NÉGOCIATIONS POUR L'ACCOMMODEMENT DES PRINCES
la Loire. Le prince de Condé, ayant quitté la Guienne, vint surprendre et battre à Bléneau le maréchal d'Hocquincourt, puis se rendit à Paris. Ici se place la conférence de Saint-Germain (fin avril 1652), dont l'objet était de réconcilier avec la cour le prince de Condé et le duc d'Orléans. Cbavigny était l'âme de ces négociations avouées, qui faisaient suite à d'autres démarches, secrètement entamées et depuis longtemps poursuivies, au nom du prince de Condé, pour obtenir un accommodement.
Informé de bonne heure de ces tentatives de rapprochement, P'abert n'avait cessé de les encourager, tant il était persuadé que de l'union de la famille royale dépendaient le rétablissement de l'autorité du trône et la paix générale. Cbavigny, par son intelligence élevée, son expérience des affaires etTinfluence qu'il avait acquise sur le prince de Condé, lui paraissait plus apte qu'aucun autre à remplir cette difficile mission; mais, en cas d'insuccès, ne serait-il pas entraîné à se déclarer ouvertement contre le cardinal, c'est-à-dire contre le roi? C'est ce que semblait . craindre Fabert, et il osa le lui représenter, sans être arrêté par les accès de mauvaise humeur que provoquait parfois sa franchise '.
Fabert aurait voulu que Cbavigny associât ses efforts à ceux de Mazarin pour assurer, au profit du roi, le succès des négociations pendantes. Quoique le
1, Lettres (aut.) de Fabert à Cliavigny, des 17 et 27 décembre 1C51 et do janvier 1652. {Arch. ml., K, 118 A.)
RÉPUGNANCE DE CHAVlf.NY A TRAITER AVEC MAZARIN. iOl
cardinal poursuivît le même but, il songeait peut-être encore plus à enlever Chavigny à Condé qu'à utiliser ses services contre le parti des princes. Mais le désir de Fabert s'accordait mal avec les visées de son ami. Chavigny n'entendait pas prêter les mains à l'accommodement pour faire le jeu du cardinal. Il tenait à recevoir du roi en personne des instructions précises, au moyen desquelles il se promettait, non seulement d'éviter le rôle de dupe, mais de prendre celui d'arbitre. L'action du cardinal une fois neutralisée dans les conférences, il serait plus facile de le supplanter dans le conseil, surtout avec l'appui du prince de Condé, Ce n'est évidemment pas sous ce jour qu'il s'ouvrit à Fabert de ses intentions. Comme il avait besoin de lui pour se ménager avec le roi une entente directe, d'où dépendait, à ses yeux, le succès de ses desseins, il chercha à se donner les apparences du désintéressement. Du moins, ne lui dissimula-t-il pas sa répugnance à traiter avec le cardinal. Il s'en explique ainsi dans un mémoire du 17 janvier : « Je n'ai point de plus forte passion que celle de vivre retiré dans ma maison, pourvu que ce soit sans persécution ; mais, s'il faut prendre parti pour l'éviter, j'avoue qu'il n'y a que la dernière extrémité qui me puisse porter à en suivre un autre que celui qui aura le nom du roi. Toutefois, il n'est pas sans exemple que la conscience et l'honneur n'aient souvent permis de se déclarer contre la conduite des favoris dont les intentions étaient moins décriées que celles du cardinal, et que ceux qui l'ont fait