IL MANDE FABERT A RETHEL
sieur Millet' d'aller s'informer à Sedan si rien ne s'oppose à ce qu'il se retire à Bouillon. Cet agent apprend de Fabert que la ville, étant ouverte, n'offre aucune sûreté, et que l'autorisation de l'évêque et du chapitre de Liège est indispensable pour entrer dans le château ; il va lui-même contrôler ce renseignement auprès du comte de Wagnée, gouverneur de Bouillon, et le rapporte à Mazarin"-. Aussitôt Fabert estmandéàRethel. Après l'avoir consulté, le cardinal sedécide àfixer sa résidence à Schelesladt, ville impériale d'Alsace. Au moment où il s'engage sur la route de Nancy (6 mars), il a auprès de lui, outre un certain nombre de valets, une vingtaine de ses gardes particuliers, restant des quatre-vingts qui composaient la compagnie au moment du départ de Paris, et deux cents cavaliers, dont cinquante dragons, envoyés par Rosen \ Le lendemain, après avoir échappé
pour le service du roi et pour le mien particulier, nonobstant l'amitié de l'un et la parenté de l'autre pour le coaiijuteur. » (Lettre (cop.) de Mazarin à Sorvien, de la Fère, I" mars, Arch. aff. étr., Recueil .spécial, t. XXVllI.)
1. Millet |ou Milet] de Jeure, un des agents les plus actifs de Mazarin; devint, dans la suite, un des sous-précepteurs du daupliin.
2. « Le sieur Millet me voulut obliger à écrire cela au cardinal [que Mazarin ne serait pas en sûreté dans le cliàteau|, ce que je crus devoir éviter, de peur que ceux qui le suivaient avec le dessein de le quitter à sa sortie de France, ne prissent sujet de là pour dire que je lui aurais nfusé le passage ici ; et je crois que la chose aurait été ainsi, sans ce que j'obligeai ledit sieur Millet d'aller visiter Bouillon, et d'apprendre du gouverneur s'il recevrait dans le château le cardinal. » (Lettre aut. de Fabert à Chavigny, du 9 mars, Arch. nat.,K, 118 A.)
3. Valets et gardes se débandaient au fur et à mesure que l'on avançait.
.' Il n'est pas croyable le mauvais traitement qu'il recevrait de ses
DÉTP.KSSE A LAQUELLE IL EST RÉDUIT. 303
à la poursuite d'un parti sorti de Stonay sur l'ordre de Turonno, il gagne Robert-Espagne, aux environs de Bar*. De là, il écrit à Servien et de Lionne qu'il a renoncé à se rendre dans les Etats de l'électeur de Cologne, afin de n'avoir pas h demander de passeport aux Espagnols, et qu'il s'avance du côté du Rhin par la Lorraine. « Je marche, lui dit-il, plutôt en bohémien et en postillon qu'en cardinal qui est forcé d'emmener ses nièces -. ;> X Bar, où il est parfaitement reçu par le maréchal de la Ferté, il est prévenu que l'électeur est disposé à lui faire bon accueil dans ses Étals \ Alors il rebrousse chem.in et s'achemine vers Bouillon. Le 11, étant de passage à Clermont-en-Argonne, il se plaint avec amertume, dans une lettre à de Lionne et Servien, de l'extrémité à laquelle il est réduit. « C'est une étrange condition que la mienne, dit-il, d'avoir consommé ma vie en servant utilement et avec la dernière fidélité et passion la France, et que cela ne m'ait servi que pour me faire perdre la liberté que, sans cela, j'eusse eue de pouvoir aller et demeurer partout avec une entière
gens, si quoique peu de honte ne les retenait. J'en ai que les hommes soient animaux si imparfaits, et je suis confirmé dans Topinion qu'on ne peut guère avoir de plus rudes ennemis ou de plus faihles consolations que de ses propres gens. » (Lettre aut. de Fabert à Chavigny, du 6 ni;irs, de Relhel, Arch. nat., K, 118 A.)
1. Kabert dit à Chavigny dans une letlre, déjà citée, du 9 mars: « Je crois que s'il |Turenne| l'avait vu en l'équipage que je Tui vu partir de Rethel, qu'il n'aurait pas de volonté de lui faire du mal. »
2. Lettre (cop.) du 7 mars. {Arch. a(f. étr., Rec. spécial, t. XXVllI.)
3. Lettre (aut.) de Fabert à Chavigny, des ):2 et 13 mars. (Arch. «at., K, 118 A.)
36i ACCUEIL QU'IL P.F.ÇOIT DE FAHERT A SEDAN.
sûreté; peut-être cela est sans exemple. J'eusse été mille fois plus heureux si la reine eût trouvé bon qu'on m'arrêtât prisonnier '. » Le 12, accompagné du maréchal de la Ferté, qui lui amène deux cents chevaux d'escorte pour remplacer ceux de Rosen, retournes dans leurs quartiers, il entre à Sedan, où le dévouement du gouverneur lui a ménagé une réception digne de son rang et de son infortune-. Le lendemain, il quitte la place avec une trentaine de gentilshommes qui n'ont pas voulu se séparer de lui. Fabcrt l'escorte jusqu'auprès de Bouillon. Quelques jours après, des coureurs français et espagnols de la garnison de Stenay se ruent sur le village de Corhion, qu'ils mettent au pillage, et annoncent par des billets semés sur leur parcours que pareil traitement sera appliqué aux villages du duché, si l'on soutTre que ^lazarin séjourne à Bouillon. Déjà le cardinal a reçu, du comte de Brienne, une lettre qui l'autorise, au nom de la reine, à .se pourvoir d'un passe-port auprès des Espagnols, pour se retirer sur les bords du Bhin. Il envoie demander ce passe-port à Bruxelles, et, dès qu'il l'a reçu, se met en route pour Brûhl ^
1. LeUre (cop.). (Arch. aff. élr.. Recueil spécial, t. XXVIII.)
2. Leltres faut.) de Fabertà Cliavigny, des 12, 15 et 29 mars. {Arch. nat., K, 118 A.)
3. Lettres (aut.) de Fabcrt à Cliavigny, dos 19 et 22 mars, et à M. de Termes, du 22 mars (Arch. nal./K, 118 A.)
Pendant son séjour à Bouillon du 1-i au 19 mars), Mazarin reçut deux fois la vi.-ile de Fabort.
Dajirès Amédée Renée [Les Nièces de Mamrin, Paris, 1858), Mazarin aurait laissé sou neveu et ses nièces à Sedan, lors de son passage dans celte ville, en attendant d'être fixé sur le lieu où il se rcti-
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Eu passant à IIiiy-snr-Meuse,le 1" avril, il a|)|)it'nd, par une lettre de Fabert, les démarches tenlées par le duc d'Orléans pour porter les habitanls de Liège à lui refuser asile dans leur ville ^ 11 arrive enfin le 0 avril à Briilil, et s'installe dans une maison que l'électeur de Cologne lui a fait offrir par un de ses officiers venu au-devant de lui à Juliers'.
rerait déliiiitivcment. Nous n'avons rien trouvé dans la correspondance de Mazarin, ni dans colle de Fabert, qui justifiât cette assertion. Au moment où le cardinal s'élni^nait de Bouillon, Fabert écrivit à Cliavigny : « Les nièces seront dans un couvent avec deux feunnes qui leur restent ». (Lettre du "20 mars cilée plus haut.)
I. Lettre (cup.) de Jlazaiin à Servicn et de Lionne, du l"' avril. (Arch. ajf. étr , Recueil spécial, t. XWIII.)
« Je lais état, dit le cardinal dans celte lettre, d'être dans deux jours sur le lîliin. Je ne sais pas ce que l'on désirera encore, et si l'on voudra que je passe jusqui's au Danube. »
12. Lettre (cop.) de Mazarin à de Lionne et Servion, du 11 avril, de Briilil. [Arch. aff'. étr.. Recueil spécial, t. XXVllt.) — Fabert manda à ses amis l'accueil que Mazarin avait reçu cà Juliers et ailleurs. 11 dit, à ce |)ropos, dans une lettre (aut.) du 17 avril (Arch. a/f. étr., France, t. CXXXlUj au cardinal : « Gela doit faire honte aux Français qui le sauront. »
Eiivir n trois semaines après l'arrivée de Mazarin à Briilil, le parlement envoya à Sedan deux de ses membres [Pilou et Bitaul] pour s'informer des circonstances qui avaient marqué 1". passage du cardinal dans cette ville. Voici en quels termes Fabert rapporte dans une l'tlre a Onded.-i *, du "16 avril (Leitre aut., Arcli. de Condé, Section historique, carton lUO), Faccueil qu'il fit aux enquêteurs. « Les conseillers du parlement arrivèrent ici dimanche dernier \'2'S avril] ; ils furent arrêtés à la porte de la ville, où je leur mandai que s'ils n'avaii-nl pas une commission de LL. MM. pour agir ici, ijoe je ne pourrais leur en permettre l'entrée, Sedan n'étant pas du ressort du parlement |de Paris] Ils dirent qu'ils avaient comnrssion et (pi'oiilre cela nous étions de leur ressort; mais enfin, pour ne pas s'en retoin-ner sans dîner et voir la place, ils convinrent d'y entrer comme
" Gluscppc Zongo Oiiil^'clei, paroiit ile Mazarin, et l'un de ses cnnlldcnls lo» plus intimos; plus lard, ùvèiiiic de Frôjus.