IIIVALITK DE MAZAP.IN ET DE CHAVIGNY
de Turenne courut un instant à Paris, sur un avis erroné que M™' de Fabert paraît avoir donné la première ^ Plus d'un fuyard tomba sous les coups des paysans, exaspérés par les mauvais traitements qu'ils avaient reçus ■. Chàteau-Porcien se rendit aussitôt après. Par les soins de Fabert, Beaumont reçut une petite garnison, et le château de Buzancy fut occupé au nom du roi. A la fin de l'année, il ne restait plus que Mouzon, sur la frontière de Champagne, au pouvoir des Espagnols.
Dans l'intervallequi sépare l'arrestation des princes de la victoire de Uethel [Sommepy], Mazarin n'avait pas cessé de surveiller l'attitude de Ghavigny et de contreminer son influence. 11 continuait à le poursuivre de son inimitié, ainsi qu'un dangereux rival encore capable de se relever de l'extrémité de la disgrâce pour reconquérir le premier rang. Dans cette lutte, arrivée à l'état aigu, le rôle d'apaisement et de conciliation joué par Fabert mérite d'être mis en lumière.
On se rappelle le coup d'Etat du 18 janvier. Mazarin avait fixé alors à six semaines la durée du séjour de Ghavigny hors de Paris \ Ge laps de temps écoulé, il ne s'était pas montré pressé de lui accorder la per-
1. .( Le bruit a fort couru ici (Paris] de la mort de M. de Turenne; mais comme tous les avis qui ont donné occasion à cela viennent de Reims, l'on croit que c'est le même qu'a donné M"" de Fabert, et Ton croit savoir qu'il est arrivé en bonne santé à Stenay. » (Lettre orig. sign.,de Le Tellier à Mazarin, du !2'2 décembre, Arch. aff. étr., France, t. CXXX.) Mazarin était alors à Reims.
2. Lettre (aut.) de Fabert à Mazarin, du 1" janvier 1651. (Arcli. nat., KK, 1072.)
3. llbavignv était venu résider dans son domaine de Pont-sur-Seinc.
338 hM'ERVENTlON DE FABEilT EN l'AVEUR DE CHAVIGNY.
mission d'y revenir. Sous la menace de nouvelles vexations, Chavigny avait songé à se retirer à Sedan. Fabert, sans vouloir le contrarier absolument dans son désir, le prévint qu'il y aurait péril à s'aventurer de ce côté pendant que les soldats de Turenne occupaient la principauté'. Il était encore question de ce voyage, quand le bruit se répandit que Cliavigny allait être privé du revenu du gouvernement de Vincennes. Les assurances que Fabert avait reçues précédemment de Mazarin, l'autorisaient à ne pas croire à un pareil acte de spoliation. Toutefois, il jugea à propos de lui demander des explications à cet égard '\ Pour se défendre d'avoir manqué à sa parole, le cardinal n'eut qu'à démentir la rumeur propagée par les ennemis de Chavigny; on ne saurait dire qu'il le fit de mauvaise grâce, mais il profita de la circonstance pour se plaindre, une fois déplus, de celui qui ne manquait, prétendait-il, « aucune occasion de suggérer et fomenter toutes choses qui pouvaient lui être nuisibles ' ». A peu de temps de là, il accentua encore davantage son mécontentement dans une nouvelle lettre à Fabert : « Je veux bien vous dire que M. de Chavigny continue dans sa manièi-e d'agir, qui ne saurait être plus désobligeante pour
1 Lettres déjà citées de Fabert à Chavigny, des 10 et 20 mars. • '2. Lettre (aut.) de Fabert à Cbavigiiv, du 27 mars. (Arch. nat.,
K, 118 A.) 3. Extrait (de la main de Fabert) d'une lettre de Mazarin à Fabert,
du 6 avril. {Arcli. mt., K, 118 A.) — Lettre (cop.) de Mazarin à
Le Tellier, du 24- mars. [Arch aff. étr., France, t. XXXi.) — Lettres,
déjà citées, de Fabert à Cliavigny, des 20 et 21 avril.
lîÊCUIMINATlO.NS DE MAZAHIN CONTKE CHAVIGNV. 33!)
moi et plus remplie d'animosité. Néanmoins, j'ai toujours patience, niais à la lin elle se peut épuiser'. » Un procès que Chavigny avait avec le président Le Coigneux rendant nécessaire sa présence à Paris, Fabert s'efforça de décider Mazarin à lui donner l'autorisation d'y rentrer". A l'appui de sa requête, il invoqua la conduite de Chavigny, irréprochable selon lui. Le cardinal lui lit la réponse suivante : « Je suis persuadé que l'amitié que vous avez pour M, de Chavigny n'est pas capable d'altérer le moins du monde celle que vous m'avez promise, et je sais aussi très bien que, quelque confiance qu'il vous ail témoignée, il s'en faut beaucoup qu'elle ait été entière, et qu'il s'est bien gardé de vous mettre ni de son conseil ni de son secret dans aucune des choses qu'il a faites, qui pourraient déplaire à la reine et me porter quelque préjudice II suffirait, pour juger qu'il n'est
pas dans les sentiments qu'il devrait, de voir que ses plus intimes amis, et avec qui il entretient une plus entière correspondance, sont ceux qui tâchent de nous faire le plus de mal et qui font paraître le plus de partialité pour les princes, étant bien évident que s'il désapprouvait leur manière d'agir, ou qu'il les obligerait à la changer, ou qu'il se départirait au moins de cette étroite liaison avec eux. J'en parlais nettement à la personne qui me vint trouver de votre part à Nogent, et lui ai dit qu'il n'avait plus à faire à
1. Lettre (min.) du 21 avril. (Arch. nat., KK, 1075.) t*. Lettre (aut.) de Fabert à Mazarin, du :28 avril. (Colleclion de M. le vicomte Elzéar de Quelen.)