‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 131 sur 159 · L.\ MARl.CIlALi: I)K fJUKURIVNT DIRANT SON VKLVAOE · texte numérisé non relu

L.\ MARl.CIlALi: I)K fJUKURIVNT DIRANT SON VKLVAOE

L'AFIAIIiK DE lîniSAriI ' 1 (151 - 1 ()53)

l'^n IGlô, M. de Cliailovoye succcclaiL au Ijaruii tlU}- -oiiville eu qualité de lieutenant de roi à Brisach. Brilliiiit oflicicr-, ayant donné maintes preuves de dévouement et des inartjues caractéristi(|ues d'expérience et le capacité dans les ad'aires de guerre et d'adniinistral!on, il joiiissail alors de la confiance gcMiérale. A la I j>ur on IVî^iliinail tout particnlièieinent, et c'c'tait en li'rmes exti'èinenient flatteurs pour lui (|iie Ma/aiin le I «'Commandait au maréchal de Turenne'.

l'eu de temps a|)rès la mort du baron d'iM-lach, sur- \ t'uue le 20 janvier 1650, le gouvernement de Brisach <•( hut à Gabriel de Cassagnet, marquis de Tilladet, maréchal de cam[) d<'puis i()45, beau-frère de Michel \a\ Tellier". (^harlevoye vit d'un très mauvais aùl la |»rochainé arrivée du marcjuis de Tilladet, la charge de :;t>uverneur devant plutôt revenir à lui-môme, croyait-il, » ar, non seulement il s'était donné beaucoup de peine 1 Brisach sous le commandement du général d'Erlach, mais encore, depuis son tlécès, il avait agi de tout son (ledit sur la garnison pour maintenir l'ordre dans la place et « empêcher que cet accident n'y apportast du iliangement ». A la Cour même on lui savait « beau- ( (Mip de gré » de son excellente attitude en cette occasi(in ; on comptait sur son bon esprit et sur son entière soumission aux volontés du Uoi.

Une lettre, qu'il recevait de Mazarin le 1'^ mars I(i50,

1. Lettres du cardinal Mazarin, |)ul)l. [i.ii' A. Ciii':iuel.

2. Tilladet, marié à Madeleine Le Tellier. Mourut, en 16fi0. Eut 2 enfants : .lean-Mapli^^te de Cassagnet. marquis de Tiliailef, maître de la i^arde-rohe du Roi ; lieutenant général en 1(J7S ; capitaine des (>ent- Suisses lors de la démission du marquis de \ ardes en 1679 : mourut en lt>92. Gabriel de (lassagnet, chevalier puis marquis de Tilladet ; chevalier de Malte; lieutenant généial en 1<J88 ; mourut en 17(J2.

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se terminait ainsi : « Au reste, Monsieur, je m'assure que vous serez aussi peu fâché de la promotion de M. de Tilladet au gouvernement de Brisach comme il a de satisfaction de vous y savoir établi : il se promet que vous l'aimerez, comme je vous en supplie tant parce qu'il le mérite que poui" l'amour de moi ; et je suis la caution qu'il vous en donnera tout sujet, il partira incontinent pour en aller prendre possession* ».

Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, aurait également voulu s'adjuger le gouvernement de la forteresse de Brisach. Mais on ne l'entendait pas ainsi ; Brisach et ses dépendances, le Brisgau et le Sundgau, devaient rester séparés de l'Alsace. « Le Roi. écrivait-on à Tilladet le 30 juillet, n'a point besoin de s'expliquer sur les dépendances de votre gouvernement ni sur le pouvoir de ^L le comte d'Harcourt qui porte en termes exprès qu'il est gouverneur de la Haute et Basse- Alsace, à la réserve de Brisach et de ce qui en dépendait lorsque son pouvoir lui a été expédié. » Et Mazarin précisait : M. de Tilladet a le « pouvoir de Brisach en la même forme que M. d'Erlach en jouissait ». Le comte d'Harcourt ne peut donc fonder de prétentions sans montrer « une amplification de pouvoir expédiée depuis votre provision, ajoutait-il à Tilladet, ce qui n'est pas et ne sera point du tout ; agissez, s'il vous plaît, sur ce fondement avec civilité sans relâcher de quoi que ce soit ». Les termes sont formels. La Cour ne veut, pour commander à Brisach, ni du comte d'Harcourt, ni de Charlevoye -.

Les choses allèrent cependant de mal en pis. Entre Charlevoye et Tilladet le désaccord s'accentua de jour en jour. Charlevoye même se tourna du côté de M. d'Harcourt afin d'en obtenir assistance, et le gouverneur d'Alsace lui prêta une oreille favorable. La position du marquis de Tilladet étant devenue intolérable, on se préoccupa vivement à la Cour de la situation périlleuse de Brisach. Charlevoye, sur lequel on

1. Bibl.Nat. fTr. V. 420.Ô-48 (Mazarin) à Charlevoye ; 13 mars 1650.

2. Bibl. Nat. flr. V. 4i'21-l.î8. A M. de Tilladet. 30 juillet Ui.ôO.

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comptait tant jadis, inspirait maintenant iino Icj^itime méfiance. Ponr saisir rautoiitë dans la place, n'ctait-il pas capable de faire un compromis avec l'étranger, de trahii ? Ola ne semblait pas impossible, l.e cardinal Ma/;irin, dont la position était rendue assez jjrccaiie par les cabales qui se renouvelaient perpétuellement contre lui, entreprit de s'assurer pour lui-même le gouvernement de Brisacli par la démission de 'J'illadet. Il aurait de la sorte une retraite bonorable et sûre. « J'y ay tousjoiirs eu ma visée, écrira-t-il à M. de Lionne, ce (|u'il (Tilladet) pourroit aysémcnl appi'cndre de vous et de M. Le Tellier mesme, qui, iorsfju'on le donna (le gouvernement') à son beau-frère, me promit positivement que j'en serois le maistre quand je voudrois, et avec telle rescotnj)ens(' (pril me plairoit ; ce ([u'iî m'a encoi-e depuis j)lusi('urs fois ratifié. » Hrisach a\ ail donc h(jis ((tnipclileiii's avoués. Le sieui' liarlet, ignoiant les vues du caidinal sui" Drisacli, croyant arranger l'affaire, avait ])roposé à ce dernier de pousser le mai(|uis de \'ardes, neveu de la maréchale de Guébriant, au gouveinement de Brisacli dont il pourrait « rescompenser » ^L de Tilladet *. Mais., loin de songer à favoriser les désirs deVanles, Mazarin tàchaitau contraire, comme il l'écrivait, de s'assurer c< un lieu de retraite en cas de besoin ». Aussi chargea-t-il Michel Le Tellier d' « ajuster la chose » avec son beau-frère. 11 comptait également sur lui pour parler à Mme de Guébriant qui jouait dans cette ad'aire un rôle qu'on soupçonnait fâcheux sans pouvoir le préciser. 11 fallait la gagner, car elle pouvait être très utile « en mesnageant l'esprit de Charlevois au point qu'il sera nécessaire ; m'engageant, ajoutait Mazarin, en mon j)articulier, d'estre le solliciteur auprez de la lleyne pour les intérests de mes-

1. B;u-tet, Béarnais de basse origine, médiocre avocat à Pau, intelligent, fat, retors, parvint à se faire le confident par excellence de la princesse palatine, Anne de Gonzague, à entrer dans les bonnes grâces de la marédiale de Guébriant et dans l'intimité de la régente et de Mazarin Disgracié avec Fouquet, resté éloigné de la (^our durant 30 années, il y reparut en 161 u. et mourut plus que centenaire en 1707. [Hisl. des Princes de Condé, par le duc dWcMALE, t. Vl-72, noie).

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sieurs ses neveux », le marquis de Vardes et le comte de Moret'. « ÔO.UOO escus ou 200.000 livres à "tout rompre, disait-il en mai 1651, sont au delà de ce (|ue M. de Tilladet pourroit jamais prélondre"-. ■>

Quelques jours j)liis lard, le G juin, Ma/ariu s'adressait de nouveau à M. de Lionne :

« Ce de quoy je supplie encore la lieyne, est de j)rendre le gouvernement de Hrisach pour sauver cette place et pour m'asseurer, en tous cas, une retraite honorable, afin que je ne demeure pas tousjours exposé, avec peu de dignité pour Leurs Majestés (et) grande honte pour moy, d'aller tousjours errant d'un costé et d'autre, et en de continuels périls et contrainctou à me retirer dans un couvent, ou, estant en public, faire une despence à laquelle il m'est impossible de fournir... Un nouveau surintendant donnera, en un instant, ce qu'il faudra pour rescompenser M. de Tilladet, qui sera ravy de sortir d'embarras et avoir une somme pour employer à rescompenser quelque autre gouvernement, ou quelque charge, avec asseurance d'avoir un bénéfice pour un de ses enfants, au premier rencontre 3 ...»

Mazarin ne doutait pas que les conseils donnés àCharlevove ne vinssent de Paris même, aussi écrivait-il à Le Tellier : « Comme nous sommes en un temps qu'il semble que tout se doibt faire impunément, je crains que, si on n'y apporte un prompt remède et bien efficace, le Ivoy court grand risque de pei'dre la place, et M. de Tilladet, le gouvernement. » Le plus pressé est d'acheter la charge de Tilladet. On lui donnera une somme assez ronde, et on promettra une riche abbaye à l'un de ses enfants '. Ceci fait, ne pourrait-on pas

1. François du Bec-Crespin, marquis de Vardes, qui fut, dans la suite, gouverneur d'Aigues-Mortes ; Antoine du Bec-Crespin, comte de Moret.

2. L'jtlresdu cardinal }f azar in. poh. par A. Chkruel. Mazarin à M. de Lionne ; Briilil, 2'.) mai Itîôl.

3. Lettres du cardinal Mazarin, pul). \>!\v A. C.MÉiwr.L. Mazarin à Lionne ; Bruld, G juin Itj.")!.

4. Lellreu du cardinal Mazarin, puljl. pur A. Ciiérikl. Tiré de Bibi. Nat. ffr. V. 6K86-174. Mazarin à Le Tellier ; Briihi. «juin KirA.

envoyer à Brisach le maréclial de la Ferté pour « assu- Ki" l'affaire » ? « Mais je crains fort Gharlevois, disait I inore Mazarin, estant alerte comme il est et sentant -a conscience blessée; je crains qu'il n'en arrive quel- .|ii(' malheur à M. de Tilladet et par conséquent à l'es-

Le 4 juillet 1051, le ministre suppliera Le Tellier de ^ intéresser à Brisach et d'empêcher C-harlevoye, <» qui . -^l asseurément fomenté de passions, d'ajouster de inMiveaux crimes à ceux c[u'il a desjà commis*. » Le ( ii-dinal était hanté par l'idée d'avoir cette forteresse |)<mr lieu de refuge, de préférence à tout autre, à cause (le sa position frontière '.

Dans une lettre qu'il adresse également le 4 juillet a M. de Lionne, Mazarin se montre fort précis. M. Le Tellier, y dit-il, lui a écrit en chiffres que Gharlevoye n'agissait à lîrisach qu'à l'instigation de la maréchale de Guéhriant, « qui voudrait faire tomber le gouvernement entre les mains de son frère ou de M. de Vardes», son neveu '. On croit donc voir un peu plus clair dans l'intrigue ; on espère arriver à dénouer peu à peu le nœud de la situation, à préciser les responsabilités ; la maréchale ap[)araît en coupable. Que faire? Le temps presse; il s'agit de traiter au plus vite avec Gharlevoye. Lui, Mazarin, à la tète du ministère, ne peut se rendre dans la place pour discuter avec un lieutenant de roi; il y va de sa dignité, et ne l'accuserailon pas d'intelligence avec Gharlevoye dans la sédition qu'il a suscitée pourchasser le gouverneur''? D'autre part, faut-il attendre que Gharlevoye lui ouvre les portes de Brisach? lien resterait bien a toute la vie

1. Lellres du cardinal Mazarin, pub. par A. Ctiéruel. Tiré de Bibl. Nat. ITr. V. «S,st;-178. Mazarin à Le Tellier: Briilil. 13 juin l(i.")l.

2. Ibidem. Tiré de BihI. Nat ITr. V. 420!t-2C.8. Mazarin à Le Tellier; Briihl, 4 juillet HwL

3. Ibidem. Tiré de Bibl. Nat. ITr. V. «887- 1«. Mazarin à Le Tellier; 11 juillet KJ.-.l.

4. Ibidem. Tiré de AIT. F.tr. France. V. 2fi7-473. Mazarin à Lionne ; Brûhl, 4 juillet ir..-,L

.5. Lellres du cardinal Mazarin, pub. par .\. Chéruel. Tiré de .\IT. Étr. France. V. 2ri8-21. Mazarin à Lionne; Briihl. 17 juillet 16.51.

dehors». 11 pense donc indispensable « de chastiei exemplairement ledict Charlevoys- » ; mais comment!' liartet, il est vrai, colnptant sur l'amitié de certaines personnes ayant pouvoir sur l'esprit de Charlevo3'e, demande qu'on le charge de cette affaire 2.

On n'emploiera pas Bartet, mais la maréchale de Guébriant elle-même. Pour la faire entrer dans leurs vues, la régente et Mazarin vantent donc ses talents de diplomate; n'a-t-elle pas fait merveille à Varsovie ! On n'en attend pas moins d'elle aujourd'hui; elle a du crédit auprès de Gharlevoye, ancien aide de camp de son mari, et elle jouit d'un grand prestige à Brisach; personne n'est plus capable de mener les choses à bonne fin. Flattée de la confiance que la lîeine et le ministre lui accordent, heureuse de jouer encore un rôle, elle se rend à Brisach, munie d'instructions secrètes, et sous prétexte d'un mécontentement avec la Cour.

Pour arriver à son but, Mme de Guébriant use d'un moven tout à fait original. Connaissant le goût de Gharlevoye pour le sexe féminin, elle se fait accompagner d'une très agréable personne, dont le lieutenant de roi tombe bien vite amoureux. Un jour, par ruse, elle parvient h le faire sortir de Brisach pour retrouver la jolie suivante, et des soldats, tirés d'une garnison voisine, embusqués habilement en quelque endroit, s'emparent de lui; la passion l'avait fait manquer à sa prudence habituelle. Mme de Guébriant le fait aussitôt conduire à Philippsbourg, suivant l'ordre royal, pour y être interné. On ne croyait pas trouver un lieu plus sur, puisque le comte d'ilarcourt y commandait. Cependant d'flarcourt, gouverneur d'Alsace et de Philippsbourg depuis la défection de Turenne en 1649, et grand bailli de Haguenau, conservait toujours de secrètes visées sur Brisach.

A la nouvelle de cette arrestation, la garnison de Bri-

1. Lettres du cardinal Mazarin, pub. par A. Chéruel. Tiré de Bil)l. Nat. ITr. V. 6887-23. Mazarin à Le Tellier ; Briihl, 18 juillet 1651.

2. Ibidem. Tiré de Bibl. Nat. pap. lîaluze. V. 332-143. Mazarin à Colberl ; Brùhl, 28 août ICôl.

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