‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 54 sur 334 · EMPRUNTE AUX MESSINS POUR PAYER LES OFFICIERS · texte numérisé non relu

EMPRUNTE AUX MESSINS POUR PAYER LES OFFICIERS

tait le projet d'envahir la Champagne dès qu'elles auraient reçu des renforts. Mais l'on s'aperçut bientôt, aux dispositions défensives prises par le général allemand, qu'il était décidé à ne pas sortir de cette position; l'on ne chercha donc qu'à l'y bloquer le plus étroitement possible et à faire le vide autour de lui, en brûlant les villages où il pouvait se procurer des vivres et des fourrages. C'est ainsi qu'on l'obligea à se retirer de Marimont, où il tenait des postes avancés. Sans l'opposition du maréchal de la Force, fondée en parlie sur ce que la noblesse menaçait de déserter les rangs de l'armée si la campagne se poursuivait, on se serait rendu maître de la place lorraine de Dieuze, d'où l'ennemi lirait une partie de ses approvisionnements. Il n'était que trop vrai qu'un grand nombre d'officiers, et particulièrement les gentilshommes de Tarrière-ban, se refusaient à partager plus longtemps les souffrances des soldats'. Avant même de s'éloigner de Pont-à-Mousson, le cardinal de la Valette avait été contraint de recourir à Fabert pour emprunter aux Messins cent mille livres destinées à parfaire une montre dont les ofticiers de cavalerie exigeaient le payement intégral avant leur départ. A la même époque, Richelieu se plaignait amèrement à Ghavignyde l'indiscipline des contingents de l'arrière-

1. « Le service du bati et l'arrière-ban se fera sous une seule forme, qui est de cheval léger. » (Oi'domiance du roi portant convocation du ban et arriere-lmn, du oO juillet 1035.) D'ajjn'-s celle ordonnance, on ne pouvait exiger du ban ot de l'arrière-ban que trois mois de service dans le royaume et ijuarante jours en territoire étranger.

RETKAITE DES IMPÉRIAUX. 67

ban : « Je ne vois guère, disait-il, de pièces à coudre à l'ouverture que la lâcheté de telles gens fait aux affaires du roi *. » Un peu plus tard, en novembre, il ne restait pour ainsi dire plus de cavalerie en état de servir, et la Valette écrivait de Chàteau-Salins au même personnage : « Le peu de cœur et d'afîection de la noblesse est la plus infâme chose pour notre nation qui l'ut jamais-. » Lacrainted'un débandement général des troupes dut, par conséquent, entrer pour beaucoup dans la résolution du maréchal de la Force et du duc d'Angoulème de se séparer de la Valette et des Suédois pour s'approcher de Nancy \ Restés seuls en présence de Galas, le cardinal et le duc de Weimar se promirent mutuellement de « faire ferme ». Et ils tinrent parole. L'on sut bientôt que les Impériaux, réduits à la dernière extrémité par le froid, la faim et la maladie, se préparaient à déloger. Leur mouvement rétrograde, dirigé vers le Palatinat et l'Alsace, s'effectua en effet les ^^ et 23 novembre, après que Jean de Wert^ leur eut amené des renforts. Ils abandonnèrent leurs tentes, tous leurs bagages et

1. Lettre (orig. non signé, de la main d'un secrétaire) du 17 oclobi'c (Arch. ajf. étr., France, t. LXXIV), reproduite par M. Avenel.

2. Note de la main de Fabert, écrite (novembre) au nom du cardinal de la Valette, et lettre (aut.j du 10 novembre (Arch. a/f. élr., Lorraine, t. XXVII), citée par M. Avenel.

'.i. Dès lors on se priva le plus possible d'appeler au service les miliciens de la noblesse. Ce n'est, cependant, que quarante ans plus tard qu'on cessa de les convoquer.

■4. Dès cette épo(jue, Richelieu cherchait à détacher, à prix d'argent, du service de l'Empereur le fameux partisan qui devait être plus tard l'effroi des Parisiens.

68 FABEKT SOIGNE LES MALADES DE L'ENiNEML

huit cents malades. La cavalerie des alliés, contrariée par l'étal du temps, se mit trop tard à lenr poursuite.

Au premier avis de cette retraite, Fabert, à la tête d'une cinquantaine de maîtres, pénétra par ordre du cardinal dans le camp ennemi, qu'il trouva encombré de morts et de mourants; Quelques-uns de ceux qui le suivaient rappelèrent que les Croates, pendant l'expédition de Mayence, avaient impitoyablement massacré les traînards, et osèrent parler devant lui d'achever les malheureux qui donnaient encore signe de vie. Il repoussa avec indignalion leur projet de barbares représailles, et pour leur montrer comment se venge une nation généreuse, il fit sur-le-champ distribuer aux malades les provisions de son escorte. Un grand nombre d'entre eux, transportés à iMaizières, prirent plus tard, par reconnaissance, du service dans les armées du roi.

Quoique la tactique adoptée pour venir à bout de Galas fût justifiée jusqu'à un certain point par les perles considérables qu'il avait essuyées ^ elle fut

\. Fabert avance dans ses Mémoires que les pertes faites par Tarmée impériale s'élevaient à 15 OUO hommes pour la période de deux mois environ comprise entre sa sortie de \S'orms et. sa retraite de Maizières. A la suite de cette retraite et le reste de riiiver, elles atteignirent, selon lui, le chiffre de 20 000 hommes.

« Les prisonniers rapportent que Galas a perdu 18 000 hommes depuis qu'il est entré dans la Lorraine. » (Gaielte, 1635.)

« Ceux qui reviennent de Metz rapportent que les chemins sont tellement jonchés de leurs morts, que Galas n'aura pas besoin d'autres guides, s'il lui prend envie de retourner dans la Lorraine. » (Galette, 1636.)

DfiFEND LA CONDUITE DE SON GÉNÉRAL. 69

Tobjel de la critique du grand maître de l'artillerie, le marquis de la Meillerayc, cl du meslrc de camp général de la cavalerie, le duc de Sainl-Simon *. Apres la retraite des Impériaux du camp de Maizières, ces deux personnages prétendirent, en présence de Fabert, que, si les Français, dès le début des opérations, avaient pris des positions défensives sur la Moselle, après avoir ruiné le pays sur la rive droite, pour forcer les Impériaux à chercher ailleurs et fort au loin leur subsistance, les troupes royales eussent été beaucoup moins éprouvées. Le maréchal de la Force et le duc d'AngouIème s'étaient séparés de la Valette, en grande partie parce qu'ils n'avaient point hésité à faire prévaloircettc opinion : la soutenir encore, la campagne finie, n'était-ce pas approuver leur conduite et condamner celle du cardinal? Aussi Fabert releva-t-il vivement le gant jeté à son général absent. Il trouva pour le défendre de solides arguments. Malheureusement, sa susceptibilité naturelle, fortement surexcitée, l'entraîna trop loin dans la résistance qu'il opposait à leurs idées : nous voulons dire plus loin qu'il n'aurait fallu peut-être avec des favoris du roi et des amis de Richelieu, avec de grands seigneurs peu habitués à la contradiction de la part de ceux qui étaient placés au-dessous d'eux. La discussion allait prendre une tournure des plus fâcheuses, lorsque la Valette, sollicité d'intervenir par le colonel Hebron, arriva fort à propos pour y mettre fin; mais

1. Charles de Rouvroy, duc de Saint-Simon, connu sous le nom de Monsieur le Premier, père de l'auteur des célèbres Méiiioirex.

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