‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 324 sur 334 · AU SUJET DE LA RÉSOLUTION PRISE PAR RICHELIEU D'ASSIÉGER ARRAS · texte numérisé non relu

AU SUJET DE LA RÉSOLUTION PRISE PAR RICHELIEU D'ASSIÉGER ARRAS

On voit, d'après ce qui précède, que nous avons adopté l'opinion d'Aubery {Histoire du cardinal duc de Richelieu, Cologne, 1666, tome H), d'après laquelle l'expédition entre Sambre-et-Meuse, confiée au maréchal de la Meilleraye, aurait été une feinte imaginée pour tromper l'ennemi sur le véritable dessein du cardinal, qui était, depuis longtemps déjà, d'assiéger Arras. Suivant une autre opinion, celle de Le Vassor {Histoire du règne de Louis XIII, Amsterdam, 1717, t. X), partagée par le P. Grififet {Histoire du règne de Louis XIII, Paris, 1758, t. III), ce siège aurait été résolu à la fm de mai 1610, dans le but de réparer l'insuccès des opérations entreprises sur la Meuse.

Notre intention n'est pas d'entrer en controverse sur ce point d'histoire. Nous voulons seulement motiver en quelques mots la préférence que nous avons accordée aux assertions d'Aubery.

Constatons d'abord, contrairement aux allégations de Le Vassor et du P. Griffet, qu'Aubery n'a assigné aucune date précise à la décision de Richelieu relative au siège d'Arras. Tout ce que l'on est en droit d'inférer du récit qu'il a fait du siège et des événements antérieurs qui s'y rattachent, c'est que la décision en question fut prise de bonne heure, c'esl-à-dire à la fin de 1639 ou au commencement de 1640, en tout cas avant l'expédition dirigée sur Mariembourg et Charlemont. En cela, il n'y a rien que de très vraisemblable, si l'on considère que la préparation de la guerre de 1640, contre les Pays-Bas, remonte à l'année précédente. Sur ce dernier point, les lettres et instructions de Richelieu au comte d'Estrades, plénipotenliaire du roi à la Haye, publiées par M. Avenel {Documents inédits sur l'histoire de France : Lettres, instructions diplomatiques et papiers d'État du cardinal de Richelieu, 1867, t. VI), ne

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peuvent laisser subsister le moindre doule; bien plus, elles contiennent en germe, pour ainsi dire, les opérations de la campagne de KJiO, à savoir, les tentatives effectuées sur Marienibourg et Cbarlemont et le siège d'Arras lui-même. Dès le mois de novembre, en effet, Richelieu s'engageait à faire exécuter par l'armée de la Meilleraye, lors de la reprise de la guerre, une puissante diversion sur un point éloigné de iJamnie et Bruges, où devaient opérer les Hollandais, et, à la date du 23 décembre, il invitait d'Estrades à joindre aux clauses d'un projet de traité, précédemment remis au prince d'Orange, deux articles nouveaux dont le premier était conçu en ces ternies : « Je promets, en vertu du pouvoir que le roi m'a donné de concerter des desseins de l'année 1640 avec le prince d'Orange, que Sa Majesté fera nujiege de considération cette campagne prochaine. »

Le P. Barre rapporte à l'année 1640 la détermination prise d'assiéger .\rras. A la vérité, il ne précise aucune date à cet égard ; mais l'ordre dans lequel il décrit les événements immédiali^ment antérieurs au siège, se concilie fort bien avec les assertions d'Aubery, tandis qu'on ne saurait l'accorder avec celles de Le Vassor. Ainsi, d'après le père génovéfain, la résolution d'assiéger la capitale de l'Artois précéda la reconnaissance de la place par Fahert, et cette reconnaissance ellemême le rassemblement des troupes de la Meilleraye devant la Capelle. Or, on sait que le rassemblement de l'armée envoyée sur la Meuse eut lieu dans les derniers jours d'avril. La conclusion est facile à tirer. D'ailleurs, le P. Barre se montre absolument du même avis qu'Aubery, lorsqu'il ajoute, après avoir raconté la reconnaissance d'Arras : « Fabert revint à la cour avec de nouvelles preuves qui appuyaient le projet qu'il avait conçu de faire le siège de cette place; mais, pour y réussir, // fallait tenir la chose secrète, amuser l'ennemi par des feintes, des ruses de guerre, des marches et des contremarches. » De même qu'Aubery, il présente les entreprises sur Marieinbourg et Charleraont comme un jeu destiné à déconcerter les Espagnols dans leurs calculs et à égarer leurs soupçons.

Le secret gardé par Richelieu vis-à-vis des généraux qui devaient être les instruments de son dessein, s'explique tout naturellement par l'importance de l'opération qu'il

méditait. « Les bons chefs ne doivent jamais donner la connaissance de leurs pensées que dans le temps de l'exéculion des entreprises qu'ils projettent; » ainsi s'exprime Renaudot, le gazetier officiel de l'époque, précisément à l'occasion du siège d'Arras, et il accompagne l'énoncé de cet axiome d'art militaire incontesté de la remarque suivante : « Ce fut aussi la seule considération qui fit faire plusieurs démarches incertaines à nos généraux, avant que de prendre le chemin d'Arras, afin que le jugement des ennemis étant suspendu, ils fussent trompés plus facilement'. » Voici un autre passage non moins caractéristique, emprunté aussi au Mercure : a Le siège d'Arras fut résolu dans le conseil, et, pour ne pas rendre inutile un si haut dessein, on jugea qu'il ne fallait faire qu'une armée de celles que ces deux maréchaux [la Meilleraye et Chàtillon] avaient commandées dans la précédente campagne. Les capitaines eurent donc ordre de tenir toutes leurs compagnies en état, et les généraux de les aller joindre pour devancer la diligence des Espagnols qui commençaient à mettre aux champs. » Dans l'hypothèse oii le siège d'Arras aurait été décidé le "26 ou le "21 mai, comme le prétendent Le Vassor et le P. Griffet, que signifieraient donc ces ordres donnés aux capitaines de tenir leurs compagnies en état, et aux généraux de rejoindre leurs charges, afin de prévenir les Espagnols « qui commençaient à mettre aux champs », puisqu'à cette date, non seulement toutes les troupes étaient rétablies, mais que la plupart d'entre elles avaient déjà marché?

Puységur {Mémoires de messire Jacques de Chastenet, chevalier, seigneur de Puységur) rapporte que le maréchal de Chàtillon l'envoya à Soissons pour proposer le siège d'Arras au roi et à Riciielieu, et il ajoute, renseignement précieux à recueillir : « Monsieur le cardinal de Richelieu me dit qu'il avait le même dessein que M. de (Chàtillon. » Il n'est pas surprenant qu'après une semblable révélation, Richelieu se soit hâté de faire prononcer par le Conseil la mise à exécution immédiate de son dessein. C'est ce qui eut lieu dans la séance tenue à Soissons, le 26 ou le 27 mai, dont parle, avec quelques détails, le même historien.

Nous en avons dit assez, ce nous semble, pour prouver que

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