ftlAZAlllN lîEMl'LACE lîICHELIEL" A LA TÈTE DU CONSEIL
port ', lieutuiiant au cliàteau de Sedan, Fabert disait : « Jamais bataille ne s'est donnée plus à propos, ni victoire acquise avec plus d'honneur"'. » Ajoutons qu'au moyen des rapports que lui fournissaient ses émissaires, répandus dans le Luxembourg, il avait contribué à éclairer l'armée de Picardie sur les forces et les mouvements de l'ennemi, à la lin d'avril et, pendant le mois de mai, jusqu'à la veille de la bataille '.
Dès que la veuve de Louis XIII, déclarée régente du royaume, eut pris en main les rênes du gouvernement au nom de l'enfant de cinq ans qui succédait à son père sous le nom de Louis XIV, elle appela MaîKarin à la tète du conseil, et conserva au comte de Chavigny la place qu'il occupait. D'aulrepart, le ministère resta conq^osé, comme il Tétait avant la mort de Louis XIII, de Michel Le Tellier, secrétaire d'État de la guerre, nommé récemment à la place de Sublet de Noyers, dont la démission avait été acceptée; de Chavigny, secrétaire d'État des atfaires étrangères; de Bouthilier, surintendant des finances, et du chancelier Séguier; mais à peine quelques semaines s'é-
I. Le chevalier àc Pellepoil devait épouser, eu septembre IMi, Aline r>icliaril de devant, la jikis jeune des sœurs de M""" de Fabert.
■2. LeUre (aut.i du 22 mai, Archires du Coudé, Recueil de lellies manuscrites, t. (.('.XC.VI.
3. Le tome XIV, Pays-Bas, Archires des affaires étrangères, contient plusieurs de ces Inillclins dans lesquels Fabert résumait les renseignemcnls recueillis sur l'ennemi. >'ous avons remarqué celui où il annonce, comme devant s'effectuer les 15 et 16 mai, un mouvement du corps du général lîeck, par Ciivel, vers lîocroi. On sait que le duc
MOUVEMENTS SÉDrillîUX A SEDAN. -J-JT
laicnl-cllcs écoulées, que la réyCDte relirait à DouLliilier la surintendance, pour la partager entre Le Bailleul, président au Parlement, et le conite d'Avaux, et que Cliavigny, entraîné par la disgrâce de sou père, vendait sa charge au comte de Drienne.
Dans son gouvernement de Sedan, Fabert continuait à être aux prises avec les calvinistes, encore plus dil'liciles à contenir depuis qu'ils savaient leur ancien prince souverain revenu à la cour et en instance pour rentrer en possession de ses Etats.
A la snile de la fête du Saint-Sacrement (4 juin), pour laquelle il avait voulu que l'on déployât publiquement toutes les magnilicences du culte catholique, des plaintes et des murmures s'étaient lait entendre. Toutefois, le mécontentement ne se traduisit en émeute que le jour de la fcte de saint Pierre (30 juin). Dès trois heures du matin, les boutiques furent ouvertes dans la ville, contrairement à Tordonnauce du 43 février. Eu vain, le bailli, les échevins, et, après eux, le major de la ville, au nom du roi, adjurèrent-ils les habitants de les fermer : ceux-ci s'y refusèrent opiniâlrémenl, alléguant qu'ils ne devaient obéissance qu'au duc de Bouillon. De^ vant l'attitude de plus en plus menaçante des séditieux, dont quelques-ilns allèrent jusqu'à proposer
trEni;liicn liàta s:i marche sur celle place, afin de livrer liataillc avant (|iic Beck eût rejoint Francisco de Melio.
D'après un mémoire (aut.) de Fabert à Mazarin, du 31 mai (Arclt. val., KK, 1071), 76GO hommes d'infanterie, dont 19G0 blessés appartenant aux troupes espagnoles qui avaient combaltu à lîocroi, parvinrent à s'écha|ipcr après la défaite et se rallièrent à IMiilippeville»
228 TxAPPORTS DK REAL, l'KÉSIDEMT DU CONSEIL SOUVERAIN,
de se jeter sui' la garnison, Faberl n'hésita pas à faire procéder en sa présence à plusieurs arrestations. L'emploi de la force armée et la publication immédiate d'une ordonnance qui enjoignait, sous peine de la vie, de fermer sans délai les boutiques, intimidèrent les mutins et amenèrent enfin leur soumission. Dès le lendemain, Fabert rendit compte à Mazarin de cette crise, et l'avertit qu'en attendant les ordres de la reine, il avait pris toutes les mesures commandées par la prudence \
A supposer que la restauration du duc de Bouillon dans sa principauté fût dans les intentions de la régente, ce qui n'est rien moins que douteux, ces mouvements populaires n'étaient pas faits pour l'y disposer. De semblables excès ont généralement pour conséquence de compromettre les intérêts de ceux qui s'y abandonnent. Dans le camp des vaincus, les gens sensés et prudents tiennent d'ordinaire une autre conduite. Appuyés sur les souvenirs du passé, toujours prêts à profiter des moindres circonstances favorables à un retour de fortune, ils attendent avec patience du temps ce que d'autres, prompts à semer la confusion partout, se hâtent de rechercher par la violence. Le premier des magistrats sedanais, le sieur de Real, était précisément de ces hommes réfléchis et modérés qui, pour la défense de la cause qu'ils servent, ont le courage de répudier les manifestations bruyantes et les désordres de la rue. Son
1. Lellrc (aut.) de Fabert à Mazarin du l"" juillet. (Arch. nal., KK, 1071). — P. Norbert.
AVEC FUÉDÉUIC-MAURICE. 229
attachement à la personne du duc de Bouillon le mettait au-dessus de la crainte du blâme et des menaces des brouillons, sans l'aveugler sur l'imminence de certains changements qui se préparaient dans la constitution politique et religieuse des Terres souveraines. L'important pour lui était que les réformes dont l'introduction était inévitable, tissent le moins de toit possible au repos et à la prospérité des Sedanais. Toute agitation, tout tumulte lui semblait devoir créer des obstacles à la rentrée éventuelle de son ancien mailre dans ses Etats, en lassant la bienveillance du gouverneur et provoquant le mécontentement de la régente.
Les sentiments dont de Real était animé trouvaient libre cours dans la correspondance qu'il entretenait avec Frédéric-Maurice'. Fabert n'ignorait pas ces rapports intimes; mais loin d'avoir à en souffrir pour l'affermissement de son pouvoir, il ne pouvait qu'y gagner, son but, à lui aussi, étant d'obtenir l'ordre à l'intérieur et la paix à l'extérieur. Avec Real pour conseiller, le duc de Bouillon, exactement informé de tout ce qui se passait à Sedan, ne céderait pas, selon toute vraisemblance, aux conseils de la minorité exaltée qui le poussait à un coup de force pour recouvrer sa souveraineté. De plus, l'aide de
1. U roste de celte coirespondance sept lettres (aut.) de Real nu duc de Bouillon, appartenant à la Collection de M. le sénateur Cunin-Gridninc ; la première est du 24 avril, la dernière du 4- août 1613. Elles jettent un jour des plus intéressants sur les débuts de l'administration de Fabert dans la principauté de Sedan, et nous font vivement regretter celles nui n'existent plus.
-231) COiNDUlTE l)K l'ABEI'.T
Real était précieuse à Fabeit pour la rontiniialion des bons rapports à entretenir entre les Sedanais et •les Luxembourgeois. Au moment où le roi de France, par l'épée du vainqueur de Hocroi, se rendait maître de plusieurs places du llainaut sur le chemin de Bruxelles, et où ses troupes traversaient la principauté pour se rendre devant Thionville, les propositions de paix particulière de son représentant à Sedan avaient peu de chance d'être accueillies. Seul, Real, parlant au nom de Frédéric-Maurice, pouvait porter le baron de Beck, gouverneur du Luxembourg ', à observer vis-à-vis des Sedanais les conventions de neutralité stipulées sous les Bouillon -. Il
1. Le baron de Beck était gouverneur et capitaine-général, pour s. M. catiiolique, du duché de Luxembourg et du comté de Chiny.
2. Real prenait grand soin de ne soulever aucune réclamation de la part du baron de Beck, quant à la manière dont les Sedanais se conformaient de leur côté à ces conventions. Le récit suivant (lettre (aut.) du 7 juin à Frédéric-Maurice, Collection Cunin-Oridaine) de l'arrestation d'un espion luxembourgeois à Sedan, lors (lu séjour du duc d'Enghien dans cette place, avant le siège de Thionville, témoigne des ménagements excessifs dont il usait à l'égard du gouverneur du Luxembourg, dans l'intérêt de ses concitoyens : « Le passage de Monsieur le duc d'Enghien me bailla appréhension pour une rencontre d'une femme d'Herbcumont, envoyée par rofllcier du lieu au temps du passage du dit seigneur duc. On la prit d'abord pour espionne, et je crois qu'on ne se trompait point. Et pour ce qu'on ne voulait point qu'elle pût rapporter des nouvelles de la marche, on m'apporta commandement de la faire resserrer. Je ne la pus mettre en ma maison parce que mon dit seigneur y était; et c'eût été lui montrer ce qu'on voulait cacher. .le l'envoyai à Bataille, concierge, avec ordre de la tenir dans sa chambre et lui faire bonne chère sans la mettre parmi les prisonniers. Le lendemain, M. Fabert me dit que je la fisse mettre dehors, et me donna ordre de lui dire (pie c'était Monseigneur le duc qui l'avait fait mettre prisonnière. .le crus que cela ne satisferait point cette femme ni les Bourguignons |Espagn(dp|,qni le pourraient interpréter contre notre neutralité. J'en usai
A I.EGAIU» DE IIKAI. -231
n'élait pas tic moindre conséquence pour Faberl (rempêchcr les courses des Lorrains sur les villages (le la souveraineté, surtout celles qui parlaient de Longwy : ici cncoi'e l'intervenlion de Real était des plus utiles pour disposer Beck à ne pas consi^ «lérer comme une violation de territoire le passage de la garnison de Sedan sur les terres luxembourgeoises dans ses expéditions contre les partis lorrains '.
Confiant dans le caractère parfaitement droit de
aulrcmciilotliii dis qu'elle avait en grand tort de venir pendant qu'une armée française était à la ville, et qu'on avait dessein de la tuer, et qu'on n'ent jamais pu empêcher des soldats de lui luire tort, que pour cela je l'avais fait serrer chez Bataille, mais à l'heure que l'armée était passée, qu'elle pouvait aller faire ses affaires en sûreté, cl qu'elle ne vint point une autre fois quand il y avait des troupes, de peur de hasard. Elle nous en sut grand gré et les Bourguignons, et dis à M. Fabert comme j'en avais usé, qui l'approuva,
» Il y a eu un plus grand mal pour quelques guides qu'il fallut donner et quelques pains, mais cela a été en partie dénié et déguisé.... »
Voy. aussi une lettre (aut.) de Real à Bock, du m juin. (Collection Cunin-Gridaine.)
1. Lettre (aut.) de Real à Beck, du 1.") mai. (Collection Gunin- Gridaine.)
Real alla jusqu'à solliciter le duc de Bouillon (lettre du 7 juin) de s'employer auprès du duc Charles et de sa sœur Madame d'Orléans (la princesse Marguerite de Lorraine, mariée au duc d'Orléans, et nouvellement reçue en grâce par la famille royale), pour en obtenir que les Lorrains missent fin à leurs incursions sur le territoire sedanais.
Dans une de leurs audacieuses expéditions, dirigée sur le village de Pouru-Saiiit-Rcmy, dépendant des Terres souveraines, les coureurs de Longwy avaient emmené trois habitants et s'étaient emparés d'une partie du bétail. Lorsque l'armée du roi fut rassemblée sous les murs deTliionville, Fahert écrivit au duc d'Enghien (lettre aut. du 2 juillet, Arcli. (le Co)idé, Recueil de lettres vuDiuscrites, t. GCXtiVI) pour lui demander d'imposer au gouverneur de la petite place lorraine la mise en liberté des prisonniers et la restitution du butin.