Arch. hist. Guerre. \'. 42-70-71. Breuels, mars l<iS
.3. Arch. hi>it. Guerre. V. 42-6(5. Pouco/r, H mars lt)37. Ge corps devait être de 4.()(iu fantassins, deH.iiOO chevaux et de l.OuO dragons.
Arch. hisl. Guerre. V. 41-24.5. Inslruclions au comte de Ranlzau allant en Allemagne, ."> mars l<îH7.
\'oir aussi : Arch. liist. (iuerre. V. 35-:$!». Le Roi au marquis de Saint- Chainond; Saint-Germain, 4 mars l»iH7 ; et V. 41-247, 10 mars ïiVM. Le sieur Fréard de Ghantelou était nommé trésorier de cette future armée.
Le Roi avant résolu de lever des troupes en Allemasrïe, en i6'Ab, on jeta encore les yeux sur Rantzau pour Taccomplissement de cette tâche délicate. Un mémoire adressé au comte d'Avaux, ambassadeur du Uoi à Hambourg, dévoile à ce sujet, d'une assez curieuse façon, l'impression qu'on avait de notre personnage. D'Avaux verra s'il peut trouver (|uelqu'iin ayant assez de ci'édit pour lever en Allemagne un corps de tioupes tant de cavalerie que d'infanterie pour le faire ensuite venir en France. Le sieur de Rantzau serait « assez propre » à composer et commandei' le dit corps; « mais c'est un homme assez fâcheux, sur lequel on ne peut pas faire un fondement assuré ». Néanmoins, si le comte d'Avaux ne trouve personne d'autre à qui donner cette mission, il négociera avec Rantzau. « Celui qui a soin de ses affaires par deçà, lit-on dans ce mémoire, a proposé qu'il vendrait tout le bien ([u'il a dans le Holstein pour en remplacer l'argent en quelques terres dans la France, où il amènerait sa femme et s'établirait tout à fait; cela serait très à propos pour avoir par devers nous un gage de sa fidélité. Il faudrait voir auparavant si le dit sieur de Rantzau aurait assez de crédit pour former un tel corps de troupes. 11 le commanderait en qualité de lieutenant général sous un général français '. » Encore une fois la levée de trouj)es ne put réussir.
Comme il paraissait intéressant d'assurer à la France le concours d'un homme de cette trempe, et qu'il eût été fort préjudiciable de le voir sous les drapeaux de l'Empire, on négocia en 1639 pour l'engager définitivement au service de la Couronne. Avecluid'Avaux entra, par ordre, dans la voie des pourparlers; le traité fut signé. Le Roi lui accordait 60. OUO livres comptant, une gratification annuelle de 36.000 livres déjà promise, dont 6.000 des dites livres en une terre de ce revenu, qui sera donnée en propre à lui et à ses hoirs ; il aura des emplois dont il sera content, et un gouvernement de ville, lors(|u'il y aura une vacance. Ranlzau pourra en
1. Aff. Elr., Allemagne corresp. V. 1Ô-G2. Mémoire au comte iCAvaiix. 16 juillet 1638.
outre lever deux régimeuls de 1.500 hommes chacun pour la formation des(juels on accortlera ties conditions spéciales, étant impossible de lui lendre ses deux régiments, dont le lloia dispose', cioyaiil (|n il ne rrloiirnerait plus eu Fraïuo.
« Cependanl. lisail-oii dans un iiiéinoiit' adri'ssé à cet officiel' giMUMal, il peut cousid«'Mei- (pie dans la saison présente mie somme de ^illgl mil cens comptant, douze miléciis destat, y compris nue terre ([iii lui sera donnée eu propre |)oui y mettre sa femme et sa famille, n'est pas un petit avantage, mais tel (|u'il ne se trouve point que Sa Majesté en ayl faict un semblable à (juy que ce soit depuis longtemps'. »
En 1G40, Hant/.au [)ei-d iiiiejambe et revient du siège d'Arias estropiéd'iine main. l'>n 1642, il combat à Honnecourt sous le maréchal de(juiclie: couvert de blessures, il tombe au ponvoii- des ennemis.
L'année suivante, il contribue puissamment à la victoire de Rocroi et an siège de Thioiiville. Il succédera au niaréchalde (înébriant et se fera battre àrutllingen. Il servira sons M. de laMeilleraie en Klandre, puis en Picardie avec Monsieur, deviendra maréchal tle France le 30 juin 1045, et abjurera le protestantisme. En 1646, il commaiulera rarmée de Flandre sous les ordres de Monsieur et du duc d'Enghien, avec les maréchaux de (jassion et de Grainont,et obtiendra les gouvernements de Dunkertjue, de Bergnes, de Mardick, de Furnes j)ar provisions du 5 novembre. L année suivaiit(%il fera capituler Lens.
11 avait toujours bien ser\i la royauté; mais la constance n'a pas été vc donnée aux hommes pour une qualité (|ui leur soit naturelle », dira Mme de Motteville. Soupçonné d'infidélité, arrêté le 27 février 1649, interné à ^'iucenlles, il se justifiera, sortira de prison en janvier 1650 et mouria liydropique en septembre sni\aiil : son corps était l'onvert de 60 blessures reçues sur les champs de bataille. Il avait épousé sa cousine, Marguerite-Elisabeth de Rantzan.
1. AIT. Elr., France. V. 848-t>G. et Bihl. Nat., .".Ou Colbert. V. 46-:^0. Mémoires pour M. de Ranizau; Lyon, 21 octobre 1639.
Le comte de Rantzau avait une belle physionomie, de la distinction, de Tesprit, et parlait diverses langues. Il était d'une grande bravoure, d'une extraordinaire endurance. Malgré de rudes souffrances, avec un corps meurtri, n'ayant plus qu'un œil, qu'un jjras, qu'une jambe, il faisait bonne figure. Homme de cœur, tenace, souvent dévoué, doué d'une haute valeurmilitaire,il ffâtait malheureusement de remarquables qualités en donnant libre cours à son détestable caractère et en se livrant à la boisson. Le 2 juillet 1647, par exemple, — c'est le marquis de Montglat qui le raconte — (iassion et Rantzau, ayant franchi la Sambre à Castillon, allèrent droit aux Espagnols, qui gardaient un passage; commandés par le général Beck, ceux-ci durent reculer. Après quoi l'armée royale marcha en bataille, avec 25 canons, sur les lignes ennemies. Pour préparer une action, les canons tirèrent avec furie sur les quartiers de l'archiduc, du comte de Bucquoy et du marquis de Caracène. Le maréchal de llantzau était en jour de commander; mais il avait tellement bu toute la nuit qu'il refusa d'avancer, malgré les instances de Gassion. Ivre-mort, il retarda la marche de six heures; ce qui donna aux Espagnols le temps de se préparer à larésistance. Lorsqu'on se présenta devant leurs lignes, on essuya des coups de canon; il fallut se retirer'.
Parmi les officiers que Rantzau amenait à l'armée d'Allemagne, on distinguait Noirmoutiers, Vitry etMaugiron.
Louis 11 de la TrémoïUc, marcjuis de Noirmoutiers, alors âgé detrenteans, étaitfilsdeLouisde la Trémoïlle, marquis de Noirmoutiers, et de Lucrèce-Marie Bouhier. En secondes noces, sa mère avait épousé Nicolas de l'Hospital, maréchal duc de Vitry, ce qui le rendait demi-frère de François-^Lirie de rHos[)ital, marquis de Vitry.
L'un de très grande naissance, l'autre de vieille race
1. Mémoires de François de Paule de Clernionl, marquis de Monlglal.
;iussi, jouiies, ardtMils, rtMimants, (11111 hi-illaiil courage, rompus depuis longtemps au métier des armes, cherchant les a\(Milurcs, tous deux incarnaient le type de l'olficier de guerre. Les mois de campagne passés, ils ne craindront pas d'emplover h'ur excès d'ardeur à jouer un r(~»le dans la j'roiide, allant jns(|n a traiter piihruiuenienl avec le roi dlOspagiu'. Mais ils se tirei'onl de cette scahi'euse situation, obtiendront des grAces considéi'ables. par l'intermédiaire du cardinal de Metz, et en seront (piittes, dira Mme de Molte\ ille. o jxuir un peu de froideur et de mauvais visage » de la part de la Heine. Noirinontiers recexia le titie de duc. Les deux frères, maigre leur esprit de cabale, n'en continueriuit pas moins à tenii- l'épee au clair pour l'honneur de la Kiance'.
D'un tiMupérament plus calme, ])lus réfléchi, mais lum moins brave, était Claude, comte de Maugiron, mestre de camp du régiment de cavalerie de la Reine. Déjà, en maintes circonstances, il avait donné des preuves de courage et de sang-froid. Après avoir montré une belle attitude en 1645 à Marienthal et à Nordlingue, à la prise d'Iieilbronn comme à c<dle de Trêves, on le verra, en 1651, lieutenant' général en Catalogne, et, (piel(|ues années plus tard, il fera la guerre en Picardie et en Klandre, préférant toujours la vie du soldat au métier de courtisan.
1. Louis II de la Trémoïlle, marquis de Noirmoutiers ; né le 25 décembre 1(!)2. \ olontaiie à la l)alaille d'Avein en KJS."» ; capitaine au régiment de Bellefonds en Itiiiti ; servit sous Turenne eii l(iH7, et sous Longueville en 16S8. Contribua brillamment à la défaite du duc de Lorraine et à la prise de Poligny ; assista au siège de Hrisach. Il se fit remarquer, de ItiiiU à KUl, sous la Meilleraie, en Flandre, et, en 1642, sous le comte d'Harcourt, en Picaidie. Uuc et lieutenant général en 1600. Mourut en novembre Ititii;. Épousa Henée-.Julie .\ubéry.
François-Marie de l'IIospilal. marquis puis duc de Vitry. Maréchal de camp. .Vmbassadeur en Bavière 1C.72-167H , et pour la paix de Nimègue en lti7."). Mourut en 167;). Epousa Marie-Louise-Elisabeth- Aimée Poî. fille de Claude Pot, seigneur de Rhodes, et d'.\nne-Louise- Henrielte de la Châtre.
Le maréchal de Guébriant est d'avis de fi'ancliir au plus vite le Rhin à la hauteur de lîeiifeld à l'aide des bateaux qui ont servi deux mois auparavant pour entrer en Alsace, de pénétrer dans le margraviat de Ikule et d'attirer au combat l'ennemi qui s'y trouve campé. D'Erstein, le mardi 27 octobre, il écrit au duc d'Enghien, et lui explique avec une remarquable précision la manière dont il veut agir. L'argent nécessaire lui parviendra de Bàle le jeudi ou le vendredi ; son pont de bateaux sera terminé le vendredi soir; «avecq la luîie levante », il fera passer les premières troupes, et, « je me promets, dit-il, qu'aveccj Tayde de Dieu tout sera passé dimanche au soir. » Les ennemis se fortifient depuis cinq jours déjà sur la rivière d'Alb, depuis Ettlingen, au pied de la montagne, jusqu'au Rhin. Mais dans 6 jours il arrivera sur eux K
Le 29, il donne à peu j)rès les mômes détails au cardinal Mazarin: « Je ne saurais encore rien particulariser à Votre Eminence de la façon que nous nous y prendrons, sinon qu'avecq l'ayde de Dieu toute l'armée du Roy sera lundi prochain à midi au delà du Rhin, et que, dès le jour même, s'il nous est possible, nous nous avancerons '. »
Dans cette dernière lettre, Guébriant prévoit un léger retard, et parle de lundi à midi. Comme M. le Duc doit assister à l'opération, Tinlendant de Choisy lui écrit : « Erstein, 29 octobre 1643; Monseigneur, j'ay trouvé icy M. le maréchal de Guébriant en estât de commencer samedy matin à faire passer ses troupes ; il espère que dans dimanche au soir elles seront toutes par delà le Rhin avec tous les équi])ages. De sorte. Monseigneur, que j'estiuie qu'il suffira que Yostre Altesse se rende icy
1. Chantilly. Arch. Condé. M XXX-62. Guébriant à Enghien ; Erstein, 27 octobre 1G48.
2. Chantilly. Arch. Condé. O VII-205. Guébriant à Mazarin ; Erstein, 29 octobre 1648.
saniodv au soir, où M. le maréchal vous laissera son logis, et ordonnera {juarticr à toute la suite de \'ostre Altesse. Je crois (|ue .M. de llansau lait estât dedonner à sou|)(M- à A'ostre Altesse à son arriv<'e '... »
Le 2 novenibie et selon les prévisions, laiince achève de passer le Ih'uxc au point convenu, en |)resence de M. le Duc, « avec tant d'allégresse et de gayeté, écrit M. lie risie à Hrienne, (|ue je ne doute point (|ue dans cette première chaleur elle n<' produise hienlôl (pi(d- (|ues bons effets - ».
(luehriant et llant/.au tiennent aussitôt conseil. H se présente trois solutions: soit marcher vers Durlach, forcer les ennemis àhallr»' en retraite, enti-er dans le \\'urteml)erg et s'v t'iahlir: soit avancer vers San Peter dans la l'orèt-Noi re, alleindre les souri-es du Danube, (lesceinlre ce fleuve et s'installer en Souabe ; soit enfin, pénétrer dans la \ alb'e de la K in/. i g et altaipiei- lîoltweil, (|ui ser\ iia de |)oin( d'appui, si l'on veut aller plus avant. Les coureurs ayant rapporté (pie l'iançois de Mercv et ses bavarois «'taient solidement retranchés d'Ettlingen au lihin, au sud de Carlsruhe, on adopta la troisième solution. Larnu'e, munie tie 10 joui's de |)ain, se dirigea sur (jegen])ach, espérant attirer les Bavarois, qui ne bougèrent |)as, et remonta la vallée de la Kinzig, sans rencontrei- d'entraves tiè leur part, mais avec d'incroyables fatigues, occasionnées par les pluies, la neige, le froid et les défilés. L'artillerie et le baûfa^e orao-nérent l'ribourget San Peter avec ordre de rejoindre l'armée sous lloltweil •'.
Après cinq jouis de marches extrêmement |)enibles.
1. Chantilly. Aicb. Condô. M X\X-08. Clioisy à Enghien ; Erstein,
29 octobre n"i48.
2. Bil)l. Nat. Clairambault. V. 38i»-2S3. L'Isle à Brienne ; Stiai^bouig, 6 novembre 1648.
Au moment de passer le Rhin, Guébriant remania un peu ses troupes. Ainsi, les régiments de Roncherolles et du Tôt étant trop allaiblis, il les réduisit à un petit nombre de compagnies, ce qui donna un ellectif convenable à celles-ci, et l'envoya les deu.\ colonels à la Cour.
AIT. Etr., .\llemagne corresp. V. 2:^8. (luébriant à Mazarin ; Erstein,
30 octobre 1(;48.
8. Bibl. Nat. fTr. \. 3782-1 : Récit du voyage en Allemagne. Bibl. Nat. fTr. V. 20609: Lettres diverses. Bibl. Nat." Clairambault. V. 889-283 :
le maréchal de Guébriant arrivait, le samedi 7 novembre, devant Rottweil, et installait son quartier dans Tabbaye de Rothmunster. Il était de haute importance de tenir Rottweil, ville forte, pleine de vivres et de munitions, Brisach étant trop éloigné pour aider en cas de besoin, et au delà de montagnes difficiles à franchir. Du reste il serait imprudent de laisser sur ses derrières, en pénétrant plus au cœur de l'Allemagne, une forteresse de cette valeur, qui permettrait aux ennemis de fermer les passages de la Forêt-Noire lors d'une retraite, et que défendait une forte garnison bavaroise et toute la bourgeoisie, sous les ordres d'un vaillant militaire, le lieutenant-colonel Hettlach.
Après reconnaissance des lieux, Guébriant, Rantzau et d'autres chefs sont partisans d'un siège. Le marquis de Montausier, les colonels Oehm et Roque-Servière conseillent de j)asser outre et d'enlever quelque place moins forte. Malgré leur avis, on assiégera Rottweil. Le canon ne ])eul rejoindre que dans 5 jours, mais, d'ici là, on préparera l'attaque. On gagne aussitôt divers ouvrages extérieurs; on force les faubourgs ; on élève des terre-pleins de batteries. Les régiments de Cargret, de (juébriant, de Nettancourt, de Roncherolles et de Melun rivalisent d'entrain et font des merveilles. L'intrépide Roque-Servière, toujours le premier partout, le premiei- à courir au danger et à braver la mort, est blessé, le 10, d'une mousquetade aux reins, qui le met hors de service; le 15, c'est au tour du vaillant Charlevoye. Entraînés par le désir de se surpasser les uns les autres, quelques-uns — officiers et soldats — tombent sous le feu nourri de la défense. L'infatigable Guébriant surveille tout, et cherche à mener promptement les travaux.
Sur ces entrefaites, un événement faillit compromettre la situation. Le matin du 7 novembre -=— jour de son apparition devant Rott^veil — le maréchal avait
L'Isle à Brienne ; Strasbourg, 6 novembre 1G43. Hist.du maréchal de Guébriant, par J. Le Laboureur. Hisl. des Princes de Condé, par le duc d'AuMALE. Ilisl. delà guerre de Trente ans, par E. Charvériat.
• lonné l'ordre au général-major de Rosen, d'avantij,ardo à rariuée, tle s'avaiuMM- avoc 3 l'égiiiientsde cavaliiie ( \'ieux-Rosen, Ochiii cl ( îuchiiaiit et (|iiel(jues ilragoiis pour jeter une garnison dans Balingen, mais >aiis engager (raetion ; il devaitensuite se replier briis- (piement sni' Koltweil. llosen se delaelie à G lieures du matin, et arrive veis mitli à lialingen. l'rouvant celte |»laee assez follement oieup«i«', il se porte à ( i«Mslingen, ciilre IJalingen et Uoscnfeld, s<' loge dans un cliàteau, dissémine imprudemment ses troupes aux alentours proches, et, poui- toute garde, installe un capitaine de t avalerie sur le chemin de Balingen. Le colonel bavariijs S|)ork, en train de faire une reconnaissance tians la direction de Sulz, apprend ([ue le colonel Wiederliold levé des contributions avec 400 cavaliers aux environs (le Balingen. Tournant aussitôt de ce côté, il i-eiicontre liii c[uartier-maitre du gtMieral-nuijor llosen se diiigeant \ers Uosenfeld jjour y mettre une sauvegarde. Cet (li'liciei- n'hésite ])as à ti*ahii- les siens j)our conserver sa léte, et renseigne d une jiianière |)iécise sui- le logement des Français. Spork réunitses officiers et délibère avec eux ; la pluj)art estiment (pi'il faut prudemment battre en retraite : on n'est certainement |)as en foi-ce, tlisaient-ils ; car, seiail-il probable (|u'iiii homme de l'expérience de Rosen fasse si mal veiller à la sûreté des siens! Le ra|)port du ([uartiei-nuutre doit être inexact. Spork ordonne cependant de s'apj) rocher un peu plus; avant d'engager la moindre action, lui-même ira, seul, reconnailre les (piartiers de Rosen. Effectivement, tout seul, il s'enofaoe sur le chemin de Rosenfeld à (ieislingen — grave im|)rudence de la part d'un chef — ne rencontre ni patrcmilles, ni sentinelles, ni gardes, court vers sa troupe et revient avec elle. Ce|)endant le capitaine weimarien, qui commande le poste avancé, soupçonne, à certains indices, rap|)roche de l'ennemi; il se précipite dans (ieislingen cjuil traverse trois fois pour y donner léveil. Mais les chevaux sont dessellés ; les officiers déshabillés dorment avec confiance ; le général-major est enfermé dans le château ainsi qu'une partie de ses dragons. Les Bavarois ])énè-
trent dans le village, y mettent le feu ; la retraite n'est plus possible. De toutes les troupes, 300 hommes seulement échappent à pied ou à cheval avec le généralmajoi- et 8 officiers, sauvant neuf étendards.
On vit alors des cavaliers fuir dévêtus sur des chevaux sans selles et sans brides. « Ce malheur, écrira (iué])riant à d'Erlach, arriva par l'imprudence et négligence dun homme à (jui Dieu avait envoyé une ])onue fortune entre les mains, s'il eût satisfait non pas au devoir d'un général-major, mais seulement d'un simple rittmeister, étant de plus bien averti, comme il était, qu'il y avait cinq cents chevaux ennemis eu camjîagne '. »
Le vainqueur de liosen, Spork, fils d'un pauvre homme des environs de Paderborn, gardait les pourceaux dans son enfance. Le chagrin de ne pouvoir épouser sa fiancée l'avait poussé vers le métier des armes, et son mérite en avait fait un colonel. Malgré cet avancement il restait simple, ne rougissait pas de son origine, aimait les soldats, s'en occujjait, en était adoré, et possédait un grand empire sur eux.
A la Cour l'on sait « l'accident » dugénéral tie Rosen, écrivait Mazarinau comte de Cxuébriant le 24 novembre, sans se douter qu'à cette date même expirait l'illustre chef de l'armée d'Allemagne. « La manière, certes, en est bien fâcheuse; mais puisque le mal est arrivé, il y faut chercher du remède. » Aussi envoie-t-on de l'argent pour remettre sur pied les régiments défaits, et « afin que cette plaie ne demeure longtemps ouverte». Mazarin espère que Rosen, « brave homme et remarquable par quantité de bonnes actions qu'il a faites, sera piqué par son propre malheur à en prendre la revanche et tâcher de le réparer aux dépens des ennemis ». Il se croit donc obligé de lui écrire « la lettre la plus civile et la plus obligeante », et conseille à Guébriant, qui a « une connaissance particulière de son humeur», de le ménager « pour en tirer de très utiles services,
1. Guébriant à Eilach ; camp près de Hottweil, à 6 heures du soir, 8 novembre 1643.
GUEBRIANT MEURT A ROTTWEM. 381
doiil il scia très capable ». « Siirtuiil doiiiit'/. lui hieii riiii|)i('ssioii (|ii(' cria n'a l'ifMi (liiiiiiiiié dr Ifshmcet de rall'ccliou <|n on a ici [xxii- lui '. »
Le ir> novembre, l'artillerie et certains bagages parviennent enfin sous les murs de llolt^veiI avec ((uelques vivres amassés antérieurement par M. de Tracy dans San l'eter et Krii)0urg. La neige et la pluie ayant rendu la marche du convoi eNlréincnieiit difficile, il avait fallu réquisitionner bdufs, chevaux et charrettes dans le pays et faiie le transport à dos d'animaux. Le gros des bagages et des vivres ne pouvait cependant traverser la Forèt-Noire. « Il n'est, écrit M. de Tracy, au pouvoir de (jui que ce soit de faire passer les chariots, dont la plupart ne sont attelés (|ue de bceufs, le reste, de quelques chevaux, mais mauvais. J'ai fait mettre vingt chevaux sur un des chariots, mais il n'a pas été en mon pouvoir de le faire monter jus(jues au milieu de la montagne. » Après cette tentative, M. de Tiacy est retourné à l-Vi bourg. Si (îuébriant veut tirer des vivres de San Peter, il devra envoyer des officiers, des chevaux et quantité de sacs « pour porter le pain à dos - ').
Le maréchal prescrivit (juatre attaques, dont il laissa le choix au comte de Rantzau, qui en prit deux, l'une pour le marquis de Noirmoutiers et l'autre pour le comte de Maugiron. Les deux autres furent confiées au marquis de Montausier avec les régiments français, et au général-major Schcenbeck, avec les x\llemands de l'armée. Schtenbcck étant tombé malade, son attaque n'eut pas lieu ; celle de Maugiron non plus, par suite d'impossibilités (|ui se présentèrent dans l'exécution. Le baron de Sirot restait en arrière pour commander le quartier de cavalerie. Noirmoutiers mena son attaque avec ardeur, malgré la ([uanlité de mineurs que l'ennemi lui tuait successivement. Montausier avança vite et résolumentjusqu'à la contrescarpe, et s'empara du fossé.
1. Lellres du cardinal Mazarin, p;ii- A. Chércel. l^aris, 24 iioveml»re
2. Bibl. Nat , 500 Colbert. V. 116-2^9, el Airli. Holiou. Tracy à Guébriant ; San Peler, 16 noveiiibie 1643.
Le canon, pointé sur une tour fortifiée s'élevant au sud de la ville et sur un pan de muraille, ouvrit une brèche en deux jours. Le 17 novembre an malin, de sa propre main, Guébriant écrivit l'ordre concernant l'assaut. Le marquis de Montausier, chargé de son exécution, le transmit aux troupes avec des prescriptions complémentaires d'une admirable précision '. Puis, le maréchal retourna visiter les tranchées, apporta quelques modifications aux travaux, hâta les derniers préparatifs, courut dîner et revint en diligence. Voulant assister à l'élargissement de la brèche, il monta sur une pierre afin de regarder plus aisément au travers d'un gabion qui n'était pas rempli.
L'ennemi tiraitsans discontinuer dans cette direction, cherchant à démonter la batterie attachée à cette œuvre de destruction. Tout à coup, venant d'une pièce de 3 livres, un boulet fracassa le coude droit du maréchal, introduisant dans la plaie quelques fragments de sa fourrure. Il était environ 1 heure de l'après-midi 2, Ecoutons le sieur de Pontis raconter, avec la couleur qu'il met dans ses récits, les détails de ce désastreux événement. L'n jour, M. de Guébriant voulut « aller reconnaître un. poste fort exposé pour y placer une batterie ». Pontis le conjura de n'y pas aller « de peur de n'en pas revenir ». Guébriant l 'écouta ; Pontis s'y rendit à sa place et constata que le lieu était propre à l'emplacement d'une batterie ; mais, en faisant sa reconnaissance, il eut un moment d'émotion. « Je découvris en même temps, dit-il, comme une espèce de fenêtre, sur laquelle était pointée une couleuvrine qui me menaçait personnellement. Je me trouvai un peu embarrassé, craignant également d'avancer ou de reculer, de peur de trouver la mort de côté ou d'autre. Enfin néanmoins, comme ce covip était réservé à un maréchal de France et non à un simple capitaine comme moi, je me sauvai sans recevoir aucun mal. Je fis mon