Bil)l. Nat., 5uti Colbeit. V. 116-187-191. ucloltre
350 LE iSlARECHAL DE GUEBUIANT
à piller l'Alsace ; on pourrait s'y opposer ; « mais, écrit crËrlach, le mal est que nous ne nous entendons pas et qu'en partie nous n'entendons pas ce qui est à faire, et {|ue partie de nos troupes, encore que le Roi les paie bien, ne le sont pas de leurs officiers et ne sont propres qu'à presser le pays et à faire du désordre'... »
Vignier prévient le comte de Brienne au mois de mai que les troupes du Roi, passant et repassant, ont mis la Lorraine dans un si pitoyable état qu'on ne pourra plus en tirer aucune subsistance à l'avenir'-.
Le marquis de la Ferté-Senneterre, gouverneur de Nancy, et Vignier, élevèrent encore la voix. « Les coureurs de votre armée, écrira le marquis à Guébriant au milieu de septembre, viennent tous les jours dans nos montagnes et vers Saint-Dié, où ils font des ravages et des désordres extrêmes. « La Cour lui donne l'ordre d'en avertir le maréchal 3, Et Vignier, le 28 novembre : u Nous avons toujours cru, M. le marquis de la Ferté et moi', qu'il fallait gagner les cœurs des peuples avec la modération et le bon traitement, et que la douceur était un aussi bon moyen de les tenir dans le service du Roi que la violence et la force ^. »
^lessieurs de la République de Strasbourg réclament, exposent les points litigieux ; mais ils s'indignent en même temps à l'idée qu'on puisse leur attribuer de mauvais sentiments à l'éo-ard du maréchal. Les soldats français font « tous les jours de nouvelles exorbitances ». C'est un traitement que les Strasbourgeois n'ont jamais mérité ; ils espèrent donc que le maréchal leur fera donner satisfaction, comptent même être dédommagés, et désirent voir châtier les coupables. « Les soldats... s'approprient les vignes et vendanges,
1. Bibl. Nat., 500 Colbert. V. 111-7(5, et Arch. Rotrou. Erlach à Guébiiand ; Brisach, 28 mai lG4i5.
2. Bibl. Nat., fïr. V. 17378-lOa. Vignier à B rien ne ; Nancy, 21» mai 1G43.
S. Bibl. Nat., .'JOO Colbert. V. 11.5-202. Marquis de la Ferté-Senneterre à Guébriant ; Nancy, 17 septembre 1643. Bibl. Nat.. Clairambaull. V. 3cS9-104, Vignier à Brienne ; Nancy, 27 octobre 104:5.
4. Bibl. Nat., Clairainbault. V. ;i9b-G2. Vignier à (Brienne); Nancy, 28 novembre 1643.
OUKBRIWT MKIRT A llOTTWEIL HÔ7
tout ainsi que s'ils fussent en pays ennemi, et, de fait, ils font entendre que tout leur a été donné en proie... Nous nous sentons ol)lifrés d'en donner avis à Votre I^xcellcnce et de la supplier très luunblement de vouloir arrêter le cours de ces insolences par ses ordres et [)ar le châtiment exemplaire des auteurs ^. »
A Hambourg, l'ambassadeur Salvius, averti par Mokel, se montra plein d'inquiétudes. Les Suédois de Hambourg répandirent des plaintes contre Guébriant. et crièrent l)ien haut que si Torstenson était à sa place il saurait incommoder les Bavarois. « Vous savez que c'est leur vieille chanson, écrit Beauregard au maréchal, à la([uelle je ré[)onds, quand je m'y rencontre, selon ce qui m'est connu-. »
Tout le pays dépendant de Strasbourg envoyait à Benfeld les denrées de première nécessité, au détriment de l'armée française ; et comme le maréchal se plaignait d'un tel procédé, le magistrat de la ville répondit n'y voir qu'un inévitable edet des traitements que les partis divers faisaient subir aux populations, nia d'en être l'instigateur, et profita de l'occasion pour énumérer les exactions des troupes royales'^. Aussitôt ("luébriant renouvelait ses ordres en vue du respect de la propriété, et peu après il recevait les remerciements de ce même magistrat pour la droiture et l'esprit conciliant qu'il avait apportés dans la circonstance. Guébriant était fort embarrassé de toutes ces réclamations trop bien fondées ; mais comment changer l'état des choses ? Ni soldats, ni officiers n'écoutaient ses conseils, n'exécutaient ses ordres. On ne les payait pas régulièrement; ils mouraient de faim, et se croyaient, pour lors, tout permis. Ne lui fallait-il pas ou fermer les yeux sur un brigandage élionté ou trouver de l'argent pour les montres ? Seuls movens d'éviter la désertion en masse !
1. Bibl. Nat., 500 Colbert. \'. 115. Ilisl. du maréchal de Guébriant, par J. Le Lauoubecr.
2. Bibl. Nat., 500 Colbort. \ . 112-97. Beauregard à Guébriant ; Cassel, 13 septembre 1643.
3. Bibl. Nat., 500 Colbert. V. 115-73, et Arch. I^otrou ; cité par Le Laboureur. Messieurs de Strasbourg à Guébriant, 23 août 1643.
Pendant deux mois ce ne furent que lettres échangées entre les plaignants et le pauvre maréchal, qui, homme de guerre transformé subitement en diplomate, s'épuisait à ménager les uns et à calmer les autres.
Enfin, septembre touchant à sa fin, Messieurs de Strasbourg qui avaient, par crainte, accordé des vivres, lui firent savoir qu'ils donneraient une forte somme si l'armée royale s'éloignait ; « Sans cela, les raisons politiques nous obligent de prendre garde à la sûreté de notre l^tal et de nos personnes. Les lamentations et murmures de notre peuple contre nous, disaient-ils, pour avoir permis jusques à présent la sortie de toutes sortes de vivres, et, par ce moyen, donné occasion à une grande cherté, sont parvenus à un tel point que nous ne pourrions continuer d'assister l'armée de Votre Excellence de ce dont elle a besoin, sans craindre de très grands inconvénients. Sur quoi il plaira à Votre Excellence de faire bonne réflexion, etc.. ^ »
Messieurs de Strasbourg ne se contentaient pas de traiter cette afl'aire avec Guébriant ; ils s'adressaient encore à la Cour. Mazarin leur répondait, en date du '23 septembre : « Vous pouvez juger aussi bien que nous que l'arrivée de l'armée de M. le maréchal de Guébriant dans l'Alsace est un pur coup de nécessité et un de ces accidents qui arrivent à la guerre contre le dessein des hommes. 11 ne nous est certes pas moins fâcheux qu'à vous-mêmes-... »
Chefs et députés de la noblesse libre et franche du Saint-Empire en la Basse-Alsace écrivaient également au Roi et à Brienne, faisant chorus avec Messieurs de Strasbourg : « Nous voyons loger sur nos terroirs l'armée de Votre Majesté sous la conduite de M. le comte de Guébriant. Les avant-coureurs de laquelle nous ont
1. Voir : Ribl. Nat., 500 Colbert. V. l]5-57 à 2->\, et Arch. Rotrou, les lettres de Messieurs de Strasbourg, de l'Isle et de Tracy au maréchal de Guébriant, août et «eptembre 16+3.
2. Lellre-s du cardinal Mazarin, par A. Chéruel. Mazarin à MM. le Préteur, Consul et Sénat de la République de Strasbourg ; Paris, 23 septembre 1643. Pendant qu'on prépare à la Cour << le remède contre le mal », on écrit à Guébriant ■< de faire garder... de l'ordre à son armée... » L'ensemble des autorités s'appelait: Le Magistral.
r.UKHRIVNT MEIRT A nOTTWRIF. 35f>
fait paraître, par leurs insolences ce que nous avons à f'spérer, savoir la ruine totale de ces contrées et de (ctte noblesse en particulier; ce qui nous augmente la t lovajice, c'est la saison jjiéseiile oii nous ne perdons pas seulement la plus grande partie de la moisson et la vendange présente, mais aussi l'espérance de la moisson future, n'ayant aucun moyen ni de labourer ni d'ensemencer la terre, tandis (|ue celle aimee demeure au |)avs ; pertes très grandes, insupjjortablcs. et (pii seionl suivies nt'cessaii'emenl d'une (h'solalion enlièreel ruine totale du pavs, et de tous les liabitanls d'icelui '... »
li'euucmi — le fail elail malheureusemenl certain — avail des intelligences secrètes dans rarmée française. M. de Caumartin écrivait en toute hâte, le '23 août, à ( iuébrianl : « J'ai reçu un avis ce matin, duquel je vous envoie copie avec la présente; vous en userez, s'il vous plaît, selon votre prudence accoutumée... » En même l<'m|)S il s'adressait au résident de ^enise à Zurich pour essaverde péucilrer [intrigue, lu certain lieutenant (h* l'armée, liachmer, était allé de H;de à Zuricli alin de traiter avec le résident en (|uestion, au nom de quelques ofliciers de l'armée. ])roinellant de la quitter avec 800 chevaux et ÔOO fanlassins j)our servir les ^'énitiens, moyennant une notable somme d'argent. Par une indiscrétion du même IJaclimei-, Ton sa\ait (jue l'enniMui possédait dételles intelligences parmi les ofliciers deM.de (iuébriant (ju'il connaissait toujours ses projets au moment de leur exécution. Héfugiéà Bàle, Tkiciimer s'était fait donner par Tau|)adell le gouvernement du comté de Ferrette ; souvent il allait à Brisach. à Zurich, conférait avec des j)ersonnages notoirement hostiles à la France. Il se vantail, un peu troj) haut, d èlie bientôt pagador d'une pailie de l'armée vénitieime. La première idée de ('.au ma il in avait été de prier Tévéque de Bàle do le faire arrèlei-; mais il s'était laAisé pour deux raisons: agii" j)ru(l(Mnnienl et sûrement : lui ambassadeur,
1. Bil»l. Nnl., Claimiiibault. \ . :>S7-241. Slrashourg, lM août KU:^.
3fi0 LK MARÉCHAL DE GUÉRRIANT
ne i)as se coinprometl le pnr un tel acle trautoi-ité. « J'ai cru vous le devoir faire savoir, écrit-il à Guél)i'iaiit, atiu que s'il y a moyen de l'aire venir le personnao-e à Brisach ou autre lieu au([uel on pourrait le prendre, vous en puissiez user selon votre prudence '. »
C'est encore le nommé Glulz, dit Chuitz et Sulz, fils d'un très riche et honorable bourgeois de Soleure, qui se mêle de trahir le parti français. 11 a 22 ans, est imberbe, fort gros ; depuis 4 ans il travaille, malgré son père, avec lecjuel il est brouillé, en faveur et sous les auspices de l'archiduchesse d'Innsbruck, Claudia de Médicis. Il est retiré en Alsace, et lié avec le lieutenant de Rosen, gouverneur de Thann, qui ne se doute de rien. Très nécessiteux hier, son père ne lui donnant aucun secours pécunier, il dépense aujourd'hui largement ; son argent ne peut être qu'une juste récompense de sa trahison, u On ne peut faillir de l'arrêter, écrit Caumartin à Guébriant, de Soleure ; mais je vous prie -de n'en point faire de justice exemplaire, pour la considération de son père, qui est du Conseil de cette ville ~... » Quelques jours après, d'Oysonville mande au maréchal que d'Erlach a donné l'ordre à Rosen d'enfermer Glutz dans le château de Thann 3.
Un autre individu, dont la personnalité ne put être identifiée qu'assez difficilement par Caumartin, le baron de Hech, recevait de Venise le grade de colonel major, avec obligation d'amener à jour fixe à Bergame, i.OUU cavaliers de l'armée française.C'étaitaussila conjuration d'Ueberlingen, piteusement avortée: l'ennemi avait assemblé 2.50U hommes qui devaient entrer par un trou fait à cette intention dans une cave, tuer la garnison et reprendre ainsi la place ^.
1. Bibl. Nat., 500 Colbert. V. 115-2.5, et Arch. Rotrou. Caumartin à Guébriant; Soleure, 23 août IfilH. Bibl. Xat., 50u Colberl. \'. 115-29. Caumartin à Guébriant; Soleure. 24 août l(i43.
2. Bibl. .\at., 500 Colbert. V. 115-41, et Arch. Ilotrou. Caumartin à Guébriant; Soleure, 21 septembre 1648; Bibl. Nat., 500 Colbert. V. 11.5-42. Lettre de... ; 15 septembre 1(543.
3. Bibl. Nat., .500 Colbert. V. 111-55. Oysonville à Guébriant; 28 septembre 1<>43.
4. Bibl. Xat., 500 Colbert. V. 115-209. Wiederhold à Guébriant ; Ueberlingen, 29 septembre 1643.
GUEBRIXNT MEURT A ROTTWKIt. 3fil
A l'armée (rAllemagncon attendait avec une extrême impatience le grand renfort promis et par lettres et verbalement à M. de Tracy. Cependant la ( iOiir sup- [)osant au duc (lliarlt^s riuleulion de se joindi-e a don l'rancesco de .Mello pour agii- de concert avec lui dans le Luxemboui'":, Tcinvoi en avait étédiliërë. Enfin Ton annonça positivenuMit son arrivée prochaine. MM. de Uofjue-Servière et de Cliarlevoye allèrent à sa rencontre |)()ur en faciliter la conduite au lieutenant g(inéral comte de riaul/au. i^ugluen avait Tortlre de |)résider lui-même à la jonction des lrou|)es. Il marchera droit sur la Sarre, disitieut ses JMsliiutioMs, enlèvera Sarrebi'uck, \ audrcN ange, Deux-Ponts el Kaiseislaiitern, détachera Haut/au vers (iuëhriant, jmis s'attachera à hi prise de Spire, Mayence et \\ oiius, ou du moins tlonuera jalousie de ce côté aux ennemis poui- {[u'ils ne troublent en rien le passage en Allemagne. Afin de favoriser cette opération redoutée toujours, il promettra des gratifications aux soldats et remettra aux meslres de camp des lettres tie la régente, les assurant du gré (|ue Leurs Majestés auront du bon état des troupes et de l'affection avec laquelle chacun d'eux se comportera dans la circQUStance. Après la revue que devra passer M. le Duc, on paiera une demi-montre à l'effectif présent. MM. de Choisy et de Tracy assureront les vivres '.
Espérant les flatter s'il s'adresse directement <à eux, le Uoi écrit en même temps aux colonels qui doivent franchir le Rhin: «t Paris, 20 septembre ; Sije ne savais (juel est votre zèle pour mon service, je ne désirerais pas vous choisir avec votre régiment entre les troupes de mon armée de Luxembourg pour passer le Rhin et joindre mon ai'mée d'Allemagne. Mais comme j'ai besoin de mes serviteurs particidiers en des occasions si importantes (|ue celles dont il s'agit, je veux bien
1. Bibl. Nal.. IIV. V. 41t>ii-21, el .j<K) (:oli)eii. Instruclion au duc dlùii//iien allant vers la Sarre, Paris, 2Ô septembre lti43.
.Vrch. hist. Guerre. V. 7.5-447. Lettre circulaire d'.Vnne d'Autriche, régente du royaume, aux colonels qui doivent passer le Rhin ; Paris, 2G septembre 1643.
madresser à vous et vous dire... que vous ayez à vous acheminer avec votre régiment en ma dite armée d'Allemagne, sous la cliarge du sieur comte de Rantzau, pour y servir tandis qu'il sera nécessaire, avec cette assurance que vous ne pouvez rien faire qui me soit en plus particulière recommandation ^.. »
Aussitôt affecté à l'armée d'Allemagne, Rantzau écrivit à (ïuébriant -. « ... Je vous assurerai... que je ferai toutes les diligences imaginables pour vous joindre au plus tôt. Mais le principal sujet de cette lettre est pour vous témoigner la véritable joie que je lessens d'aller près de vous... « Ce sera pour lui « un honneur très grand ». Suivant l'ordre royal, Enghien ne devait envoyer par Rantzau que 2.000 chevaux et 4.000 fantassins au plus. Dans une lettre du Roi comme dans une autre de la Reine, le nom du duc d'Angouléme avait été tout d'abord substitué à celui de ^I. le Duc Durant deux ou trois jours en elîet, Charles de Valois, duc d'Angouléme, avait eu le titre de génélal de l'armée de Luxembourg et la charge de renforcer Guébriant, « le duc d'Anghien s'étant trouvé obligé de demeurer par deçà ». Dès le 30 septembre, les choses étaient encore modifiées, et Louis XIV désignait Angoulème pour occuper la Sarre-'. Tous les ordresantérieurs se trouvaient ainsi révoqués, et de nouveaux étaient expédiés. Le Roi en avertissait immédiatement le maréchal de Guébriant, en date du 30 septembre ^.
Nous n'avons pas à faire ici un long portrait de M. le Duc; ce pejsonnage, qui est une de nos plus grandes gloires nationales, est assez connu. Rappelons seulejuent ce que disait de lui le cardinal de Retz : « M. le Prince est né capitaine, ce ([ui n'est jamais arrivé qu'à
1. Bibl. Xal., nV. V. 41t>S-14(i. Ibidem, p. 14n \ .>. La Reine aux mêmes mestres de camp ; Paris, 2G septembre 164H.
2. Bii»l. Nal., r>0(} Colbert. V. 116-2ir,. Rantzau à Guébriant; Paris. :^o septeml)re 1<)4H.
H. Jlisl. des Princes de Condé. par le duc d'Ai mâle. V. I\-228. 4. Bibl. Nat., r.OO Colbert. V. loiMiT. Le Roi à r,uél)riant ; Paris, 30 septembre 1643.
Bibl. Nat., ïïv. V. 4108-141 \\ Le Roi à Enyhien ; Paris. 3(» septembre
it;(3.
GUKHHIANT MELUT A ROITWI'II. 3<;3
lui, à César c*t à Spinola. li a c'*^alé le preiuier, il a passé le second... » Michelet dira plus taid : <« A viiiut deux ans Coudé avait déjà toul i\v la guene, le biillaut, le sérieux, l'élan et la rélliîxiou ; de plus, la chose très rare dans uu jeune liouiiue, une t«'nacité iud()Ui|)lahle, une résolution lixe et forte, qui l'enracinait au chaiu[) de l)ataille '... ».
Sa tlelcrininatiou pris(\ l^iighien ne perd plus uu instant. Le 2 octobre il ((uitte Paiis, sairachant aux fêtes et aux joies du triomphe, et, de liar, il écrit à (jut'îbriant : uje vous envoie Tourville pour vous tlonner avis <les résolutions qu'on a prises pour vous secouiir... Je marcheen diligence, et si les ennemis nous attendent, j'espère que nous les obligerons à se retirer bien vite -... »
Après s'être entretenu à Bar avec ll()([ue-Seivière et (Miarlevoye, que le maréchal a dépêchés vers lui pour le saluer, il traverse Nancy, touche à l*oiit-à-Mousson le 11 octobre, couche le soir à Nomény, et avance par ( "Jiàteau-Salins et Dieuze ^. 11 maiche rapidement, grâce aux ridais (|u'a fait prépaier .M. de llantzauw mettant à contribution les carrosses des é\ èt|ues et des intendants ». A Sarrebourg lui parvient un piemier
1. Mémoires du cardinal de liel:, t. \-'2]T,. Iliat. de France, par Micm:- LET. t. \ 11-21 14.
2. M. le duc (JAumale {Ilist. des Princes de Condé) se trompe probal)lement lort^qu'il tlil (|ue M. le Du : quitta Paris le 4 octobre. La date du 2 octobre, j)our le départ do Paris, soml)le certaine da{)rcs les deux lettres suivantes ;
Archives Hotrou. Tracy à Guébriant ; Paris, 2 octobre lt>43 (chilTré). " Monseigneur le Duc est parti ce malin et va joindre son armée... »
Archives Rolrou. Choisy à Guébriant; lîar-le-Duc, 4 octobre H;48. <■ M. le Duc a couché cette nuit à CliAlons, et ce soir nous l'attendons pour prendre les dernières résolutions dont je ne manquerai pas de vous informer. »
Bibl. Nat., .500 Colbert. V. ll.Vli:?. Enghien à Guébriant ; Bar-le- Duc, ô octobre lt!4H. M. de Tourville était cousin de Guébriant.
AIT. Etr., Allemagne corrc'sp. \'. 2;^-s:^. Engbieii à Mazarin ; Bar, G octobre 164;{. Il entretient Ma/arin de ses projets.
S. Gharlevoyc et Koque-Servière devant aller au-devant de Hant/.au. Tracy écrivait à Guébriant : « Vous pouvez aussi par eux faire faire vos compliments à Monseigneur le Duc... »
(Bibl. Nat., ôuO Colbert. V. 116-2H.5. Tra<v à Guébriaid : Paris. 2 octobre ]r,43.i
message ilu maiéclial lui iiidif[iianl la situation de larmée et débutant ainsi : « J'ai appris par une lettre de M. de Traçy comme ^ . Altesse, ne s'étaut point voulu reposer après tant de merveilles qu'elle a laites cet été, veut encore avancer, avec l'assistance divine, autant les aftaires d'Allemagne qu'elle a fait celles de Flandre '... »
Le 17 octobre, il atteint Phalsbourg et donne quelque repos à ses troupes. Le maréchal vient l'y trouver le lendemain accompagné du dvic Frédéric de Wurtemberg, de Taupadell, lieutenant général de la cavalerie Aveimarienne, tles principaux chefs allemands et des mestres de camp français: Comte de Wittgenstein, Fleckenstein, Betz, Streef, Bussy-Elmorn, RoncheroUes, du Tôt, etc. A tous, le prince fait le meilleur accueil, priant même Wurtemberg et Taupadell d'accepter chacun de sa main un cheval de piix richement harnaché. Le 20, Guébriant rejoint ses troupes. Ce même jour, Rantzau, qui marchait isolément, arrive à Saverne, et, par le baron de l'Eschelle, demande immédiatement des ordres au maréchal ~.
Le lendemain, 21 octobre, toutes les troupes du prince sont assemblées dans la plaine de Phalsbourg. D'un côté se rangent en Jjataille celles qui passeront en Allemagne avec Rantzau, et, de Tautre, celles qui retourneront en France 3. Enghien prescrit alors une revue minutieuse par 12 commissaires et 12 contrôleurs, pour éviter toute fraude, et complète sur place les régiments trop faibles, entre autres, Royal-Italien et l'infanterie liégeoise du comte de Guiche '•.
Puis le renfort, comptant 2.600 chevaux et 4,000
1. chantilly. Archives Condé. M XXX-KJ. Guébriant à Enghien; Erstein, 'J octobre 1648.
2. Bibl. Nat., m) Colbert. V. 116-207, et Arch. Roliou. Rantzau à Guébriant ; Saverne, 21 octobre 1643.
3. Hisl. des Princes de Condé. par le dur d'.\r.MALE. Gazelle exlraor. du 5 novembre 1643, n" 139: Journal de marche du duc d' Enghien allant en Allemagne. Gazelle exlraor. du 20 novembre 1643, n» 147 : La réceplion du duc d Enghien en Allemagne.
4. .\vec des hommes tirés des régiments de Picardie, Navarre, La Marine, Bretagne, La Couronne, La Meilleraie, Harcourt, Noailles.
GUEBRIANT MEURT A ROTTW Eli, 365
hoiiiiiics de |)ied, ayant liant/au pour clicf, se détacha, gagna Phalsl>oui'g. (le fut un moment ciitique. La destination ([u'on lui donnait — voyage en Allemagne — juH(ju'alors tenue secrète, dut lui être enfin divulgui'e. Les officiers avaient encore plus d'aversion pour ce pays (|ue les soldats '.
La pri'sence de M. le Duc, le prcsiige de; chefs comme lUiiil/au, Siiot, Vilry, Noirniouliers et Maugiriiii pai-\ iiiiciil à mainlciiir les csprils dans le calme, et iiK'me à faire, le |)i'emier moment passe, admellre |)res(pie gaiement la perspective de li-aveisei- le Uhin- ( .Hnlormément aux iustructionsdétaillées (ju'il a reçues, M. de Uaiil/au conservera le cominandemenl parliculiei" des lrou])es ([u'on lui a confiées, mais sous laulolilé du maréchal ; Ghoisy et Tracy seront chargés des fonds et de la subsistance de ces nouvelles trouj)es. Du l'esté ces iuslruclions laissaient entrevoir à llantzau (|u'il pourrait, dans quelque temps, i*evenir en France avec sa cavalerie et une portion de son infanterie, laissant le surplus à Guébriant '.
D'Espenan et d'Aumont conduisirent les troupes de M. le Duc, par Charmes et Mirecourt, vers Langres et Chaumont. Le prince, ayant ainsi réglé ponctuellement lui-même tous les détails de cette affectation de troupes, alla coucher à Saverne le 21 octobre, ne conservant qu'une escorte de cavalerie : la gendarmerie et le régiment royal ^. 11 écrivit alors au prince de Condé, son père', (jui avait essayé de le xlissuader de prêter
1. Bibl. Nal., 5(h( Colbeii. V. 10.S-17C. Le Tellier à GuéLÎiiant ; Paris, 28 sepleinbie IGK?.
2. Bibl. Nat., ITr. \". +16y-29 et :48. Aich. bi-^t. Guerre. V. 98-l'J. Insiruclions à M. de Ranlzau, 30 septembre ItUH.
3. AIT. Etr., Allemagne corresp. V. 23-S(>. Relation du voyage de M. le duc dEnghien.
Roger de Bossots, comte d'Espenaii. iiiarrcbal de cainp. — Cliarles;, marquis d'Aumont, raarécbal île camp, onicier brillant et de grande valeur; « bonime d'esprit, très entendu au métier, aimé et apprécié du duc d Knghien, appelé à dépasser tous ceux que nous venons de nommer, si la guerre ne l'avait prématuiément dévoré. » Ainsi s'exprime le duc d'Auuiale, après avoir énuméré les généraux qui étaient sous les ordres de M. le Duc. Né en l(>U(i, tué en lOtl. l'etit-lils et frère île marécbaux de France.
4. Cbantilly, Arch. Condé, M XXIX-^Jti. InstrucUon de Monseigneur
3i;<; LE MARKCIJAL DE GUEBRIANT
son concours dans la circonstance : « Monsieui-, je vous envoie le sieur de Campels |)oui' vous donner avis du passage des troupes destinées pour rAlleniagne en Alsace en meilleur état du monde. J'ai chargé M. de Choisy d'en en\oyer les extraits à la cour, par les- ((uels vous reconnaîtrez que je n'ai [)as peu apporté de soin à les maintenir. Je suis venu juscju'ici pour résoudre avec M. de Guébriant le passage du Rhin; j'espère que ce sera bientôt; cependant j'ai laissé M. d'Espenan à l'armée avec ordre de marcher du côté du Bassignv, et moi je Tirai rejoindre au plus tôt'. »
De C-olmar, Schlestadt. Strasbourg, Benfeld, Hàle, Brisach, de Lorraine, d'Alsace, de Suisse, du Brisgau, Guébriant avait fait venir de quoi « régaler» M. le Duc, le 22 octobre à Daclistein. M. de l'Isle a expédié de Strasbourg « un Coq Bruant mis en paste et couvert de son plumage, à la façon qu'on les sert sur les tables des Princes d'Allemagne ». Malheureusement il n'a pas eu le temps de se procurer « sa femelle qui est d'un plumage jaune doré et blanc bien divers de son masle ». Quant au poisson, il a donné des adresses au pourvoyeur du maréchal, qui pourra se munir de tout ce qu'on saurait désirer '^. Le sieur Walch, de Colmai-, à qui le maréchal avait demandé d'envoyer « 4 grandes pièces de poisson », s'était adressé aux magistrats. Trois perches, quatre carpes et cinq brochets — ^tout ce qu'on avait pu trouver de plus beau dans le genre — étaient bientôt portés à Daclistein par le maître pécheur de la ville lui-même et sous escorte de deux soldats, afin c|u'ils fussent délivrés en temps voulu et bien frais. On en faisait don à M. de Guébriant; en retour on lui demandait de conserver ,ses bonnes grâces à Colmar. \Valch en avertissait le maréchal, et le priait de le tenir pour excusé de ne savoir « escriie avec compli-
le Prince de Condé au duc d' Enghien, lo septembre 1048. \'oir aux appendices.
1. r.hanlill\ . Archives Tonde. M. XXX-Ô7. Enghien à Tonde ; Snverne, 22 oclol»!-*' liU8.
2. Bild. X;it. ÔOO Collterl. V. 11.VU3, et Arch. Rolrou. M. de l'Fsle à Gué))nant ; Slrast)Ourg, 22 octobre hSA'A ; cité par Le Lafjoureur.
GUKI5RIANT MElIiT \ ROTTWEIL ;j«7
inents français ». « Piianl Dieu, .Monseigneur, ajoutailil. de vous maintenir loujours en tous vos voyages rt actions en sa sainte garde, Ixunie sanh' et [)rospérité de \os acmes, pour 1(^ service de la l-'i"ance et de tous nous autres ([iii vivent(sic) en l)onne espérances sous l'onihre tlu lys. ({iii nous a protégés et maintenus en ses traités et paroles ro\aux jusques ici. •> l'^t W'alch terminait : <' Pour mon paiiiculier, je voiulrais ]>ien souhaiter (Tavoif riionneui- de voir S. .V. le duc d'Enghien, si grand lapilaine, (pii est tant ri^nonimé, et l'ait espérer eFi son petit âge ce fju'on doit remar([uer en advenance par ses actions pour le bien |)ul)lic '... o
A ce festin du 22 octobre se tr-onvaieni trois princes ailemantls:le duc Frédéric de ^Vurtemberg el les margraves de hade-Durlacli, cpii servaient avec (xuébriant-. ()u avait dressé trois tables. Ada première, était assis .\1. le Duc, ayant à ses côtés les maréchaux de camp, les colonels et les principaux officiers français et, en face de lui, (juébriant, entre les deu.v margraves, qu'il traitait en princes, afin de les placer avant Tanpadell, ( )ehui et Uosen, de grades su[)érieurs. Le mar()uis du l>ec-Crespin, frère de Mme de (juébriant, présidait la seconde table. A la troisième, d'environ 40 couverts, on voyait des geulilshouimes et ([uehpies subalternes. Un but au Iloi, à la Heine, aux principaux seigneurs et dames de la Cour, sans oublier la reine de Suède. Durant le repas se faisaient entendre les salves de 8 canons, établis par les soins du maréchal dans la cour du château.
Le 23 octobre, [)iès d'Erstein, toutes les troupes conslituant l'armée dWllemagne sont rangées en bataille, attendant le duc d'Enghien qui doit les inspecter. Le
1. Ribl. .\at., 500 Colbert. V. llô-lHii, et Arcli. Rotrou. Walch à Guébiiant ; (^olmar, 22 octobre KiiH; cité par Le Laboureur.
2. Le duc Frédéric de Wurtemberg, frère cadet du duc régnant. Le duc d'.Vumale, qui le nomme (leorges, dit de lui : « C'était un des plus i)raves de l'armée et peut-être le moins âpre dans ses piétenliuns. {llisl. des Princes de Condé, t. I\-2S1.)
maréchal galope à la rencontre du prince, qui passe lentement sur le front des deux lignes, ayant pour chacun une aimable parole. Le canon et toute la mous- (|ueteiie exécutent des salves. Les effectifs se concentrent ensuite en un point désigné, puis, au signal que fait le maréchal, le défilé commence. Le lieutenant général de la cavalerie weimarienne, Taupadell, ouvre la marche ; ses régiments, colonels en tète, avancent escadron par escadron, bien montés, avec des alignements précis et cette correction qui frappait souvent les plus « experts dans le détail de l'instruction militaii-e'». Puis vient la cavalerie française et toute l'infanterie, au pas résolu, têtes hautes, brigade par brigade.
Le vainqueur de Rocroi se montra pleinement satisfait. La revue terminée, chacun gagna ses cantonnements. Pendant deux jours encore continuèrent les cono^i'atulations ; on fraternisa le verre en main avant d'aller affronter ensemble les rudes heures d'une campagne d'hiver en pays inhospitalier, et les hasards du champ de bataille'-.
Tandis que Guébriant activait ses préparatifs de départ, le duc d'Enghien parcourait l'Alsace et leBrisgau. Le baron d'Erlach reçut M. le Duc avec faste à Brisach. Même réception lui fut faite à Hagueneau, qui tenait garnison française. Mokel lui-même, à Benfeld, malgfré son hostilité sourde contre les Français, n'osa moins bien faire. Strasbourg envoya 60 gentilshommes à sa rencontre. A Schlestadt, le marquis de Montausier, gouverneur de la Haute-Alsace, le traita magnifiquement. Gouverneurs et commandants de place, magistrats de villes libres, français ou étrangers, tous fêtèrent à l'envi le jeune vainqueur, qui voulut cependant profiter de ce voyage pour tirer d'utiles renseignements