'est ce qui explique que nous nous

20 DliVANT LA ROCHliLLP:.

nouvelles fonctions, Fabcrt alla demander conseil à M. de la llillière, lieutenant de roi de Loches et sergent-major au régiment des gardes, dont il connaissait la grande expérience. Cet officier lui répondit, pour calmer ses scrupules : « Mon enfant, la charge n'est pas bien diflicile; la crainte de faillir vous en fera savoir bientôt plus que je n'en ai appris dans le long temps qu'il va que je sers. Allez, je vous assure que vous réussirez. Un homme qui craint la honte a bientôt de l'honneur. »

Fabert ne devait pas tarder à donner raison à ce pronostic. Il rejoignit son régiment au blocus de la Rochelle. Son zèle intelligent pour le service et une application soutenue à en remplir toutes les obligations, en même temps la noblesse de ses sentiments et la droiture de son caractère, lui concilièrent bientôt l'estime de ses chefs, l'amitié de ses égaux et jusqu'à la bienveillance du roi. Il n'y eut qu'une voix

soyons abstenu do fonte indication cIironolog;}ue pour cette période.

Le marquis de Ramburcs (Jean), mestre de camp du régiment de ce nom, jouissait d'une grande renommée de bravoure.

Les fonctions de sergent-major « consistaient principalement à prendre rordre le soir, à en écrire le détail sur des tablettes, afin (juc toul s'exécutât promptement, à le distribuer aux capitaines, à donner l'heure et le rendez-vous pour les gens détachés, à s'assurer des guides pour les conduire, à tenir un état de la force de chaque compagnie, un rôle de tous les officiers, de leur tour à marcher, et enfin, les jours de combat, à contenir la troupe en général et chacun en particulier dans le poste qui lui était assigné. » (Saint-Jory, Campagnes de M. le maréchal de Fabert, Bibl. Sainte-Geneviève, Ms., L.'lo.)

Le roi, dans une ordonnance (min.) du 8 mai 16"2G (Archives du Dépôt de la Guerre, Ms., t. 12), reconnaissait que les fonctions de ssrgcnt-mnjor « étaient les plus pénibles de Tinfanterie ».

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