NOUVEAUX PRINCIPES D'ORGANISATION MILITAIRE
service, par jour, dans chaque compagnie, rigoureusement contrôlé, servait de base à cetLe allocation'. Enfin, la police des logements était confiée à des inspecteurs, ayant mission de visiter les soldats chez les habitants, de s'enquérir de leur conduite, et de constater les délits dont ils se rendaient coupables vis-à-vis de leurs hôtes.
Le petit corps sedanais formait, on le voit, une sorte de milice volontaire, constituée d'après des règles d'ordre, de justice et d'économie qu'aucun gouverneur ou chef militaire n'avait réussi à faire prévaloir ailleurs, bien que, depuislongtemps, les ordonnances militaires, le code Marillac, entre autres, eussent prescrit quelques-unes d'entre elles. Si, dès lors, l'application de ces règles à tous les régiments eût été praticable, elle aurait, selon toute apparence, hâté les progrès de l'organisation des armées, si lents à suivre ceux de la tactique. Mais, au nombre des mesures adoptées par Fabert, il s'en trouvait plusieurs, telles que l'attribution cà des agents spéciaux des levées de recrues, et le choix des officiers exercé en dehors de toute vue de spéculation, qui visaient un abus inhérent h l'état social, et par cela même aussi difficile que dangereux à déraciner : la vénalité des compagnies et des régiments. C'était assez pour rendre la réforme réalisée dans le gouvernement de Sedan, impuissante à se propager au delà '.
I. Les dispositions relatives à la solde furent approuvées sous forme de règlement par le conseil de régence. i. Le principe de la propriété des compagnies par les capitaines
Al'rL[QUÉS AU lîÉGIMEiNT SEDANAIS. SCS
D'ailleurs, Mazarin n'était pas homme à ruiner nue industrie qui n'avait rien d'ouvertement gênant ni de périlleux pour l'autorité royale, et grâce à laquelle il pouvait, sans trop d'inconvénients, et suivant les besoins du moment, créer des régiments nouveaux ou réformer ceux qui existaient déjà. L'essentiel pour lui devait être que le fisc eût le moins possible à souiïrir des voleries des capitaines, et c'est sans doute à ce point de vue qu'il s'était placé, quand il avait demandé à Fabert un règlement sur la solde. Quoi qu'il en soit, Fabert, heureusement secondé dans ses efforts d'initiative personnelle par les inclinations militaires des Sedanais, se trouva en état d'envoyer, dès le milieu de l'année lOM, la portion active de son régiment à l'armée rassemblée en Champagne, où sa composition de choix et sa discipline exemplaire lui valurent d'être distinguée par le duc d'Enghien'. La môme année, ce contingent
a reçu une forte nttcinte avant la Ilévolution, par l'ordonnance du . 10 décembre \1&2 {Collection des ordonnances militaires, t. L), rendue sous le ministère du duc de Ciioiseul, et jiar celle du 25 mars 1776 (même collection, t. LX), qui date du ministère de M. de Sainl- Gcrmain. Il est intéressant de rapprocher les dispositions adoptées par Fabert, en matière de recrutement, de l'ordonnance de 1762 (particulièrement de l'article 55). (ielle-ci confiait à des officiers de recrutement, aidés d'enijiloyés subalternes à la solde de l'État, l'enrôlement abandonné jusque-là au trafic des capitaines et des chefs de corps.
1. Lettre (min.) du roi à Fabert, du i'J juillet. (Arch. D. G., t. LXXXIII.)
Lettre (cop.) de Mazarin au duc d'Enghien, du 25 juillet. {Bihl. mas., l/s., H, 1719, t. II.) On lit dans cette dernière :« Pour ce qui est de la recommandation que vous me faites des intérêts de M. de Fabert, comme elle ne pouvait venir d'une main plus puissante en mon endroit, ni pour une personne que f affectionne darantage, vous pou-
261 PREMIÈRKS CAMPAGNES DU RÉGIMENT SEDANAiS.
prit part en Allemagne aux sanglantes jonrnées de Fribourg, où il perdit un tiers de son effectil'; quinze officiers sur seize furent blessés'. Le vainqueur de Rocroy eut à cœur de rendre témoignage à Fabert lui-même de la bravoure de ses soldats -.
vez aussi vous assurer que j'en prendrai tout le soin imaginable, et déjà les ordres ont été donnés pour le remboursement de ce qu'il a avancé pour la levée. »
Dès le mois d'avril (30), Fabert avait reçu de la cour l'ordre (min., Arch. D. G-, t. XII) d'envoyer au duc d'Enghien six ou sept cents hommes de son régiment.
Le succès de l'organisation du régiment sedanais reposait, en grande partie, sur l'exactitude apportée à l'envoi, chaque semestre, des montres destinées au payement de la solde. Tel était le point sur lequel Fabert avait cru devoir insister avec force auprès do Mazarin, avant de mettre son projet à exécution, et il pouvait croire que le cardinal ne pensait pas autrement que lui sous ce rapport, car il en avait reçu les promesses d'assistance matérielle les plus formelles. Cependant le passage cité plus haut de la lettre de Mazarin au duc d'Enghien, du 25 juillet, prouve que le montant des dépenses du premier semestre n'était pas encore, à celte date, remboursé à Fabert. Malgré ce relard, le gouverneur de Sedan parvint à toucher, la première année, la totalité des fonds qui lui étaient dus, ce qui lui permit de porter l'effectif du corps sedanais à 1300 honmies, au commencement de l'année 1645. A l'issue de cette deuxième année, pendant laquelle le régiment fut cruellement éprouvé à Nordlingen, Fabert avait reçu seulement les deux tiers des montres. En 1646. on ne mit à sa disposition que la moitié de la somme nécessaire. C'était le temps où Mazarin faisait succéder les expédients aux expédients pour remédier à la détresse croissante du trésor public. Fabert, réiluit à prendre sur son propre bien ce que le cardinal lui refusait, et même à emprunter de l'argent à ses amis, finit par être délié (à partir du 1" janvier 1647) de l'obligation d'entretenir son régiment, dont une partie alla se fondre à Courtray dans celui que le roi donnait au maréchal de Gassion. (Lettre (cop.) du roi à Fabert, portant réforme de son régiment, du 30 décembre 16i6, et extrait d'une lettre de Le Tellier à Fabert, du 28 janvier 1647, à la Bibliothèque nationale. Recueil Cangé, t. XXVII des Ordonnances militaires; lettre (min.) de Mazarin à Fabert, du 5 février 1647 {Arch. nat., KK, 1075.)