‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 48 sur 93 · Mémoire du Comte de Brienne, a* partie · texte numérisé non relu

Mémoire du Comte de Brienne, a* partie

». Mémoire du Comte de Brienne, *• partie.

souciait pas de l'estre après M. de Turene, mais qu'il ne pouvoit pas attendre la fin de la campagne et que le moindre malheur en changement pouvoit rompre son affaire ; et je l'ay trouvé si désespéré de ce que cela ne s'achève point que, si cela -ne se faict, je ne scaiy ce qu'il fera. Je lui ay proposé un expédiant qui est que vous m'envoyassiez ses provisions et qu'on ne les datterait qu'après celles de M. de Turêne, ou bien qu'on dateroit celles de M. de Turène devant les siennes et que je les garderois : cependant je vous conjure de me les envoier par le retour de Tourvillc ou de ce courier ; toutte l'armée qui le souhaite, est attente de scavoir si j'auray le crédit de faire cete affaire là; jugés si cela ne m'est pas bien important ; et quand mesme je n'aurois pas toute l'affection pour M. de Gassion que je dois avoir, il m'importe que les gens de guerre puissent voir que je puis recoignoistre les services qu'ils me rendent; tent i a, j'y suis engagé et d'honneur et d'amitié et d'intérest et ne puis différer davantage ; je vous conjure de le faire.

Camp de Maubeuge, 8 juin 1Ô43,

Je ne vous puis celer le mescontentementque j'ay de me voir traiter a la cour de mesme façon que si je n'avois rendu aucun service ; premièrement, on ne m'a accordé aucune des choses que j'ay demandées, et je voye qu'on tasche par ce moien de me discréditer parmy les gens de guerre. J'avois demandé à la Reyne de faire M. de Gassion mareschal de France et je vois qu'il en est aussy esloigné que le premier jour. J'avois demandé la charge de mareschal de camp pour M. de Sirot, quelques compagnies pour des officiers qui avoient bien servy et qu'on remit les enseignes des vieux régimens. J'avois creu touttes ces choses seures et les avoient promises à ces messieurs là, et ils voient que je ne leur tiens pas parole ; jugés de l'importance de tout cela; et si vous m'aimes, comme je n'en dois pas doutter après les preuves que j'en ay, faites-moy avoir satisfaction, car autrement je vous avoue que je ne pourais pas me consoler, et que je ne sçay à quoy je me pourois résoudre.

Dans une note de Y Histoire des princes de Condé, il est dit que cette lettre fut supprimée par le Prince et Ton n'en indique pas la cause.

L'affaire tenait tellement au cœur du duc d'Enghien que, le même jour, il écrivit à la reine pour la prier de ne point différer davantage la grâce qu'il a demandée en faveur de Gassion. En agissant ainsi, il exerçait sur les généraux, les officiers, les soldats, cette puissance de respect et d'estime qui est indispensable au

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