‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 49 sur 93 · THION VILLE GASSION MARÉCHAL DE FRANGE · texte numérisé non relu

THION VILLE GASSION MARÉCHAL DE FRANGE

chef pour assurer le succès de ses entreprises. Placé en face et au milieu des difficultés, il avait su les résoudre pour la gloire de son roi et voyait, après le succès, que la cour ne faisait pas honneur à la parole donnée sur le champ de bataille.

Depuis la bataille de Rocroi jusqu'à la journée de Senef, depuis le commencement de la carrière glorieuse du duc d'Enghien jusqu'au moment où le grand Gondé se retirera à Chantilly, pendant plus d'un demi-siècle, la France sera sous l'impression des victoires du héros. Le vainqueur de Lens a contribué pour beaucoup à l'éclat du règne de Louis XIV, à l'agrandissement territorial de son pays. La voix éloquente de Bossuet a transmis à la postérité le récit de sa vie militaire, de sa passion pour les choses de la guerre. Mais, dans ce splendide tableau de sa carrière, sur le monument élevé à sa mémoire, la Renommée n'a pas oublié d'inscrire une page de son histoire dans laquelle on le voit, en « des guerres infortunées », selon l'expression de Bossuet, attaquer le despotisme de la régence et l'autorité des ministres, le pouvoir tyrannique du cardinal de Mazarin. Si la bravoure., qui lui est familière, est mise au service des intrigues de Vincennes, n'est-ce pas parce que Condé s'est souvenu du lendemain de Rocroi, alors que l'on a laissé protester la parole du soldat pour lui prouver que sa faveur n'était pas égale à sa gloire ?

Le duc d'Enghien investit Thionville le 18 juin.

Pendant le siège de cette place, Gassion charge Grancey d'établir les gardes, ce qu'il fait avec beaucoup de soin. Mais celui-ci, s'en étant rapporté à des paysans, dégarnit son poste pour se porter du côté où on lui avait dit qu'il y avait un rassemblement considérable d'Espagnols, qui profitèrent de cette trouée pour faire entrer douze mille hommes dans la place, ce qui nécessita de grands travaux pour assurer le succès de l'entreprise. Vingt jours furent employés à établir la circonvallation et le siège dura trente autres jours.

Il prouva l'importance que l'on pouvait tirer de la cavalerie, tant au point de vue des assiégés que des assiégeants.

Les troupes espagnoles firent de nombreuses sorties de cavalerie qui incommodèrent fort le duc d'Enghien :

« La plaine, dit Ramsay, était toujours remplie d'escarmou-

cheurs ; il s'y faisait des combats si opiniâtres qu'on y perdait autant de gens que dans des actions plus éclatantes. Deux jours après la séparation des quartiers, il y eut une sortie si vigoureuse qu'ils la poussèrent jusque dans le camp du duc d'Enghien ; mais la dernière fut la plus vigoureuse de toutes ; les assiégés firent sortir la meilleure partie de leur cavalerie pour reconnaître de plus près les préparatifs. L'après-dtner se passa en escarmouches, le soir le combat fut plus opiniâtre. D'Andelot fut enveloppé et il aurait été pris ainsi que La Moussaye, si le prince ne les eût secourus en leur menant une grand'garde de cavalerie. Ces sorties étaient si opiniâtres que, sans la vigilance et l'application continuelles du duc d'Enghien, les soldats se seraient rebutés, et qu'on fut obligé, pour s'en garantir, d'établir à la queue de la tranchée deux places d'armes assez grandes pour contenir de gros détachements de cavalerie. »

Toutes les relations du siège de Thionville relatent la conduite brillante de Gassion aux tranchées où, par sa présence, son audace, le mépris de la mort, il relève le courage abattu du soldat fatigué par les travaux qu'entretenait une résistance opiniâtre. Mais on le voit aussi quitter les lignes de circonvallation pour s'opposer à la marche des secours destinés à la place et, par des coups de main hardis, montrer quelle importance on doit attacher à la cavalerie dans une armée d'investissement.

Le 21, vers les 3 heures de l'après-midi, un parti de deux cents chevaux de l'armée de Beck vint enlever, sur le chemin de Metz à Thionville, environ soixante chevaux, des vivres dans le camp. La nouvelle en arrive à Gassion qui, avec trois cents chevaux, leur coupe la route, reprend le butin, tue et fait prisonniers une partie des ennemis (*).

Le lendemain, il apprend que les Croates se sont jetés sur un convoi qui venait de Metz. Il monte aussitôt à cheval avec cinquante maîtres de son régimeAt, pousse jusqu'à quatre lieues de son quartier, sur le chemin de Luxembourg. Il attaque vigoureusement ce détachement et le met en fuite.

Le soir du 27, accompagné de cinq cents chevaux, il part pour

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