‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 255 sur 334 · P. Fulgence · texte numérisé non relu

P. Fulgence

Lettres de Fabert à Cha\igny (Arch. mit., K, 118 A), pasfiim.

MAZAHIN DEMANDK A FAP.ERT DE LUI FAIRE LIVRER TURENNE. 329

raine et commandant un corps d'armée dans la province, n'ignorèrent rien de ce qui passait à Stenay, sur la frontière et juscjue chez les Espagnols. Il informa la cour des difficultés que les frondeurs trouvaient à recruter des soldats, entrava les levées conduites par les émissaires de Turenne, et retint dans le devoir, par son exeni[)le, quelques gouverneurs de place irrésolus'.

Quoique Mazarin prétendît que Turenne verrait bientôt son parti réduit à sa personne, il ne laissa pas de demander à Fabert de lui procurer un moyen expéditif de le mettre absolument hors d'étal de nuii'e. Ce n'était pas tout pour lui d'avoir fermé sur les princes les portes du château de Yincennes; leur sort devait aussi atteindre celui qui s'était annoncé comme leur libérateur-. Il écrivit à Fabert : « Si vous trouvez quelque homme assez zélé et assez hardi pour entreprendre de nous mettre entre les mains M. de Turenne, outre la gloire que ce lui serait d'avoir fait un coup si important à l'État, on lui donnerait telle somme d'argent ou telle récompense dont vous seriez convenu avec lui. Vous vous y pouvez engager librement sur la parole que je vous donuc,

1. L'ordre fut donné à Fabert, à cetteépoque, de recevoir comme prisonnier, au cliàteau de Sedan, le ciievalier de la Rochefoucauld, frère du duc, à qui les sergents elles soldats de la garnison de Damvilliers, dévoués au roi, n'avaient pas laissé le temps de gagner Stenay (Lettres (cop.) du roi à la Ferté-Scnneterre et à Faiiert, du l'2 fi'vrii'r, Arch. D. G., t. CXX.)

"2. Turenne avait pris la qualité de <■ lieutenant général de l'armée du roi p(3ur la liberté des princes -».

3Î0 RENSEIGNE LA COlTi SUR LES MOUVEMENTS DE TURENNE.

de la part de la reine, que l'on approuvera tout ce que vous ferez; et si même, pour ne pas perdre de temps, vous faisiez quelque avance pour cela, je vous réponds que vous en serez aussitôt ponctuellement remboursé '. » Nous ignorons la réponse que Fabert fit à cette requête, et par conséquent s'il se prêta à ce que Mazarin désirait de lui. Dans ses lettres au cardinal comme dans celles à Chavigny, de mars et d'avril, il est muet à ce sujet-. En tout cas, il continua à renseigner la cour sur les moindres mouvements de Turenne \ Il s'attacha surtout à ruiner l'influence du maréchal auprès de ses partisans. Aux appels à la révolte, aux mensonges de toute sorte répandus par les frondeurs pour attirer des recrues dans leurs rangs, il opposa des bulletins de nouvelles, semés partout sur la frontière, et qui annonçaient les récents succès des armes du roi en Normandie, dans le Berry et en Bourgogne^. Turenne lui ayant demandé d'assurer la subsistance de ses troupes, en lui promettant, s'il y consentait, de ne pas fouler les terres du gouvernement de Sedan, il lui répondit par

1. Lettre (cop.) du 'lo fi-vrier. {Arcli. a/f. élr.. Recueil spécial,

t. xxvni.)

i. Fabert fait allusion à la lettre de Mazarin, du 23 février, dans celle qu'il adresse à Chavigny, le 14 mars. On voit par cette dernière pl une autre du 2 mars, de Fabert à Mazarin, que la lettre du 23 était chiffrée.

3. Les lettres de Fabert, de 1650, à Chavigny et à Mazarin, contiennent de nombreux détails qui intéressent, d'une manière directe, l'histoire de la Fronde.

4. Lettre (aut.) de Fabert à Mazarin, du 2 mars. (Arcli. nat., KK, 1071.)

TUP.ENNE MET LA IMlINCiPAUTÉ A 1"EU ET A SANG. 331

un refus catégorique'. U'ielques-uns des régiments wallons etallemands que l'Espagne prêtait à Turenne, entrèrent alors dans les villages de la souveraineté, sur les deux rives de la Meuse. Les Croates qui faisaient partie de ces troupes, se signalèrent entre tous par leur cruauté. « Un de leurs plus grands plaisirs, dit Fabert à Chavigny, dans une lettre du 20 mars, est celui de brûler les enfants dans les maisons où ils mettent le feu ; ils ont tué, près de la ville, des gens qui y venaient avec passe-port de celui qui les commande-. )) Les ressources du pays avoisinant Sedan une fois épuisées, les soldats de Turenne « se mirent à crier contre lui avec des imprécations horribles ' » ; il fallut les conduire dans le Luxembourg K En même temps, les frondeurs de Stenay se débandaient petit à petit'. Menacé d'un abandon complet, il se tourna vers les Espagnols. Le 20 avril, il signait à Stenay, avec le représentant du roi d'Espagne, un traité pour la liberté des princes. Cet acte de haute trahison inspira à Fabert les réflexions suivantes, adressées à Chavigny : « Vous êtes si sage que vous jugerez en

1. Lettre faut.) de Fabert h Chavigny, des 14 et 16 mars. {Arch. )!«/., K, 118 A.)

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