‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 128 sur 159 · Afl'. Elr. et citt'; pnr M. Vandal · texte numérisé non relu

Afl'. Elr. et citt'; pnr M. Vandal

LA MAi<i;<;ii.VLi' ni: Gri;i!iiiAM l)L•KA^T son vkuvage 455

On est en carême. Ecoutons Le Laboureur raconter une scène de la semaine sainte à Varsovie. « Toiile la semaine sainte, dit-il, nous fûmes témoins du zèle excessif lies i^olonais, et [)arliculièrement du peuple, qui s'écorche de fouets dans les églises. Tous les samedis de carême, suile soir, ils ne man(|uaii;ut jamais de se fustiger ainsi ; nuiis dc{)uis le mercredi saint jusques au jour de PAques, c'était une chose pitoyable de les voir aller par dixcrscs compagnies do ciu(|uante et de cent, a()i'ès un crucifix, les disciplines au côté teintes de sang, plusieurs desquelles avaient des pointes de fer, luii'laul horril)l(^mcnl [)a[- les ru(,'S et cherchant les églises tout le jour et la nuit avec des vilains llaml)eaux de poix. Ils étaient velus d'un capuchon [)ercé à l'endroit des yeux, avec un froc de même toile blanche, ou bien de toile noire, semé d'ossements, et de teles de luorl blanches, avec ces mots : Memenlo niori. Le vendredi saint eutre autres, ils ne cessèrent de se fouetter dans les églises de la ville et des faubour<j:s, oii ils entraient avec cette prière: Jesa jiiiis. ,/es/i foi-tis, Deiis immortnlis, miserere nobis. Ils se ct)ucliaienl après, le ventre contre terre, et baissaient aussi ieuis croix ; puis se relevant, ils se découvraient les épaules nues, et s'escourgeaient rigoureusement l'espace d'un lamentable miserere, et l'on en voyait plusieurs dont les plaies étaient enfoncées de l'épaisseur d'un doigt. Ce (|ui se faisait dans la ville se pratiquait encore à la campagne avec [)lus d'austérité... »

Il faut enlin songer à retourner en France. M. de Brégy a regagné I)aiil/.ig; révè(|ue d'Oiange a déjà repris la route qu'on avait suivie pour venir. La maréchale était également fort pressée de s'en aller et d'emmener sa nièce « qui estoit une autre espine », dit le secrétaire de ?s'oyers. (biel(|ues seigneurs polonais étaient « esperdument ainounuix d'elle». Llle a\ail un «succès fou )),éci'ira Le Laboureur. Le grand lièsorier de Lithuanie, Boguslas Sluszka, désolé de son prochain départ, demanda sa main par l'intermédiaire du roi

lui-même ; mais la maréchale refusa, donnant comme prétexte le manque de consentement de la reine de France, dont Anne de Guébriant était demoiselle d'honneur. Gomme il désirait <( passionnément cette alliance », le grand trésorier promit de se rendre à Paris « avec une snite magnifique et telle qu'il convient à un seigneur de sa naissance et de sa qualité, estimé le pins riche du Pioyaume ». La mort prématurée de la charmante Anne allait arrêter court ces projets de voyage.

La comtesse de Guébriant eut son audience de conffé. « Dites à Leurs Majestés très chrétiennes, dit Wladislas à l'ambassadrice, que je n'aurais pu recevoir une plus belle marque de leur amitié qu'une épouse aussi accomplie. » Dans le ménage royal la glace était rompue. Tout d'abord, selon de Noyers, le roi ne témoigna pas avoir grand amour pour sa femme, « vivant pourtant avec elle dans cette froideur avec civilité, à la mode du pays, qui n'est pas fort grande, en cette maison et en petits voyages de chasses, en attendant le temps d'aller à Cracovie pour la coronation (couronnement;, les reines n'étant que fort peu considérées en Pologne sans cette dernière cérémonie, qui les rend capables de l'apanage que la Piépublique leur donne après par l'autorité d'une tliète générale ».

L'ambassadrice allait partir. Uyeut, à cette occasion, comédie en italien, puis souper; on salua le roi : on lui baisa les mains. Le 10 avril, jour fixé pour quitter Varsovie, Wladislas envoya le comte Denliof complimenter la maréchale en son nom ; la reine vint lui dire adieu ; tous les grands de la Cour, les dames, les députés des principales villes en firent autant. Le roi lui ofTrit plusieurs beaux tapis de Perse, en or et soie, ainsi qu'un « attelage de chevaux tygres ». Mlle de Guébriant reçut une rose en diamant ^.

Au moment où l'ambassadrice de Louis XIV descen-

1. Parlant de l'ambassade de Mme de Guébriant. Tallemant des Réaux écrira dans ses Hislorielles : « La mareschale de Guébrian et l'évesque d'Orange, qui lavoienl accompagnée (la reine), comme ambassadeurs du Roy, en revinrent fort mal satisfaits. L'évesque n'eut

(lait 1 escalier du l'alais-Hoval pour uKjiilcr eu carrosse, l'évoque de Posnaiiie, v<Hu d'ornements pontificaux, lui donna sa hcn<!'diction, honncui" réservé aux souverains. D'une i'enétic, le loi. (jui était malade, et la reine .Marie la rci^ardéicnl se nicllrc en loute. Le nonce du pape, l'amhassadeui' de \ enis(\ le prince lîadzivill, grand cliamlxdlan de Litliuanie, Adam Ka/anowski, grand maréchal de la Cour, et d'autres personnages de marque étaient présents. De nombreux gentilshommes à cheval l'accompagnèrent à {jU(d(|ue dislance hors des murs. 11 était 5 heures du soir lorsque Mme de (juébriant et sa nièce franchirent les portes de \arsovie pour aller coucher à ce château de l''alenty,oii Marie de Gonzague, quelques semaines auparavant, a\ait tlù s'arrêter par ordre de son futur époux avant d'entrer dans la capitale de la Répul)li([ue polonaise. (^)ue d'anciens et poignants souvenirs n"évo(|uail pas ce lieu ! Que de nouveaux regrets n'y apportait-on pas ! En arrière et dans l'inconnu de la vie restait une princesse jeune et séduisante (|u'(Ui ne devait plus revoir.

Le retour eut lieu puv la lloiigrie, 1 Auliiche. la Styrie et la Çai-inthie, le l-rioul. La maréchale parcourut l'Italie, s'arrétant à Venise, l'adoue, l erraie, Bologne, lUmini, Ancône, Lorette, l»ome. Sienne, Pise. SubilfMuent Anne de (luébrianl lond)a gravement malade. 1. Ile fui portée en litière jus(|u'à .Massa, on l'on dut lester 36 jours. Les médecins jugèrent, un mome'ut, son état désespéré ; mais la jeunesse semJ)la triomphei-du mal. Mme de Guébriant profita d'une aihélioration pour gagner Lerici, port voisin, la convalescente faisant le trajel couchée sur un ])rancard. Entre Lerici et (jènes, elle na\ igua sans encombre, sur une felou<|ue, par une mer calme ; mais, dans cette dernière ville, elle attendit "20 jours le rétablissement de sa nièce.

Les voyageurs leparteiU. De Ciènes, sur les galères de cette République, ils se dirigent vers Savone, puis

que ((uelques pièces de vaisselle d'argent de peu de valeur, et madame de Guébrian que deux tapis de soye relevez d'or. » Cette remarque vaut ce que vaut une historiette.

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vers San Reino, que Jean Le Laboureur appelle, dans son enthousiasme de touriste, une « enchanteresse cité, au milieu des palmiers et des jasmins, des orangers et des citronniers, exhalant la plus suave odeur... lieu de séjour le plus délicieux d'Italie ». Ils atteignent Menton, qui, selon le même historien, « ne le cède point à San liemo en beauté ni en fertilité de passage et est de beaucoup mieux bâtie et dans une situation plus unie ». Quarante coups de canon saluent, à leur entrée dans le port de Monaco, les galères de la maréchale, qui répondent aussitôt ; pendant quelques heures le rocher célèbre prend un aspect de fête. On relâche à Villefranche ; on passe devant les îles de Lérins — Saint- Honorat qu'habitent des moines dans leur vieille nbbaye ; Sainte-^Iarguerite et son château aux solides défenses. — A Toulon, M. dlnfreville, intendant général des mers du Levant et du Ponant, s'avance en felouque à la rencontre de Mme de Guébriant ; les consuls de la ville, avec leurs chaperons de velours cramoisi, l'attendent pour la complimenter ; le canon tonne. La maréchale descend chez ^L de Burgues, viguier de Toulon, et, le jour suivant, dTnf reville donne, en son honneur, un somptueux repas.

De Marseille, la comtesse deCxuébriant remonte vers Paris par le Ilhône, Lyon, la Saune. A propos de cette rentrée dans la capitale après une si longue absence et tant de péripéties, Le Laboureur s'exprime ainsi : « Chacun de nous estant tellement estourdy et des navires et du batteau, qu'il nous sembloit que la terre tournoit continuellement autour de nous et qu'il nous fallut tousjours suivre cette roue d'un mouvement perpétuel. »

Peu après son retour à Paris, un grand malheur vint frapper la maréchale; Anne de Guébriant, qu'elle chérissait comme sa propre enfant, reprise de son mal, décédait à la (leur de l'âge ^ •

]. On lit dans la Muse hislori<iiie du gazetier Lorel, à l'occasion du retour de Pologne :

« La maréchale 'ie Gui'hrianl Avec un œil assez riant

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