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plus habiles dans le métier soient contraints d'avouer que, jus* qu'ici, ils n'en ont point vu de semblable. Le souverain, que je suppose qui doit être le général de son armée, je veux que ce soit par le choix ou pour le moins parle consentement de son général, qu'il choisisse son maréchal-de-camp parmi les plus avisés et expérimentés capitaines de son armée, de l'âge de quarante ans au moins, diligent, vigilant, fort et affectionné à la charge qu'on lui donne, qu'il ait autrefois fait la charge s'il se peut, ou pour le moins qu'il ait conservé avec les maréchaux-de-camp ou fait sans cesse la charge d'aide-de-camp, car il y a des règles à ladite charge que peu de capitaines sachent et qu'il est impossible de savoir si on ne les a pas appris par long usage, expérience et à la suite de quelque entendu maréchal-de-camp. Je dirai davantage pour témoigner quels soins on doit apporter au choix d'un maréchal-de-camp, qu'il y a moins à craindre de se tromper dans la suffisance du général d'armée que dans la capacité du maréchal-de-camp.
« Et qui en doutera, puisque le maréchal de camp est la voix et le commandement du général, le portefaix et fourrier de l'armée, car il faut que toutes les choses passent par son sein et la plupart par son ordonnance, qu'il sache toutes choses, tant petites soient-elles et qu'il en tienne registre pour le soulagement du général. C'est à lui à faire l'assiette du logis de l'armée, donner le lieu du combat, mettre l'armée en ordre de bataille, la faire marcher, avoir l'œil aux munitions de gueules et de guerre, à tout ce qui dépend de l'armée. Il doit connaître non seulement les principaux chefs mais jusqu'aux plus petits officiers, et savoir leurs noms, les bonnes et mauvaises qualités s'il est possible.
« Davantage, doit avoir un état vrai des forces qui sont dans l'armée, tant de cheval que de pied, de l'équipage de l'artillerie. Sur quoi nous dirons que, de la part de celui qui commande l'artilleric, il y aura continuellement un homme au logis ou tente du maréchal-de-camp pour savoir s'il y a des avis soit pour marcher, rhabillage de chemins et faire des ponts, pour y pourvoir aussitôt.
« Le général des vivres doit avoir pareillement un homme au
logis du maréchal-de-camp pour recevoir les commandements sur ce qu'il y aura à faire et savoir s'il n'est rien arrivé de nouveau depuis les derniers ordres reçus, s'il est besoin de marcher pour apprendre quels chemins prendront les vivres et où ils doivent aller, quelle escorte il faut leur bailler et s'il faut dresser des étapes nouvelles.
« Le capitaine des guides ne s'éloignera non plus du logis du maréchal-de-camp pour, d'un moment à l'autre, lui rendre compte des chemins et donner des ordres pour avoir toujours plusieurs et assurés guides. Sur quoi, il est à remarquer que les paysans, vignerons, laboureurs dessus les lieux ne sont pas toujours bons, mais les marchands qui gagnent leur vie par la campagne.
« C'est encore au maréchal-de-camp à recevoir les espions, afin que, sur leurs rapports, il puisse instruire ceux qui iront à la guerre, soit pour des escortes, soit pour avoir des nouvelles des ennemis et, par ce moyen, les empêcher de quelques inconvénients où ils pourraient tomber manque d'avis. Sur quoi nous dirons que si les espions ne sont bien admis, ils n'apporteront rien qui vaille. Les espions doubles sont les seuls sur lesquels on peut compter.
« Le maréchal-de-camp, ayant su du général d'armée s'il veut faire avant-garde, bataille ou arrière-garde ou s'il veut que les corps soient égaux, quelles troupes seront de l'un, quelles aux autres, c'est à lui de faire l'ordre, de le donner au sergent de bataille^ qui le distribuera aux sergents-majors et maréchaux des logis particuliers. Il est à noter que le mieux est de les donner par écrit.
« C'est à lui à ordonner les gardes et à faire tenir rôle et décharge au maréchal des logis général de la cavalerie. »
L'amour du métier, l'activité, la responsabilité qu'il tenait à avoir de ses actes, tout fait supposer que Gassion s'est inspiré de ces sages recommandations dans sa nouvelle situation et qu'il a apporté la plus grande attention à assurer les' services dans l'armée où il était employé. Mais on peut croire, aussi, que le maréchal-de-camp que l'on a continué à appeler le colonel Gassion préférait la vie active à celle que, de nos jours, on appelle-
rait de bureau. Les mémoires et manuscrits inédits ne donnent aucune relation sur son rôle de chef d'étatr-major, probablement parce que l'attention était attirée sur lui par ses coups de main continuels et que sa préoccupation de tous les instants se portait sur les opérations qu'il pourrait entreprendre pour surprendre des convois ou des quartiers et ne jamais laisser l'ennemi en repos.
Aussi, dans toute sa carrière, il se fera plus remarquer comme soldat d'action, d'initiative, ne se laissant rebuter par aucune difficulté, que comme un stratégiste préparant une campagne sous sa tente. Il avait appris à L'école de Rohan, de Gustave- Adolphe, de Bernard de Saxe-Weimar les principes de l'art de la guerre, au point de vue de la mise à exécution rapide des desseins à accomplir, dont le succès a toujours dépendu de son audace, de la confiance qu'il avait su inspirer aux troupes et de son mépris de la mort.
Dans les sièges, comme dans les batailles et combats, on le verra toujours là où il y aura du danger et, préchant par l'exemple, entraîner l'armée comme il avait toujours mené son régiment.