‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 4 sur 93 · juillet i63o · texte numérisé non relu

juillet i63o

Sa compagnie licenciée, il ne put rester dans l'inaction. Ayant entendu parler de la renommée de Gustave-Adolphe ('), il prit quinze ou vingt cavaliers, qu'il avait pu conserver, et se rendit, en Allemagne, auprès de lui.

— Sire, lui dit-il, vous ne voyez que des Français que le bruit de votre nom a fait sortir des Pyrénées et a conduits ici pour vous offrir leurs services. Nous en cherchons l'occasion et il n'en est pas de plus belle que celle que votre courage offre à l'univers.

— Vous ne pouviez venir à meilleure heure pour trouver ce que vous cherchez : je m'en vais voir Tilly ( a ). J'ai toujours eu de l'estime pour la nation française et pour vous en particulier. Je vous témoignerai dans l'occasion celle que je fais de votre générosité (*).

A la bataille de Leipzig (7 septembre i63o), Gassion charge trois fois le général des Impériaux. Emporté par son cheval, il se trouve seul au milieu des ennemis, reçoit deux coups de sabre sur la tête et, bientôt après, est renversé de deux coups de mousquet. On le laisse pour mort ; il revient à lui, rejoint le roi de Suède, qui menait la seconde ligne au combat, et reprend son poste. Les Saxons de l'aile gauche sont défaits; comptant sur la victoire, les ennemis se jettent sur les bagages des Suédois. Gassion s'aperçoit que le désir du pillage a fait que peu de soldats sont restés près de l'artillerie ; avec deux cents chevaux; il se rend maître du canon, le pointe sur ceux qui se croyaient vainqueurs et les met en fuite.

Pour donner au jeune capitaine une marque éclatante de la satisfaction que lui avait causée sa valeur, Gustave-Adolphe lui fit cadeau d'une chaîne d'or avec sa médaille, et d'une aigrette de diamants d'un grand prix, qu'il avait coutume de porter à son

1. Né en 1594* Succéda à son pere Charles IX, en 161 1. Après avoir terminé la guerre avec le Danemark, la Russie et la Polog îe, il fait alliance avec les princes protestants de l'Allemagne contre l'empereur Ferdinand II. Est l'adversaire de Tilly et de Waldstein, bat le premier à Lcipsig et est tué sur le champ de bataille de Lutzen, en i63a, en combattant le second.

2. A passé longtemps pour le premier général de l'Europe, saccage Magdebourg, perdit a Leipzig sa réputation. Tué en i63a au passage du Lech.

3. Moline. On l'appellera Gassion, quoiqu'il ait servi, alors, sous le nom de Hontas.

chapeau, lui commandant de s'en servir en souvenir de l'estime qu'il avait pour lui ( x ).

Après cette bataille, les armées traversèrent l'Allemagne. Gassion prend part à toutes les opérations de la campagne. Erfurt, Schweinfurt, Wurtzbourg, Bamberg se rendent aux Suédois. Le duc Bernard de Saxe-Weimar( 2 ) et le landgrave de Hesse font alliance avec eux. Les Impériaux sont dispersés dans le bas Palatinat, l'électeur de Mayeixe est chassé de ses étals, celui de Bavière forcé de se déclarer neutre sous la protection de la France, Gustave- Adolphe pénètre en Alsace, se rend maître du Rhin de Strasbourg à Coblentz.

Ce fut dans une de ces courses victorieuses qu'il demanda à Gassion s'il ferait bien une compagnie de cavalerie française et, sur sa réponse affirmative, l'engagea à partir de suite. Le jeune capitaine rencontra, à Paris, un de ses amis qui, comme lui, avait la passion de la guerre et cherchait les occasions d'y aller. II l'engagea à avancer l'argent pour la levée de cette troupe, promettant le remboursement par le roi de Suède dès qu'on serait près de lui et lui en assurant la lieutenance. De là, il se rendit à Pau pour voir ses parents, leur fit part de l'affection que lui portait un grand prince, qui lui fournirait les occasions de monter aux plus grands honneurs. De retour à Paris, il trouve la compagnie, composée de quatre-vingt-dix maîtres, lui donne l'ordre de se rendre à Dieppe pour s'embarquer à destination de Hambourg, où elle doit être montée. De là, il se rend à Strasbourg, puis à Mayence, où Gustave-Adolphe lui fait remettre l'argent de la levée et donne l'ordre de réunir ses cavaliers à Crcuznach(*).

Il était toujours le premier des siens à cheval, les siens les premiers de tous les autres. Le roi lui ayant demandé dans quel corps de son armée il désirait être et sous quel chef, il le pria de

i. M. 5 7 68 de la B. N.

a. Né le 6 août 1604. Fit ses premières armes dans l'armée de Mansfeld, 1622, au service de l'Allemagne en i6a5, se rend au camp de Gustave-Adolphe qui le nomme colonel, en i63i, se distingue à Lutzen, prend le commandement de l'armée à la mort du roi de Suède, passe au service de la France en i635, prend Brisach, meurt à Neubourg en i63g. A été un des plus grands hommes de guerre de son temps.

trouver boa qu'il ne reçût commandement d'autre que de sa Majesté suédoise. Cela plut tellement à Gustave-Adolphe qu'il le lui accorda, à la charge que lui et sa compagnie marcheraient toujours en tête de l'année et lui serviraient d'enfants perdus (*). Les maîtres ( a ) et leur chef ne demandaient qu'à donner des preuves de leur valeur. L'occasion se présenta bientôt.

Le prince Christian de Birkenfcld, de la maison palatine, oncle du roi de Bohême, leur promit que s'ils voulaient attendre quelques jours, il leur ferait livrer un bon combat, peut-être même une bataille. Le comte d'EwvIen profita de ce que le roi de Suède était en marche vers le Danube pour se rendre maître de Spire et de quelques autres places sur le Rhin. Il se disposait à regagner les Flandres avec son armée victorieuse et chargée de butin, lorsque M. de Birkenfcld se mit à sa poursuite et le joignit dans un bois près de Kayserslautern. On se battit trois jours dans la première rencontre, le rhingrave prit quelques étendards et passa sur le ventre de quatre cornettes de l'armée d'Espagne. Comme il chargeait l'arrière-garde, les ennemis firent demi-tour, le ramenèrent jusqu'au cœur de l'armée, où une panique se manifesta. Gassion se jette tête baissée dans la mêlée, tue plusieurs Impériaux de sa main, les met en déroute, permet au prince de Birkenfcld de rallier ses troupes ; il lui sauve l'honneur (*).

Pour aller retrouver le roi de Suède, qui se trouvait alors à Nuremberg, qu'investissait Waldstein(+) avec une armée sept fois supérieure, Gassion trompe les gardes des ennemis, passe entre leurs quartiers. Gustave-Adolphe lui fait un chaleureux accueil et demande qu'on lui présente la compagnie, qui se trouvait, alors, réduite à soixante mat très, une des plus belles qu'on vit jamais.

— Monsieur de Gassion, voilà une belle troupe.

i. Th. Reaaudot, Récit véritable de la mort du maréchal de Gassion. Paris, 1647. a. C'est ainsi qu'on appelait alors les cavaliers.

4. Né en i583. Se distinga dès le commencement de la guerre de Trente ans. Nommé duc de Friedland, puis duc de Mecklembourg par Ferdinand II. Disgracié en i63o. Rappelé pour s'opposer à Gustave-Adolphe. Ayant voulu se rendre indépendant en Bohême, l'empereur le fit assassiner à Egra en 16.34.

— Oui, sire, et des gens qui ne sont ici que pour mourir en vous servant, et moi particulièrement qui n'aurai jamais d'autre volonté.

— Dieu vous en fasse la grâce, monsieur de Gassion (').

A l'affaire de Freistadt, le roi fut tellement enthousiasmé de sa conduite, qu'il lui donna un régiment de cavalerie, composé de huit compagnies ( a ). Telle est l'origine du corps fameux à la tête duquel le colonel de Gassion prendra part à tous les événements militaires qui ont précédé et marqué la période française de la guerre de Trente ans. « Le régiment que je vous donne, lui dit le roi, sera un régiment de chevet ; on pourra dormir auprès en toute sécurité. »

1632. Gassion contribue à la prise de Donauwerth, au passage du Lech où Tilly est tué, entre en vainqueur à Augsbourg et Munich; au siège d'Ingolstadt, il est terrassé par le même boulet qui emporte la croupe du cheval du roi de Suède. Le 5 juillet, il bat, près de Nuremberg, trois cents Cravates, en tue deux cents, fait le reste prisonniers. Quelques jours après, il enlève un convoi aux Impériaux ('), la garnison de Freistadt et attaque le quartier de Waldstein. Dans cette affaire, son cheval est tué et lui fait prisonnier. Donné à la garde de deux cavaliers, il en tue un d'un coup d'éperon qu'il avait à la main, se débarrasse de l'autre, remonte à cheval, passe à travers les gardes et, malgré une grêle de balles, rejoint un gros suédois.

A la bataille de Lutzen, où Gustave-Adolphe est frappé mortellement à la première charge, Gassion a trois chevaux tués sous lui et perd la meilleure partie de son régiment.

Gustave-Adolphe, que l'on a comparé à Annibal, comme un des personnages les plus accomplis de l'humanité, a donc son nom intimement lié à l'histoire de la cavalerie française, puisque

a. Pinard.

3. Ce succès charma Gustave-Adolphe au point qu'il pria Gassion de lui demander la grâce qui lui serait le plus agréable. Celui-ci ayant répondu qu'il désirait être envoyé encore au-devant du corps que Sa Majesté attendait : t Marche, lui dit Gustave en lui sautant au cou, je réponds de tout ce que tu laisses ici ; je garderai tes prisonniers, et t'en rendrai bon compte. »

c'est lui qui a donné un régiment à celui que Ton a toujours considéré comme le général de l'arme le plus remarquable de la fin du règne de Louis XIII et du commencement de la régence.

A la mort du roi de Suède, son armée passe entre les mains du duc Bernard de Saxe-Weimar qui, lui aussi, se présente comme un beau modèle de soldat dans ces temps énergiques où la grandeur personnelle pouvait encore quelque chose, où la vaillance suffisait pour conquérir des États.

Gassion est autorisé à aller en Alsace pour refaire son régiment et lever trois compagnies d'augmentation.

Sa réputation, déjà grande, est constatée par la correspondance du duc Bernard, qui écrit au chancelier Oxenstiern ( x ) : « Le Français est un jeune homme, appelé dans son pays Gassion qui, sous le nom de Hontas, a rendu de grands services à feu Sa Majesté, qui lui avait donné plusieurs marques d'affection, et, entre autres, une compagnie, puis trois et enûn un régiment de six, qu'il avait voulu augmenter jusqu'à dix, et lui en avait donné des commissions avec lieux de levée en Alsace. C'est un garçon de fortune, de main et de cœur, que je crois être gardé, à quelque prix que ce soit, au service, »

Le chancelier répond : « J'ai eu connaissance du Français, sans savoir son véritable nom jusqu'à cette heure. Il est le premier expédié et, ne pouvant lui fournir toute la solde promise, nous avons pensé le consoler en augmentant le régiment jusqu'à douze compagnies, et lui avons délivré comptant quatre mille thalers, avec lettre pour le surplus, recevable en quelque temps. Il m'a promis de marcher aux premiers ordres donnés, dans quelque état qu'il fût ( 2 ). »

Pendant son séjour en Alsace, il est surpris dans un château, bat les assaillants et est grièvement blessé, ce qui ne l'empêche pas de faire ses affaires, puisque, en cette occasion, il gagna de quoi monter une compagnie de son régiment et se trouva en état

1. C'iaiizelier de Suède, dirigea les affaires militaires, négocia l'alliance avec la France contre l'Autriche, mourut en i654.

a. L'atkM de Pure. La vie du marJchal de Gassion* MD"LXin,

ô JEAN DE GASSION

de le compléter à des effectifs sérieux. « Le général Horn ('), lui écrit le duc Bernard, m'a appris votre rencontre du château de Villingcn et comme vous avez monté vos cavaliers sans mettre la main à la bourse, mais seulement à l'épée. C'est savoir vivre que de lever ainsi du monde sans dépense et de bon exemple. Rendez votre régiment le plus fort que vous pourrez ; il ne vous manquera plus d'emplois et d'occasions, vous aurez le plaisir de voir des Italiens et des Espagnols avant que 4a campagne passe et, si je puis, je m'y trouverai » (*).

1633. Dans une diète, tenue à Heilbronn, le i3 avril, Oxenstiern, chargé de la direction des affaires d'Allemagne, fit conclure avec quatre cercles du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, de Souabe et de Franconie, une confédération pour la continuation de la guerre et signa avec Feuquières (*), ambassadeur du roi de France, un traité par lequel il était accordé aux Suédois un subside d'un million.

Pendant cette campagne, Gassion est au blocus de Brisach. Vers la fin de l'année, les Suédois étant devant Nordlingen, huit ou neuf cents chevaux et dragons de la garnison de Biberach, attaquèrent, près de Munderkingen, quelques compagnies, qui furent obligées de se retirer au delà du Danube. Gassion, en ayant eu avis à Ekingen, prit avec lui trente chevaux de son régiment, s'en alla à leur secours, repassa le Danube avec elles, chargea l'ennemi, qui était six fois plus nombreux, le défit, en tua sur place une centaine et emmena plus de soixante prisonniers. Leur colonel, appelé Fiston, qui avait la réputation, chez les Impériaux, d'être un des plus hardis et des plus valeureux, fut tué et l'on enleva le butin qui provenait du pillage des Croates. « Ledit colonel Gassion et les Français ont acquis beaucoup d'honneur dans cette généreuse action ( 4 ). » Mis hors de combat près du village d'Ur-

i. Gendre d'Oxenstiern ; contribua à la victoire de Leipzig et fut fait prisonnier à Nordlingen. Ne recouvra sa liberté qu'en i64a. Il avait été nomme fcld-maréchal, puis connétable et comte, né en 1392, mort en 1657.

a. L'abbé de Pure.

3. Mariasses de Pas, marquis de Feuquières, lieutenant-général, contribua à la prise de La Rochelle ; blessé mortellement au siège de Thionvillc en i63g.

4. Correspondance du maréchal Horn avec le maréchal de la Force. Lettre du 38 décembre.

lingen, il fut mieux servi des médecins allemands que du chancelier de Suède.

1634. Il attaque, à Landau, l'avant-garde du duc de Feria, enlève et surprend tous les quartiers, tue deux cents hommes et fait un grand nombre de prisonniers.

Les discordes des Suédois et des Allemands faisaient de l'Allemagne un vaste champ ouvert à toutes les ambitions. Le mar ichal Horn et le duc Bernard laissèrent les Impériaux délivrer la Bavière, prendre Ratisbonne et assiéger Nordlingen. Les deux généraux finirent par s'entendre pour marcher à la délivrance, de cette place et furent complètement défaits, 6 septembre.

Après cette bataille, le duc Bernard, dont l'armée avait été presque anéantie, fatigué de la contrainte que lui imposait la conduite impérieuse du chancelier suédois, tourna les yeux vers la France, qui pouvait lui fournir l'argent dont il avait besoin.

1635. Pressé par les armées du cardinal-infant ( f ), de Gallas ( 2 ), de Piccolomini (>), qui passaient le Rhin pour venir à lui, il envoya, plusieurs fois, le colonel de Gassion à la cour pour traiter de la jonction de son armée avec celle du maréchal de La Force ( 4 ), qui commandait en Lorraine. Il fut fait un chaud accueil à cet officier; Servien ( s ) le présenta au roi et à Richelieu, à qui il fit entendre l'importance qu'il y avait à conserver un allié de l'importance du duc et l'avantage qu'on pouvait espérer de ses services. Des négociations furent immédiatement engagées et le cardinal se décida enfin à employer contre la maison d'Autriche la dernière raison

i. Prince de la maison d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas.

2. Général des Impériaux, né en 108^, mort à Vienne, en 1647.

3. Né à Sienne en i5gg, mort à Vienne? en i656, général en chef des troupes espagnoles dans les Pays-Bas. Rappelé en Alhmagne en 1648, avec le titre de feld-maréclial, prince de l'Empire et duc d'Amalfi.

4. Jacques Nompari de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, en 1622, mort en 1602.

5. Abel Servien, marquis de Sablé, intendant de justice, police et finances à l'armée d'Italie, exerça, à partir du 16 octobre iô3o, la charge de secrétaire d'État de la guerre, mais ne reçut les provisions que le 11 décembre. Avec lui, l'unité de l'administration de la guerre devient réellement apparente.

des roisQ). Un traité fut signé avec le duc et un autre avec la Suède. Quatre armées furent mises sur pied.

Gassion avait complètement réussi dans sa mission. Sa présence à la cour affermit la réputation que ie bruit de son nom et de ses exploits y avait établie. Le cardinal, qui s'y connaissait en hommes, reconnut à son entretien que son esprit était à l'égal de son courage, qu'il n'était pas moins utile dans un cabinet qu'en campagne. H demeura si bien persuadé de sa capacité pour conduire les affaires importantes, qu'il résolut de l'envoyer en Allemagne vers les princes, les généraux de la couronne de Suède, pour les affermir dans une bonne intelligence avec la France en vue d'agir contre l'ennemi commun. Il lui fit expédier promptement des commissions avec des instructions particulières, des lettres de change pour un million de livres, qu'il distribuerait là où il le jugerait à propos, avec ordre, néanmoins, de retourner ensuite vers le duc Bernard et le maréchal de La Force.

La confiance que lui montra Richelieu, l'accueil qu'il reçut de Servien décidèrent Gassion à prendre une résolution vers laquelle il était instinctivement entraîné. En plusieurs occasions il avait eu à se plaindre des princes allemands, de la jalousie des Suédois contre la prospérité et le bon renom de son régiment, le mieux monté, le plus leste à la guerre de toute leur cavalerie. De plus, ses montres ( J ) lui étaient payées d'une manière très irrégulière ; il demanda à quitter le service du duc Bernard et à servir en France.

Le duc chercha à le retenir en lui offrant huit compagnies de chevau-légers avec son régiment. Mais son parti était pris. Il le quitta sans avoir même l'assurance que le roi de France le prendrait à son service (*).

— Monsieur de Gassion, lui dit Bernard de Saxe-Weimar, vos officiers diront bien du mal de moi après avoir si bien servi et être si mal récompensés. Mais, ils excuseront ma pauvreté ! Et si jamais Dieu me donne quelque bonne fortune, en quelque lieu que je sois, je leur en ferai part de telle sorte qu'ils auront sujet de se louer de moi. »

i. Ultinxa ratio regum, devise mise sur les canons".

a. La solde pour un mois.

3. Cb. L t Frossard, Jean de Gassion, maréchal de France, in-8, 1895.

En même temps, il lui fit la révérence, ayant la larme àl'œil^)-

Gassion, alors âgé de vingt-six ans, avait amassé quelque fortune en Allemagne. D'après une lettre de son frère de Bergère, en vaisselle d'argent, cordons de perles et de diamants, bagues et montres, il avait de cinq à six mille livres. Son équipage valait trois mille écus. Il portait cent cinquante-deux pistoles dans sa bourse et deux cents étaient restés dans ses coffres au quartier (*).

Charles de Lorraine ('), qui était à la tête des princes mécontents, chercha à l'attirer dans son parti. Il resta sourd à ses propositions, Richelieu lui en fut très reconnaissant et eut même l'intention de l'attacher à sa personne. Le P. Joseph l'en dissuada, craignant peut-être l'influence qu'il pourrait prendre sur l'esprit du cardinal, ou bien parce qu'il pensait que sa présence était plus utile à l'armée qu'à la cour.

L'indiscipline des compagnies de chevau-légers était telle que le principal ministre de Louis XIII cherchait, par tous les moyens, à avoir à la solde de la France des régiments étrangers sur lesquels il pouvait compter. Pendant cette année i635, ses efforts tendront donc à se procurer le concours de chefs qui avaient acquis une réputation solide pendant les dernières campagnes.

Quoique composé en grande partie de Français, le régiment de Gassion sera incorporé dans les armées du roi au titre d'étranger, afin de conserver des prérogatives et une sorte d'indépendance, dont jouissaient ceux de Balilly, de Humes, de Rantzau, de Miche, d'autres encore que Richelieu prit pour modèle, à la fin de l'année, pour organiser les compagnies de chevau-légers en corps, à la tête desquels il mit, pour les commander, des mestres de camp sur lesquels il croyait pouvoir compter, afin de ramener l'ordre dans une arme où les capitaines servaient plus en vue de leurs intérêts que de ceux du roi.

». Gh. L. Frossard.

3. Charles IV, duc de Lorraine et de Bar, fils de François de Lorraine- Vaudémont et de Christine de Salm, né le 5 avril 1604. Lutta contre les convoitises de la France, passa sa vie à faire la guerre en Lorraine, en Allemagne, en Franche-Comté, mort en 1675 après avoir battu le maréchal de Créqui à Consarbrurk. Il institua Louis XIV son héritier.

12 JBAN DE G.VSSION

Depuis son entrée dans la carrière, Gassion, sous le duc de Rohan, avec Gustave-Adolphe, comme avec Bernard de Saxe- Wcimar, n'a cessé de donner des preuves de son intelligence dans toutes les opérations de la guerre, de sa bravoure, de son audace, que sa sagesse tempérait suivant les circonstances. Les batailles, combats et sièges auxquels il avait assisté auraient suffi pour établir sa réputation. Sous les étendards de la France, ce « La Hire du dix-septième siècle » (*) mettra le comble à sa renommée par sa vigilance, son activité, ses succès, méritera d'être placé au premier rang des capitaines de cette époque. « Homme de guerre autant qu'on peut l'être, n'ayant rien du courtisan, de passion que pour son métier, également prompt à la répartie et à Faction, rcttre avec la verve d'un Gascon, on ne rencontre guère de figure plus originale ( a ). »

Depuis l'âge de seize ans jusqu'à sa mort, Gassion a établi sa réputation sur des assises inébranlables dans toutes les opérations de la guerre, en campagne comme dans l'attaque des places. On le rencontre rarement à Versailles. Des considérations de santé, ses blessures ne l'empêcheront jamais de s'assurer par lui-même de l'exécution de ses ordres. Ayant fait la guerre très jeune et sitôt son entrée dans la carrière, il a su acquérir le tact et l'instinct qu'elle crée et qui en simplifient singulièrement les destinées. Aussi, peut-on lui appliquer ce passage des Mémoires ds Montecuculli : « La valeur de l'armée suit le mérite du général. Une grande connaissance de la guerre, c'est la principale qualité d'un chef; elle est acquise par l'expérience et non infuse, car on ne naît pas capitaine, on le devient : non par les livres, mais en campagne ; non dans les plaisirs d'une vie douce, mais sous les armes et sur la neige, en souffrant le froid et le chaud. 11 est étrange que personne ne puisse être reçu maître dans les moindres métiers, à moins qu'il ne soit jugé capable par l'examen de son ouvrage et que, dans le métier de la guerre, qui est d'une si grande importance, on reçoit, souvent, des officiers sans qu'on ait aucune preuve de leur capacité ».

i. Duc d*Aumalc, Histoire des Princes de Condé. a. Dur d'Au ma le, Histoire des Princes de Condé.

AVANT SON ENTREE AU SERVICE DU ROI l3

Par la suite, on verra que ce chef infatigable, ardent, intrépide, a mérité d'être mis au rang des plus grands hommes de guerre de son siècle. Il était particulièrement attentif à ménager la vie du soldat, soit en pourvoyant avec le plus grand soin à sa subsistance, soit en ne l'exposant qu'à des dangers inévitables, qu'on lui voyait affronter le premier. 11 ne craignait ni ne méprisait les ennemis, savait communiquer l'audace à ses troupes, l'audace, cette partie si précieuse d'un métier qu'on ne peut faire brillamment sans elle. L'honneur, le génie et l'expérience lui traceront toujours une ligne de conduite qui lui évitera de se laisser entraîner dans le camp des factieux, le garantira des compromissions si fréquentes à l'époque pendant laquelle il a vécu.

1035 : Le colonel Gassion entre au service de la France. Son régiment est considéré comme étranger. Combats en Lorraine. Succès annoncés par Servien à Richelieu. Opinion d'un Suédois sur les officiers français. — 1030 : Gassion donne des explications sur la situation de son régiment. Les régiments de cavalerie française mis en escadrons. Défaite de Goloredo. Siège de Dôle. Exécutions en Picardie. Surprises de quelques régiments étrangers. Les causes. Brillante affaire de son régiment pendant sa maladie. Causes du mauvais état de la cavalerie. Préférence justifiée de Richelieu pour la cavalerie étrangère.

Après avoir pris congé du duc Bernard de Saxe-Weimar, Gassion conduisit son régiment à Lunévillc, puis vint à Paris où le roi montra peu d'empressement à l'admettre dans son armée. Il fallut toute la diplomatie de Chavigny Q) et l'influence de Richelieu pour triompher de cette résistance. En considération de son mérite et de ses services, on le gratifia des mêmes avantages que Ton avait coutume d'accorder aux étrangers. Admis comme tel, il demanda et obtint le privilège de ne recevoir des ordres que du général d'armée et d'avoir la justice sur les officiers et les cavaliers. Il se réservait le pouvoir de disposer de toutes les charges, ce qu'il a toujours fait. Il observait l'équité dans les promotions. Quoique français, il reçut le titre de colonel, jusqu'alors attribué aux commandants des troupes auxiliaires; sa commission fut signée le 16 mai ( a ).

Le 7 juin, Richelieu lui écrit pour lui demander s'il est content de son régiment et l'engage à le faire à son gré : « J'ay parlé au Roy de vous et vous verrez par vos emplois la différence qu'il fait

i. Jean de Bouthilicr, comte de Chavigny, secrétaire d'État, fils de Claude de Bouthilier, surintendant des finances. Né en 1607, mort cn i&>3, sera un des plus grands ennemis de Mazarin.

Page 1