FABERT TRAITE AVEC LES DÉLÉGUÉS DE L'ÉVÈQUE DE LIÈGE
et Allemands se ruaient à l'envi sur les malheureux habitants. A ceux que les calamités de la guerre semblaient avoir épargnés jusque-là, il ne resta bientôt plus que le triste espoir d'être dévorés les derniers.
Il n'est pas jusqu'aux gens de guerre des pays neutres, comme ceux du duché de Bouillon ', qui ne se mirent à courir sur les terres françaises des gouvernements limitrophes. Un parti espagnol, sorti de Monlmédy et qui avait trouvé libre passage sur le pont de Bouillon, vint piller la principauté de Chateau-Hegnault -. Il y eut représailles. Les difficultés soulevées à cette occasion furent réglées, le 7 décembre lOiO, par un traité conclu à Sedan entre Fabert et l'intendant Dosny, au nom du roi, et deux délégués de l'évèque de Liège. Il y fut stipulé que le pont de Bouillon resterait toujours ouvert aux troupes des garnisons françaises se rendant à la guerre ou en revenant sans prisonniers ni butin '.
L'heure de la délivrance, qui paraissait avoir sonné, dans les derniers jours de 1650 (après la bataille de Bethel), pour la Champagne, si cruellement éprouvée, était encore bien éloignée.... L'œuvre de dévastation à laquelle cette province servait fatalement de théâtre depuis tant d'années, trouva à cette époque de terribles instruments dans les troupes allemandes au service de la France, sous les ordres
1. Le ducliii de Bouillon relevait de rélectour de Cologne, cvcque de Liège.
2. Cette principauté .i\ait été cédée au roi de France, en 16:29, par la princesse de Conti.
3. Copie originale du traité. (Arch. a/f. étr., Liège, t. II.)
]l PROTESTE CONTRE LES EXCÈS DES ALLEMANDS. SâQ
du lieutenant général Hosen'. p]n face des ruines déjà accumulées et sous la menacf; de nouveaux malheurs -, Fabert ne put retenir un cri de détresse. Quelques gouverneurs de places^ s\inirent à lui pour presser Mazarin d'employer son autorité à mettre un frein aux brigandages des Allemands*. Le cardinal sembla ne pas vouloir donner tort ouvertement à Rosen, qui pouvait rompre, si on le mécontentait, le traité conclu avec le roi; il lui expédia de l'argent, l'invila à dédommager les habitants qui avaient le plus souffert des excès de ses soldats, et enfin envoya servir auprès de lui le maréchal de camp Montdevergues, qui avait ordre de correspondre avec Fabert'. Quoiqu'il reprochât aux gouverneurs de la
1. Rosen (Reinhold), ancien lieutenant du duc de Weimar, avait succédé, dans le commandement de ces troupes, au lieutenant général d'Eilacli, mort à Brisacli le 26 janvier 1650.
Mazarin retenait les Allemands entre Aisne et Meuse, en attendant le moment de les faire passer dans le Luxembourg pour empêcher Tennemi de s'y réorganiser.
M. Alpli. Feilk't (La misère au tempx de la Fronde, etc.) a fait le récit détaillé des épouvantables souffrances qu'endurèrent, à celte époque, les populations champenoises.
2. « L'affaire des troupes de M. Rosen s'en va à s'échauffer. L'on m'a dit qu'il est résolu de faire piller tous les villages entre l'Aisne et la Meuse, lesquels il disait, avant-hier à souper, lui être abandonnés pour cela... 11 est certain que les places frontières succomberont si la culture du pays ne les soutient. » (Lettre déjà citée de Fabert à Mazarin, du 1" janvier 1651.)
3. Bussy-Lamet à Mézières, Monlégu à Rocroi et Noirmouticrs à (iharleville.
i. Lettre (orig.) datée de Charloville,3janvicr. {Arch. nat., KK, 1072.) 5. Lettre de Mazarin à Fabert, du lOjanvier, en min. aux Archives nationales, KK, 1075, en copie aux Archives des affaires étrangères, Recueil spécial, t. XXVUI.
François de Lopis de Montdevergues était mestre de camp-lieutenant du régiment de cavalerie Mazarin.
300 Or.DONXANCE ROYALE EN FAVEUR DES LAZARISTES.
frontière d'avoir Irailé les auxiliaires allemands comme ils eussent fait des Espa<»no's*, il ne resta pas sourd à leur appel. L'ordonnance rendue le H février 1651 prouve d'une manière éclatante que, pendant son séjour en Champrigno, au mois de décembre 1G50, il avait sondé d'un œil clairvoyant une des plaies qui rongeaient les populations de la fiontière. Celle ordonnance portait défense, au nom du roi, à tous ofiiciers, commandant des troupes françaises ou étrangères, de loger leurs gens dans les villages de Champagne et de Picardie ponr lesqisels les prêtre? de la Mission de Vincent de Paul obtiendraient une sauvegarde, en vue d'assister les pauvres et les malades; en outre, elle plaçait sous la protection spéciale du roi ce grand apôtre de la charité et toutes les persi-nnes associées à son œuvre'-. De semblables disposition> étaient bien préférables à des mesures de répression directe, et il n'est que juste d'en partager
1. Ce que Mazarin aurait voulu, et ce qu'il était Impossible d'obtenir des populalions ex-ispérées par une birigue oppression, c'i'st qu'elles vinssent en aide aux troupes alleniaudes pour leur subsistance, au lieu de les affamer eu leur refusant des vivres, même à prix d'argent, et de noyer les bacs qui pouvaient servir à b-ur passage. (Lettre de Mazarin à Fabert, du "20 janvier, en miu. aux Archives nationales, KK, 1072, en copie aux Archives des affaires étrangères, liecueil spécial, t. XXVIII.)
2. C'tte ordonnance, que M. Alpli. Fiillet a relevée le premier dans les Ordonnances militaires (t. XXVlUj du Recueil Cangé, est en copie aux Archives du Dépôt de la Guerre, t. CXXVl, et à la Bibliollieijue nationale, F FI{., 422i {Ms. Le Tellier,. Il fut enjoint à Rosen de la faire exécuter. D'après d'autres ordres du roi, ou ne devait ()lus laisser séjourner de troupes dans les localités de la Cliampagne où avaient été établis di-s bùj'i'.aux. (Lettre (cop.j du roi à du Pies is-B.'saiiçon, Arch. D. G., t. CXXVl.)
. MAZAUIN DÉLIVRK LES IMUNCKS; SA FUITR. 3fil
le mérite entre les hommes de cœur qui les provoquèrent el le iiiinislre qii eu prit Tiniliative.
Cependant, l'heureux dénouement des opérations militaires, tant en Champagne que dans les autres ])rovinces soulevées par les partisans de Condé, n'amena pas le résultat qu'en attendait Mazarin pour l'élever son prestige et fortifier son autorité. Sans tenir compte des succès remportés par les armées royales, le parlement, d'accord avec le parti des seigneurs, le duc d'Orléans et le coadjuteur de Retz, recommença sps déclamations contre le cardinal el demanda impérieusement à la reine son éloignement immédiat, avec la liberté des princes.
Devant l'attitude menaçante des deux Frondes réconciliées, devant Forage grossissant de la colère publique, habilement excitée par les chefs des partis coalisés, Mazarin effrayé renonce à la résistance. Il s'éloigne de Paris en secret, et, tandis que le parlement fulmine contre lui et sa famille un arrêt de bannissement, il se rend au Havre et ouvre lui-même aux princes ca[)tifs les portes de leur prison (l.j février). Ensuite, il revient sur ses pas, el, par D )ullens, Péronne, où le maréchal d'Ilocquincourt lui amène son neveu et ses nièces, et la Fère, se dirige vers la Champagne, dont il sait les gouverneurs dévoués au roi \ Arrivé à Pielhel, il donne l'ordre au
1. « Poiii-la Champagne et la Lorraine, hors Slenay, tout ceqn'ily a de phices el de tioiipes sont au roi, si MM. de Noiniioutier el de Hussy persistent dans 11 déclaration qu'ils ont faite à M. Fabert dans le château de Sedan, et qui me l'a envoyé dire par un exprès, Iqu'ib] pf'îriroMt