Plus tard maréchal de France
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nir pour les consoler des pertes présentes qu'ils souffrent. Ils verront néanmoins, par là, combien ces espérances sont mal fondées, et que nous n'apportons pas moins de vigilance et de vigueur k la fin de la campagne que nous en avons fait paraître au commencement et en la suite.
Je ne vous dissimuleray point la joie que j'ai eu, en mon propre, d'avoir eu part au succès que vous avez obtenu pour les ordres réitérés, qui vous ont été envoyés, de ne venir point k la cour, dans la créance invariable que j'ai eu que votre présence était encore absolument nécessaire en ce pays-là. En cela, je remarque que mon génie ne manquera jamais de bien rencontrer au projet des choses où le votre agira.
J'avais résolu d'attendre le courrier qui devait suivre le sieur de Rouannez, et nous porter le détail de ce qui s'est passé en la défaite susdite, mais les nouvelles que je viens de recevoir de Bruxelles, et que j'ai estimé vous devoir faire savoir au plus tôt, m'ont obligé de renvoyer en diligence le dit sieur Rouannez, qui vous informera de vive voix de toutes choses, et vous dira particulièrement que vous n'avez pas au monde un serviteur plus acquis et plus passionné que moi. Vous devez faire état de sa personne, k cause des grands sentiments qu'il a pour la vôtre, non seulement d'autant qu'il est k moi et qu'il sait que vous m'aimez, mais par ce encore qu'il a eu le bien de vous voir agir et d'être témoin de votre conduite.
Les avis que j'ai reçus de Bruxelles et de beaucoup d'endroits sont que les ennemis ayant vu tomber Hulst, plus tôt qu'ils ne s'étaient imaginé, et que le prince d'Orange, profitant de l'occasion, avait tourné ses armes contre les forts auxquels on travaillait sur le nouveau canal pour fortifier le côté d'Anvers, avaient fait avancer de ce côté-lk la plupart de leurs forces pour empêcher les progrès qu'il pourrait faire, ce qu'on ne croyait point qu'il leur fut aisé ; qu'outre cela, ils étaient en peine des pressantes instances que le dit prince faisait auprès de MM. les États pour en obtenir encore l'entretcnëment de six semaines pour son armée; pendant lequel temps, il espérait de faire de plus grands progrès sur les ennemis dans la constitution présente de leurs affaires, qu'il ne ferait k l'avenir pendant toute une campagne, où ils pourraient reprendre haleine et rétablir leurs armes.
Que les ennemis étaient avertis de vos desseins trois jours avant que vous fussiez partis de l'armée pour venir ici, et que votre retour et la prise de Hulst, qui est arrivée en même temps ( x ), les avait empêchés d'attaquer Menin ; mais qu'ils n'en avaient pas perdu la pensée, et qu'ils devaient en tenter l'exécution sitôt que M. le prince d'Orange
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viendrait a se retirer et à mettre son armée en quartier d'hiver. J'ai cet avis de tant d'endroits que je ne puis le révoquer en doute ; Piccolomini et le duc de Lorraine l'ont résolu sur une précise nécessité où ils se trouvent engagés de faire quelque chose de considérable pour donner quelque satisfaction aux Flamans.
C'est pourquoi vous vous tiendrez sur vos gardes et, si vous croyez qu'il soit nécessaire, vous pourrez retenir les corps qui sont sur la frontière, même la compagnie des gardes, que si, néanmoins, vous ne le jugez pas nécessaire, vous pourrez renvoyer Normandie, Navailles, Lyonnais, La Mailleraye et Brezé-Duc, et même quelques régiments de cavalerie de ceux qui devaient revenir, et les compagnies encore de cavalerie appartenant aux gouverneurs des places, afin que cela leur apporte plus de sûreté et de repos, et d'autant plus que M. le maréchal de Rantzau, étant tombé malade, veut obtenir la permission de revenir ici. Du tout quoi je me remets a ce que M. Le Tellier vous en écrit.
Surtout, je vous conjure, autant que je puis, et de toutes les forces de mon âme, d'avoir soin que la religion, ni les choses ni les personnes ecclésiastiques ne soient point maltraitées par nos gens de guerre, de faire sévèrement punir ceux qui l'entreprendraient, et ôter aux Espagnols ce prétexte avec lequel ils tâchent de donner aux Flamans aversion de notre conduite, leur persuadant que nous voulons introduire l'hérésie dans leur pays. Vous prendrez aussi, s'il vous plaît, garde à un autre désordre qu'on nous impute, qui est que nos soldats ne laissent pas de piller les villages qu'on a mis sous contribution, après qu'ils ont payé la susdite contribution.
L'on fait lever en toute diligence quelques régimens, jusqu'au nombre de trois mille hommes, par des mestres de camp qui partiront bientôt les mettre sur pied. On a aussi envoyé de l'argent en Hollande pour former un corps de mille cinq cents ou deux mille fantassins du licenciement que doivent faire MM. les États de quelques-unes de leurs troupes. Ce corps sera commandé par le colonel Colhas. On a aussi envoyé en lever un autre en Angleterre, de mille ou mille deux cents hommes, lequel avec celui de Colhas viendra débarquer à Calais pour servir avec les autres susdits en votre armée, de laquelle, quand elle sera fortifiée de ces corps, on pourra retirer les dix compagnies des gardes qu'on vous a écrit de retenir.
Quant aux prisonniers liégeois que vous aurez faits et qui seront bien aise de prendre service avec nous, j'estime qu'il sera plus a propos d'en faire un corps et de l'envoyer en Champagne ou en quelque autre province éloignée des ennemis, pour les éloigner des occasions de nous quitter et de retourner à eux.
Il importe aussi extrêmement que, tandis que M. le prince d'Orange sera en campagne, vous tiendrez les ennemis en perpétuelle jalousie, afin qu'ils n'allassent pas lui tomber sur les bras, et que vous ache-
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viez par là d'avoir part aux progrès qu'il fera, en ayant eu tant à ce qu'il a fait cette campagne.
L'avis que vous me donnez du voyage de Lamboy en Espagne est véritable ; mais il y a apparence que l'échec qu'il vient de recevoir déconcertera un peu ce voyage et le rendra moins désavantageux (avantageux) qu'il n'eût été aux Espagnols. Je vous prie de continuer a nous tenir toujours avertis de ce que vous apprendrez, et de croire que personne au monde ne sera jamais plus véritablement, ni plus inviolablement que moi, etc. (').
Ceux qui ont bien étudié son génie, et reconnu les ressorts de ses mouvements, ont remarqué que ce qui semblait qu'il fît le plus au hasard et contre les lois de la guerre était conduit par des principes de prudence particulière et par un résultat de raisonnement fondé sur une connaissance très exacte qu'il avait de l'état présent des ennemis, de la condition de leurs forces et des siennes, de leur volonté ou irrésolution à agir, de la pluralité d'indépendance de leurs chefs vis-à-vis les uns des autres, de la qualité des chemins par où il devait passer et retourner à ses quartiers, ce que peuvent, en de telles occasions, la diligence et l'activité, la précaution et les surprises, les ruses et la bravoure. Sur tout cela, il fondait des résolutions qui paraissaient étranges à ceux qui n'avaient pas les mêmes lumières que lui pour les distinguer, ou les mêmes qualités actives pour les vaincre, ou la même présence d'esprit pour remédier aux accidents imprévus et savoir prendre parti selon la nature des ennemis.
À la fin de l'année, Gassion enleva six régiments d'infanterie et cinq de cavalerie, cantonnés dans les villages de Rouest et d'Alving, et prit dix-neuf drapeaux et douze étendards:
Cette campagne de Flandre procura des avantages sérieux, ouvrit la route de Dunkerque et assura des importantes conquêtes sur la Lys.
Gassion avait pris tant de part aux prises des forts de Mardick, de Link, des villes de Bourbourg, Béthune, Saint-Venant, Courtrai, Furnes, Dunkerque, etc., que le roi décida qu'il serait créé un gouvernement de ces diverses places pour pouvoir en disposer en faveur du maréchal de Gassion.