THION VILLE GASS10N MARÉCHAL DE FRANGE
et continue à avoir la confiance du duc, qui n'a jamais cherché à intercepter la gloire de ses services et admirait autant, dans ses expéditions, sa prudence que sa hardiesse. Aussi lé désigne-t-il pour porter à Paris la nouvelle de la reddition prochaine de la place.
Du camp, devant Thionville, Gassion écrit, le 2 août, à Mazarin :
Puisqu'il a pieu à Vostre Esminence d'agréer que je portasse en cour la nouvelle de la prise de ceste place, je ne manqueroy de partir dès que les troupes du Roy y seront entrées, M. le duc d'Ànguien ayant trouvé bon que je fisse ce voyage, tant pour ce suject que pour rendre compte à la Reyne de Testât de ceste armée et recevoir les ordres de Sa Majesté pour tout le reste de la campagne. J'espère partir au plus tôt parce qu'il n'y a point d'apparence que ceste place puisse encore tenir deux fois vingt et quatre heures, les deux bastions estant déjà ouverts et les mineurs attachés de nouveau au milieu de la brèche pour faire sauter les retranchements que les ennemis ont fait au derrière ; le gouverneur a été sommé de la rendre ; il arcspondu qu'il fallait qu'il en conferast avec son conseil de guerre et qu'après il fairoit responce. Voilà Testât de la chose; dès que j'en verray la fin, je partiray en poste pour rendre conte de tout à Vostre Eminence, la suppliant très humblement cependant de vouloir faire ressouvenir a la Reyne de la grâce que Sa Majesté m'a accordée, espérant qu'avec Tappuy de Vostre Eminence elle ne différera plus a me la donner en effect. J'attands tout de votre protection comme Vostre Eminence peut attendre tout de mes services (*).
Dans un assaut du. 4 août, qui fut repoussé, Gassion, qui entrait en garde, s'élance et tombe presque aussitôt atteint d'une mous* quetade à la tête. On le tient pour mort. Au siège, il pouvait être remplacé, mais, si l'armée extérieure de Beck paraissait « et s'il arrivait malheur à M. le duc, jouant sa vie comme il faisait, qui mènerait la cavalerie ? » (*).
Thionville capitule le 9 août. Un Te Deum est chanté dans toute la France. Sur la demande du duc d'Enghien, M. le prince envoie un chirurgien pour soigner Gassion.
a. Duc d'Aumale, t. IV, p. 174.
Lettre de Mazarin à M. de Gassion.
Puis, 9 tout 1643.
Vous ne doutez point de l'extrême déplaisir que m'a causé votre blessure, si vous êtes bien persuadé de l'extrême passion que j'ai pour tout ce qui vous regarde. Je voudrais de tout mon cœur qu'il me fut permis de vous aller voir et de vous rendre toutes les assistances que vous pouvez attendre du plus véritable de vos amis. Mais, puisque cela ne se peut, je me contenterai de bien espérer et que je me consolerai déjà par l'avis que je viens de recevoir que votre mal est sans danger et que la plus grande incommodité que vous en receviez est qu'il vous empêchera de servir le reste de cette campagne. Toutefois, puisque ce qui en est passé vous est si avantageux et que vous avez eu tant de part au plan d'une grande bataille ( f ) et à la prise d'une si forte place que Thionville, il me semble que vous devez en être satisfait et que la gloire qui rendrait illustres deux années de travail peut bien suffire a l'action de deux mois. Ne soyez pas en peine de ce que la Reine vous a promis. Outre que sa parole est inviolable, ce dernier accident qui vous est arrivé ne la fortifiera pas peu dans la résolution de vous la tenir. Pour moi, qui fais, depuis longtemps, de vos intérêts les miens, vous croirez bien que si vous avez besoin pour cela de solliciteur auprès de Sa Majesté, vous n'en saurez trouver de plus fidèle et de plus passionné que moi( a ).
Lettre dç Mazarin à M. de Gassion.
Paris, a4 août IÔ43.
Monsieur, il ne me pouvait arriver rien de plus agréable que d'apprendre que votre blessure n'est point dangereuse, et que vous en serez quitte pour de la douleur, bien que celle-ci me soit fort sensible. J'en attends avec impatience la guéri son pour avoir plus tôt le contentement de vous voir ici et pour vous renouveler les assurances que je vous aï données de mon affection, dont j'espère que vous recevrez des preuves si certaines que vous ne vous en repentirez pas d'y avoir pris de la confiance. Vous y trouverez aussi que l'estime que la Reine fait de votre mérite et la considération en laquelle Elle a vos services ne seront pas stériles et que ses promesses seront inviolables (J).
1 . C'est la meilleure réponse i faire aux historiens qui font jouer un rôle secondaire A Gassion dans la réunion du conseil de guerre du 17 mai. Il a toujours été d'avis de livrer bataille.