‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 185 sur 334 · MAZARIN SE CONSTITUE UNE GARDE PARTICULIÈRE · texte numérisé non relu

MAZARIN SE CONSTITUE UNE GARDE PARTICULIÈRE

contre la vie du cardinal par le duc de Beaufort et quelques-uns de ses affiliés. Mazarin avait d'abord repoussé le charitable avis du grand maître ', avec quelque air de dignité où perçait ostensiblement le respect humain; mais, presque aussitôt, il s'était ravisé et avait cru devoir prendre certaines précautions ". On le vit bientôt accompagné, à la mode italienne, d'un certain nombre de valets de pied portant des armes cachées '. Vers la fin de février 164-4, il chargea Fabert et un autre maréchal de camp, le baron de Noailles, de lui soumettre un mémoire sur la garde de sa personne et de son logis \

1. D'après une dépèche du 8 septembre 1643, de l'ambassadeur Giustiniaui { Ambai>sadeurs vénitiens, Bibl. nat., Ms,^ t. XCIX;, citée par M. Cliéruel (Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, Paris, 1879, t. 1;, la régente avait aussi offert une garde à Mazarin, qui l'avait refusée.

2. Lettre (cop.) de Mazarin à M. de Canipi, lieutenant-colonel du régiment italien, du 10 septembre 1643 (Bibl. maz., Ms., H, 1719, t. 1); Grolius (Epistolœ meditœ), passages rapportés en note par M. Cliéruel dans les Lettres du cardinal Manarin.

3. Lettre de Giustiniaui [Anib. vénit., t. XCIX), passage reproduit par M. Cliéruel [Minorité de Louis XIV); Grotius (Epistolœ ineditœ) cité par M. Chéruel.

4. Le 18 février 1619, Fabert écrivait à Mazarin (aut., Arch. nat., KK, 1071) : « MM. de Bussy [gouverneur de Mézières] et d'Aigueberre Igouverneur deCiiarleville] feront leur possible pour trouver des hommes propres à servir de gardes; je travaillerai aussi de mon côté à cela. Je n'ai point encore de réponse de M. de Marolles [gouverneur deThionvilk'l, y ayant loin d'ici à Thionville. » Dans une lettre du 10 mars suivant (cop., Arch. a/f. élr., Recueil spécial des lettres de Maiarin, t. XXV), le cardinal invitait Fabert à presser ces mômes gouverneurs de fournir les gardes qu'il leur avait demandés.

Le Journal de Fabert, cité par le P. Rarre, est le seul de ses écrits oii il soit fait mention de celte garde particulière. D'après le génovéfain, elle ne serait autre que la compagnie de mousquetaires donnée au roi par Mazarin en 1660, cassée en 1G64, et rétablie immédiatement après par Louis XIV.

'li'l FPxÉDÉRIC-MAURlCE

Tandis que Mazarin s'efforrait de consolider le pouvoir royal dans les Terres souveraines, le duc de Bouillon, retiré à Turenne,ne se pressait pas d'accéder aux dernières propositions qu'on lui avait soumises. Il laissait sa femme et sa sœur s'engager avec le cardinal dans des négociations où il n'intervenait qu'indirectement, sans révéler ses véritables desseins. Aussi, vers la fin de février, Mazarin se plaignait-il au maréchal de Turenne qu'un délai d'un mois, accordé au prince sur les instances de sa famille, pour lui permettre de se décider en connaissance de cause, n'eût pas encore abouti ^ Le mois de mars et les premiers jours d'avril s'étaient écoulés de même dans une vaine attente de la solution, quand on apprit (il avril) brusquement à la cour que le duc s'était réfugié en Suisse. Il avait en effet quitté Turenne, le 22 mars, avec sa femme et ses enfants, au moment où il s'y croyait menacé dans sa liberté, et s'était mis en route pour Genève par l'Auvergne et le Vivarais'. Arrivé à Nyon au commencement d'avril, il écrivit de là à la reine, à Mazarin etàBrienne, pour protester de son dévouement au roi et témoigner de ses bonnes intentions soi-disant méconnues; au duc d'Orléans, pour lui reprocher amèrement de l'avoir abandonné ;

1. Lettre de Mazarin à Turenne, du ;2:J février 1014. (Dibl. Mai., Ms., 11,1710, t. I).

-1. Discours sur la vie de Frédéric-Maurice de la Tour, prince de Sedan, à la suite des Mémoires de la vie de Tliéodore-Agrippa d'Aubigné, Amsterdam, 1731.

Lettre (cop.) de Mazarin à Baltazar, intendant en Languedoc, du 15 avril [Flihl. mn-., Ms., H, 1719, t. 1.»

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enfin à Turenne et a sa sœur, pour atlester qu'il n'é|)rouYail aucun regret d'avoir refusé de prêter les mains à un traité dont les clauses consacraient la déchéance de sa maison '. En se retirant de Nyon, il se dirigea par le Saint-Gothard sur Milan et Gènes, d'où il fit voile pour Rorne, où il devait prendre le commandement des îroupes pontificales d'Urbain YIII contre le duc de Parme. A son passage à Milan, il s'était abouché avec le gouverncnrde cette ville, et à Gènes il avait eu plusieurs conlerences avec les ministres et les partisans de l'Espagne, particulièrement avec le marquis de Spinola. Aucune de ces menées ne resta ignorée de Mazarin, qui en profita pour redoubler d'instances auprès de Turenne, afin de l'amener à rompre ouvertement avec son frère ".

La fuite de Frédéric-Maurice ne laissait plus de doute sur son dessein de se soustraire définitivement à l'obligation de tenir la parole qu'il avait donnée en prison, la tète sous le glaive. On pouvait aussi, avec quelque raison, sachant ses antécédents, le soupçonner d'aller chercher aide à l'étranger, afin de rentrer dans ses Etats, de connivence avec ses anciens sujets. En tout cas, Mazarin jugea prudent d'inviter Eabert à revenir au plus vite dans son gouvernement, pour en finir avec les formalités de la prise de posses-

1. Lettres (cop.) du duc de Bouillon à la reine, au duc d'Orléans, à Mazarin et à de Brienne du i avril, à Turenne ("sans date), et à la princesse Cliarlolle du 7 avril. (Dibl. nat., Ms., Du Pttij, t. DCXXV. )

2. Lettre (cop.) de Mazarin à Turenne, du o mai. (Dibl. hk/î., HIs., H, 1719, I. L)

■2U LES SEDANAIS l'UÈTENT LE SEHMEiST UE FIDÊLIIÉ

sion des Terres souveraines. Il lui remit, en conséfjuence, une commission royale, eu claie du 18 avril, portant ordre de recevoir le serment de lidélité des habitants et des fonctionnaires, et de faire rendre à l'avenir la justice au nom du roi de France, dans toute l'étendue de la principauté, tant en première instance rpie souverainement'. Aces prescriptions s'ajoutait la recommandation de veiller au maintien des libertés et des privilèges acquis par les Sedanais, sans y apporter d'innovation, « même en l'exercice de la religion prétendue réformée ». Deux jours après, le l'oi écrivit à Fabert, au conseil souverain et aux échevins, et enfin aux habitants de Sedan et Raucourt, des lettres conformes à cette commission -.

I. Celle coniinissioii esl rapporlée en ièle du proces-verbal de l;i réception dn serment de fidélité, qui figure dans le Registre du greffe du conseil souverain. Elle a été imprimée dans h; Recueil d'édits, déclarations , etc., servant de preuves aux faits rapportés dans la troisième partie de l'ouvrage intitulé : Histoire de l'édit de Nantes, par Benoit, in-4, t. III, Delft, 1093.

Fabert s'était empressé, dès le mois d'avril 16i;!, d'appeler l'attention de Mazarin sur la nécessité de faire prêter le serment de fidélité aux Sedanais. De jikis, il avait rédigé un mémoire siu" la (inestion de la suljslilulion de la justice du roi à celle des princes. {Mémoire Icop.l touchant la religion et ordre pour la justice à établir dans la ville de Sedan lorsqu'on déclarera les liabilants sujets du roi, portant gue les rentes de biens d'Eglise se montoit à vingt mille livres, desquels les habitants tirent douze mille livres ; que pour la justice, il faut laisser jouir tous les habitants de leurs privilèges, plutôt que de les faire venir plaider à Paris.) [Bibl. de l'Institut, Collection Godefrog, t. CCGXXX.)

•2. La première de ces lettres est reproduite par Pregnon {Pièces jusliliratives); il est fait mention de la seconde dans un ouvrage imprimé, in-l, de la BUiliolhèque de Sedan, intitulé : Mémoire servant de réponse pour la ville et principauté de Sedan contie l'adju-

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