CHAPITRE VI SIÈGE D'ARRAS
1 «40 : Lieutenant général au gouvernement de Touraine. Gassion renseigne le maréchal de Châtillon sur Ja situation de l'armée du maréchal de La Meilleraye. Siège d'Arras. Combat de Magnicourt. Correspondance du maréchal de Châtillon et de M. de Noyers sur cette affaire. Défaite des Croates de Ludovic. Quartiers d'hiver. Duel de Gassion avec le comte de Palluau. Correspondance à ce sujet.
1640. Comme on le lui avait promis, Gassion est fait lieutenant général au gouvernement de Touraine, le 4 septembre.
Le fait le plus important de cette campagne est le siège d'Arras.
Avant que la résolution d'attaquer cette place fût prise, Gassion se trouvait à l'armée du maréchal de La Meilleraye et continuait de correspondre avec le maréchal de Châtillon, qui mettait toute sa confiance en lui. Le 12 mai, le colonel (*) lui écrit :
Monseigneur le mareschal de La Meilleraye m'a fait voir celle qu'il vous escrit, à laquelle je ne puis rien adjouter, si ce n'est que nostre armée est en tel estât quelle a besoin de repos pour faire quelque chose ; aussy, je ne crois pas qu'on s'attache encore de quelques jours. J'avois investy Marienbourg avec de la cavalerie, quy estoit soutenue d'un grand corps d'infanterie, et avois desja pris des logemens assez proches, mais, faute de canon il a fallu tout quiter et mettre toute la cavalerie ensemble et le plus grand corps d'infanterie pour nous acheminer vers la Sambre, proche de Namur, pour y trouyer des quartiers de rafraîchissement, attendant que le beau temps et l'herbe vienne, pour subsister au siège qu'on fera de Charlemont, car c'est icy le pays' du monde le plus ingrat et le moins habité. Je ne scaurais vous exprimer la douleur de mon dit seigneur le mareschal a demy deslabrée dès l'entrée d'une campagne et sans avoir rien fait, faute d'avoir bien digéré la résolution qu'on a formée tout l'hyver passé, et d'avoir esté
1. Quoique maréchal de camp, on continuait à l'appeler colonel parce qu'il était resté propriétaire de son régiment, qu'il commandait.
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bien informé de Testât de ce pays et de l'assiette des places qu'on désire attaquer. A la première commodité, je vousferay scavoir Testât où nous serons près de la Sambre et celuy des ennemys, desquels, jusqu'à présent, nous n'avons nouvelles quelconques, si ce n'est qu'ils s'assemblent près Fleury par delà de la Sambre, où se donna le combat de Mansfeld.
Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de continuer à m'aimer et de croire que je suis et seroy esternellemeot, etc.
Les forces réunies des maréchaux de La Meilleraye, de Châtillon et de Chaulnes, montant à trente-quatre mille hommes, investissent Àrras le 1 3 juin. Ce boulevard des Pays-Bas avait une garnison nombreuse et une population très attachée à la domination espagnole ( x ). Le cardinal-infant (*) vint avec trente mille hommes pour forcer les lignes des assiégeants. Les maréchaux, n'étant pas du même avis sur la suite à donner aux opérations, envoyèrent Fabert près du cardinal, qui était à Dourlans, pour avoir son avis. Voici la réponse qu'ils reçurent : « Je ne suis point homme de guerre ni capable de donner avis sur ce sujet. Il est vrai que j'ai lieaucoup lu, mais je n'ai pas trouvé que Ton soit sorti des lignes pour combattre les ennemis, après avoir demeuré dix-huit jours à les faire. Lorsque le Roi vous a donné à tous trois le commandement de ses armées, il vous en a cru capables et il lui importe fort peu que vous sortiez, ou ne sortiez pas, mais vous répondrez de vos têtes, si vous ne prenez point la ville d'Arras (*). »
Les maréchaux restèrent dans leurs lignes et la ville capitula le g août. L'infant se retira à Aubigny; le duc Charles, accompagné de Bcck, logea son infanterie dans les faubourgs de Douai.
Pendant ce siège, Gassion désole le pays par des courses hardies et toujours heureuses.
En juillet, deux escadrons ennemis s'étant approchés des quartiers de M. le maréchal de La Meilleraye, il fait monter à cheval 5oo à 6oo hommes pour les empêcher d'aller plus loin. Dès qu'ils
i. La devise des assiégés était : • Quand les Français prendront Arras, les souris prendront les chats. »
». Ferdinand, fils de Philippe III, roi d'Espagne, gouverneur des Pays-Bas, archevêque de Tolède.