SIÈGE DE ROSES
le camp un ouragan impétueux, accompagné d'une pluie d'une violence inconnue dans nos climats, qui, en un clin d'œil, inonda les tranchées, entraîna les huttes des soldats, emporta trois redoutes avancées, et submergea les munitions de guerre jusque dans le parc. Le lendemain, les torrents des montagnes, gonflés par la pluie qui continuait à tomber à flots, transformèrent le camp en un vaste lac. Ce fut alors un véritable sauve-qui-peut. Les soldats se réfugièrent sur les hauteurs.
Un petit nombre d'hommes se groupèrent autour de du Plessis-Praslin, qui, entouré de ses officiers, demeura dans le camp. Dans un conseil de guerre rassemblé par le commandant en chef, les uns opinèrent pour la levée du sièofe, et les autres, resardant l'inondation comme une barrière qui les mettait à l'abri des sorties de l'ennemi, furent d'avis d'attendre la fin de ce déluge. Peut-être du Plessis-Praslin aurait-il, dans ces circonstances critiques, renoncé à continuer le siège, si le comte d'IIarcourl ne s'était rendu à Roses et n'avait décidé la reprise des travaux. Enfin, le IG avril, les eaux commencèrent à s'écouler, et les soldats, abandonnant leurs abris dans les montagnes, revinrent au camp.
On répara promptement les désastres de l'inondation. La Iranchée fut ouverte devant la place, le 19 avril. Après que l'on eut gagné le chemin couvert du bastion voisin de la mer, il fallut sept jours pour rompre la contrescarpe du fossé, solidement maçonnée. C'est alors que Diego Cavallero fit inonder
FABERT SECONDE LES COMBINAISONS DES ASSIÉGEANTS, ilb
les fossés, pour empêcher qu'on n'allacliàl le mineur. Fabert, à qui il alla se vanter de ce qu'il avait imaginé dans le but de déjouer les combinaisons des assiégeants, Teignit d'entrer dans ses vues, tout en prévoyant un résullat opposé aux espérances du crédule gouverneur. Eu eftet, le mineur fut attaché et mis à l'abri de toute atteinte par une estacade jetée en travers du fossé ; telle était sa sécurité, que les dames catalanes venaient curieusement le visiter dans son logement; elles se faisaient gloire de montrer ensuite, comme des reliques, les pierres arrachées par elles aux remparts de cette forteresse réputée imprenable.
Tandis que l'on travaillait à la mine, deux felouques espagnoles tentèrent d'entrer dans Roses. L'une fut capturée par l'armée navale. On apprit que l'autre avait apporté à Diego Cavallcro l'assurance d'un prochain renfort. Du Plessis-Praslin, vaguement renseigné, eut recours à un stratagème poilr connaître la vérité ; il écrivit à Fabert, le chargeant de prévenir legouveineui' de Roses qu'il ne devait pas être secouru, et que le roi de France était décidé à traiter la garnison assiégée avec la dernière rigueur, si elle attendait d'être forcée dans la place pour capituler. Kn même temps, il invitait Fabert à offrir adroitement à Diego Cavallero les témoignages de son estime. Celui-ci répondit résolument qu'il ne se rendcail (pie lorsqu'il serait fait brèche à ses bastions'.