‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 127 sur 159 · Maryaienka..., juiiK. \\ ai.iszkwsui · texte numérisé non relu

Maryaienka..., juiiK. \\ ai.iszkwsui

gage de l'union des deux Couronnes et de vos amitiés. » A l'instant môme le mariage a lieu. Conformément au désir exprimé |)ar la Cour de France, on y rend à l'ambassadrice de Louis XIV, ainsi qu'il sera fait dans tout le cours de sa mission, les mêmes honneurs qu'on avait jadis accordés à Claudia de Médicis, archiduchesse d'innsbruck, amenant à Varsovie la première femme du roi Wladislas, Cécile-Renée d'Autriche. Les cérémonies terminées, les époux royaux traversent la longue nef pour entrer au château, communiquant avec l'église. Ils pénètrent dans Tappartement qu'on destine à la reine, glacial, sans ornementation, d'aspect sévère. Le roi et son frère, la reine Marie et Mme de Guébriant y trouvent un souper préparé. « C'était un repas de viandes, dira la maréchale, effroyables à la vue et mille fois pires au goût. » On parle peu, parce qu'on ne se comprend pas '. Le roi demeure très digne et préoccupé ; le repas fini, il rentre dans ses appartements. La reine et la maréchale, qui logent à côté l'une de l'autre, restent effondrées à la vue dune telle froideur. Alors la pauvre souveraine, s'approchant de ^Ime de Guébriant pour ne pas être entendue des suivantes étrangères, lui dit à voix basse qu'il vaudrait mieux retourner en France.

Fêtes et festins se succédèrent néanmoins ; une légère détente se produisit. Mais les intrigues continuaient sourdement, et le roi refusait toujours de voir sa femme en particulier. Un extrême découragement s'empara de la malheureuse reine ; la comtesse de Guébriant veillait heureusement auprès d'elle. A mesure que les jours s'écoulaient, le ressentiment du roi paraissait faiblir; l'avenir s'entrevoyait déjà un peu moins sombre, lorsque tout à coup la situation faillit se gâter encore davantage, du fait de Mme dAubigny, appartenant à la suite de Marie de Gonzague. Jalouse de l'affection que la souveraine accordait à Mmes de Langeron et des Essarls, elle fit indirectement prévenir

1. A la Cour de Varsovie on parlait couramnienf l'italien depuis la reine Sforza, mère du dernier .laeellon.

LA MAniXIIALi; DE GUKUniANT Ol HANT S<t,N \ EIVA^^E ir,:i

Wladislas que celles-ci avaient servi hi reine dans ses intrigues galantes. IJasse rancune de femme ! Le roi ne se tint |)lus de colère. C élait rou\iir bruscjuemenl une blessure qui lentement se cicatrisait, lui lappeler un odieux passé, aucpiel il s'elTorcait de ne pas ci'oii-e sous peine d'entacher son honneur. l*eut-ètre aussi n'était-il pas fâché de saisir un prétexte pour soustraire enlin sa femme aux iiilluences étrangères ! Le lendemain il donna 1 ordieà toutes les suivantes de la reine de (juil ter la Pologne, ne faisant d'exception que pour Mme d"Aubigny. (^ette nouvelle lit explosion : Marie de(/onzague se crut perdue. — On commence par ses compagnes ; la même sentence ratteiiulra-t-elb' plus tard ? — Le vicomte de Brégy et le comte Dt'uhol" n'arrivant pas à voirie roi, lui écrivirent ; mais Wladislas resta inébranlable dans sa résolution. Là cependant où ils éclnuierent, une femme réussit. La maréchale de Guébiiant demanda et oljlint une audience, et, comme le roi parlait d habitude litalien, .Mlle de Guébriant servit d'interprète.

Après de nombreux compliments de part et d'autre, le roi se calme enlin, grâce peut-être à la charmante interprète ; on s'explique, et les choses s'arrangent. Les compagnes de la reine demeui'eront à Varsovie. « Il fallut du temps pour faire changer cet ordre, aucjuelon travailla si heureusement, dit Le Laboureur, que le roi consentit que la reine en lit à sa volonté, ayant su qu'elle pleurait fort et ressentait fort ce déplaisir. » Le Laboureur raconte encore qu'après cette audience, Wladislas ne cessa de louer l'esprit et la vertu de Mme de Guébriant, déclarant à toute sa Cour (ju'il élait obligé au roi Louis XIV d'avoir choisi, pour amener la reine, une femme « d'un sens si extraordinairement rassis, d'une vivacité d'esprit si agréable et si sincère, et d'une dextérité si judicieuse », ajoutant que les dames françaises surpassaient en perfection celles d'Allemagne et d'Italie qu'il avait pu connaître.

Ce furent ensuite les intrigues de deux individus, qui, sortis de bas, aimaient à travailler dans l'obscurité : Patz et Plattenberg, avides de jouer un rôle. La maréchale était parvenue, non sans peine, à faire éloi-

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giier de Varsovie ^[lle (rKckeiil)erg, fille de condition inférieure, installée depuis quelques mois à la Cour, et (jui jouissait d'une grande influence sur le roi. Patz et Platlenberg qui, par elle, s'étaient élevés jusqu'à d'importantes places, tentèrent de la remettre en faveur i dans leur intérêt propre. N'ayant pas réussi, ils cherchèrent à ruiner le crédit de la nouvelle reine auprès' de VVladislas, et, dans ce but, jetèrent les yeux sur la ravissante Anne de Guébriant, qui faisait sensation à Varsovie et i)laisait fort au roi. Le mariage de la reine Marie n'étant pas consommé, peut-être arriveraient-ils à leur fin ! Plattenberg était de ceux qui fournissaient de « bonnes marchandises » au monarque. Anne de Guébriant ne voulut rien entendre; la tentative échoua mais eut du retentissement. « Tout le monde en parlait assez haut », dira M. de Noyers.

Les jeunes Polonais entouraient beaucoup la nièce de Mme de Guébriant. Us rivalisaient pour en être remarqués, s'ingéniaient à briller à ses yeux et à lui plaire. Un pareil succès mettait la maréchale dans un cruel embarras, bien qu'elle eût pleine confiance dans le caractère et la vertu de sa nièce. Cependant, elle ne voulait pas retourner en France avant que le mariage royal ne fût consommé. Comme le roi, sur ce point, restait toujours indécis, elle dut encore agir sur son esprit dans une circonstance aussi délicate. Enfin tout eut lieu suivant l'ordre des choses. La princesse Alarie étant dès lors réellement la femme de WTadislas, Mme de Guébriant pouvait quitter Varsovie; sa mission avait pris lin. « Je me crus obligée, écrivit-elle triomphante à Mazarin le 8 avril 1646, de faire connaître à Sa Majesté, le plus civilement que je pus, que je ne partirais pas entièrement satisfaite si je n'apprenais auparavant raccomplissement de son mariage. Le roi témoigna ([ne ma prière ne lui était pas désagréable, et me mandant le lendemain qu'il allait voir la reine, je m'y trouvai en même temps et ne sortis point de la chambre que je n'aie tiré le rideau de leur lit '. »

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