‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 74 sur 93 · COURTRAI — DUNKERQUE · texte numérisé non relu

COURTRAI — DUNKERQUE

aux plus grandes dignités militaires, il a toujours conservé, au milieu de ses succès continuels, un esprit droit, vigoureux, qui lui faisait rechercher la lumière pour connaître l'humanité aussi bien par ses propres observations que par celles des autres. Voici ce qu'il écrivait à M. de Saumaise, le 3o août i646 :

Monsieur,

Je me sers volontiers de l'occasion de M. du Prat, pasteur de ma maison, qui a désiré d'aller voir ses anciens amis en Hollande, pour vous tesmoigner l'estime que je fais de vostre personne et de cet extraordinaire mérite qui vous a donné le premier rang entre les savans. L'esclat de ces belles lumière» que Dieu vous a données est veneu jusqu'à moi, et je scais que de toutes les sciences des hommes vous avez composé un tout si accompli que par 1k vous donnez la loi aux plus intelligens de toutes les professions. J'ai donné charge à M. du Prat de m'aporter quelqu'une de ces belles œuvres que vous avez données au public. Aux heures de repos, que je ne puis espérer que dans les quartiers d'hyver, ce me sera un divertissement très agréable. Geste condition de vie où ie suis, qui me donne assez d'occupation, ne m'empesche pas de faire sur la vostre une réflexion assez fréquente. Nous travaillons pour le périssable et vous pour l'esternité ; nous destruisons et vous construisez. Nous emploions la contrainte et la force et vous la douceur et la persuasion en donnant la lumière d'un nombre infini d'importantes vérités qu'on n'avoit jamais connues. Vous voyez, Monsieur, que le bruit qui m'environne depuis tant de tems ne m'a pas empesché de savoir de vos nouvelles. La parfaite cognaissance que i'ai de vostre mesrite fait que ie désire avoir part h vostre affection et moien de vous tesmoigner la mienne ; s'il s'en présente quelque occasion, vous verrez par effet que je suis, Monsieur,

Vostre très affectueux serviteur, de Gassion (*).

Au camp de Mardick, 3o août 164G.

On va le voir, dans sa dernière campagne, affermir sa réputation et, par de nouveaux exploits, mériter d'être regardé comme suspect par un ministre dont la réputation s'est plutôt établie par la mauvaise foi que par la supériorité de ses lumières. .

Pendant sa carrière, Gassion a montré qu'il y avait en lui l'as-

1. A M. de Saumaise, à Leydc. A. B. N. Fond Clérambault, T. 3ç)3o, t. VTII.

l68 JEAN DE GASS10N

semblage de tous les talents qui forment un homme approchant, autant que cela se peut, de la perfection, et toutes les qualités qui constituent un excellent général.

Le duc d'Orléans l'appréciait beaucoup et ne cessait de dire qu'il n'aurait jamais passé la rivière de Colme, fait vingt lieues dans des marais ni songé à la prise de Bergues, de Mardick, de Furnes et de Dunkerque, villes que les généraux français ne connaissaient que par la carte, siGassion ne l'eût guidé par sa valeur.

Celte estime ne pouvait que lui attirer les inimitiés des familiers de la maison de Condé. Les intrigues de la cour, les répugnances des grands seigneurs d'admettre dans leurs rangs un soldat de fortune, un huguenot, complétèrent les causes d'une opposition dont ont toujours été victimes les hommes de génie.

Son peu de goût pour les femmes lui avait également valu des ennemies plus à redouter que les menées sourdes des hommes.

Dans plusieurs lettres, le roi lui recommandait de veiller à ce que l'on ne pratiquât pas le culte de la religion réformée dans les places où il commandait. On en citera une.

Du u décembre i04<3.

Mon cousin, m'ayant esté représenté que les officiers, chevau-légers et soldats des régimens de Sillart et de Rotheby (') font publiquement l'exercice de la R. P. R. en la viile de Lens au préjudice de ce que scaves avoir esté promis de ma part aux magistrats et habitans de ladite ville en les recevant en mon obéissance, qu'il n'y aurait point d'exercice en ladite ville d'autre religion que de la catholique, j'ay bien voulu vous faire cette lettre pour vous dire par l'avis de la Reine régente, Madame ma mère, que mon intention est que vous fassiez cesser incontinent cette contravention et empeschiez par vostre autorité et avec un soin particulier qu'il ne soit fait aucun exercice de ladite religion P. R. en ladite ville de Lens, ny autres conquises dans la Flandre, l'Artois et le Hainault qui sont de vostre département, vous assurant que vous ne scauries employer vos soins à aucune chose dont je vous sache plus de gré et sur ce, je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait, etc. ( 2 ).

i. Régiment anglais.

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