‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 313 sur 334 · FABERT VEILLE A LA SÛRETÉ DES PLACES DE LA MEUSE · texte numérisé non relu

FABERT VEILLE A LA SÛRETÉ DES PLACES DE LA MEUSE

lant pas accepter la soumission sans condition imposée par édit royal.

Cependant, à la faveur de ces funestes dissensions, les troupes lorraines avaient pénétré dans la Champagne, où elles vivaient de pillage et de vol, sans qu'on pût savoir si Charles IV les destinait au service du roi ou les réservait pour soutenir les princes. Ce fut vraisemblablement pour être prêt à parer de ce côté à toute éventualité, qu'on mit à la disposition de Fabert les troupes de la Champagne, et qu'on lui ordonna de pourvoir, d'accord avec les gouverneurs de la frontière, à la sûreté des places de la Meuse '. Après le départ de Mazarin, le duc de Lorraine, renforcé par un détachement de cavalerie espagnole, prit

1. « Lettre (cop.) du roi, du 3 juin, au marquis de Noirmoutiers, à MM. Bussy-Lamet et Montégu, au sujet de l'ordre donné au marquis de Fabert d'agir comme lieutenant général sur la frontière de Champagne. » {Arcli. D. G. t. CXXXV.).

La lettre royale qui enjoignait à Fabert de veiller à la conservation des places de la Meuse, portant que cette mission lui était confiée sur la proposition du marquis de Noirmoutiers, il la renvoya à Le Tellier : « J'ai cru, lui écrivit-il, ne la devoir point garder, étant conçue en termes honteux pour moi et qui font croire qu'on a bien du mépris pour ceux qu'on sait être fidèlement attachés à leur devoir.» (Aiit., I5ynn, Arcli.nat.,KK, 1072.) A la lin d'août, Mazarin, de passage à Sedan, invita Le Tellier à rédiger une nouvelle lettre, en supprimant le passage qui avait motivé la plainte de Fabert. « Il [Fabert] est si délicat en certaines matières, disait le cardinal, qu'il ne s'en peut mettre en repos, et c'est une personne si fidèle et si capable, et qui a tant de mérite, qu'il faut lui guérir Fesprit par toutes sortes de moyens. » (Cop., 31 août, Dibl. maz., H, 171D A, t. II.)

Il est probable que Le Tellier n'avait pas encore reçu la lettre du cardinal le 3 septembre. On trouve, en effet, à cette date, aux Arcliil'es du Dépôt de la Guerre, une de ses lettres (cop., t. CXXXVl) à Fabert, où figure encore la clause en question.

MORT DE CHAVIGNY. i07

enfin le parti d'aller rejoindre, aux environs de Pans, les soldats de Condé, de Beaufort et du duc d'Orléans. Tout en se montrant aux Parisiens en posture de guerre, le prince de Condé ne cessait de travailler à traiter, pour son propre compte, avec la cour. En août et septetnbre, les pourparlers se multiplièrent. Ils donnèrent lieu, entre l'abbé Fouquet, dirigé par Servien et Le Tellier, M. de Goulas, Chavigny et Fabert, à des propositions, à des explications, à des incidents de toute sorte, peu propres à faciliter l'entente des partis. Le rôle de Fabert, dans ces négociations, fut ce qu'il avait été jusque-là : un rôle de conciliation inspiré par le dévouement au roi. Au commencement d'octobre, les voies étaient ouvertes à un accord qui semblait prochain, par suite du consentement que Mazarin donnait à la restitution de Montrond au prince de Condé, lorsque la mort presque subite de Chavigny rompit brusquement l'intrigue. Au dire des contemporains, le comte fut enlevé par un accès de lièvre qui s'empara de lui après une scène violente où Condé s'emporta jusqu'à lui reprocher de l'avoir trahi. Ce qui nous reste de la correspondance de Fabert ne révèle malheureusement aucune des circonstances de cette fin aussi triste qu'imprévue *.

1 . Lettres de Mazarin à Le Tellier (cop.), août, septembre et octobre {Dibl. maz., H, 1719 A, t. Il, et B, t. III); lettres (aut.) de Fabert à Chavigny, des mêmes mois (Arch. nat., K, 118 A); lettres (cop.) de Fabert à Mazarin, et de Mazarin à Fabert, d'octobre {Arch, aff. étr.. Recueil spécial, t. XXX).

« On surprit une des lettres à Tabbé Fouquet, confident de Ma-

i08 MAZARIN PART DE SEDAÎN'.

Privé de son principal négociateur, Condé quitta la capitale, où les Parisiens se disposaient à recevoir le roi et la reine mère, et alla porter en Champagne l'étendard de la révolte. Joint au comte de Fuensaldagne, qui l'avait précédé sur l'Aisne, il s'empara de Château-Porcien et en fit sa place d'armes. Rethel et Sainte-Menehould se rendirent à leur tour, après avoir résisté quelque temps, grâce à des secours envoyés par Fabert. Eusuite le vainqueur, se détournant de la Meuse, dont les places étaient bien gardées, et de Sedan, où il n'y avait rien à gagner avec le gouverneur, entra dans le Barrois et enleva facilement Bar-le-Duc, Ligny, Void et Gommercy. Sur ces entrefaites arriva Turenne. En quelques jours, le prince de Condé, vigoureusement poursuivi par les troupes royales, était réduit, pour échapper à une défaite, à entrer dans le Luxembourg.

Le cardinal n'avait pas attendu ce moment pour répondre au désir du roi, qui était de le voir se remettre au plus tôt à la tète des affaires. Le 23 novembre, il partit de Sedan, où il était revenu depuis quelques semaines sur un ordre exprès de la cour ',

zarin, dans laquelle il promettait d'ôter au parti l'appui du duc d'Orléans, si M. le Prince refusait de souscrire aux conditions dont il était convenu à son insu. La lettre ne venait que de tomber entre les mains de Condé lorsqu'il reçut une visite du marquis. Un long éclaircissement qu'il eut avec lui, et dans lequel il s'emporta jusqu'à le traiter de traître et de perfide, porta la douleur et le désespoir dans l'àme de Ciiavigny. Il se retira.... et mourut quelques jours après. » {Histoire de Louis II de Bourbon, prince de Condé, par Désormeaux.) 1. « Lettre (cop.) à W le cardinal Mazarin, pour lui dire de

Page 1