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sacli. <jiii était tr(>s attachée à Charlevoye, parut vouloir se révolter; Mme de Guébriant dut s'en aller à Baie; le comte de Moret, ayant de nouveau pénétré dans la forteresse, y reçut un mauvais accueil. Les représentants de Mazarin, — (|ui avait obtenu de la régente la succession du marquis de Tilladet, — virent les portes se feiinei- devant eux. Des lors l;i marétiiale se contenta de faire surveiller lirisach par les troujtes de cavalerie cantonnées dans le lîrisgau.
D'Ilarcourt feignit d'ignorer les événements qui venaient de se déroulcià IJrisach, au point (|ue, redoutant (|uelques artifices de sa pari, le cardinal crut devoii- lui écrire : « Après y avoir bien fait réflexion, j'ai conclu (|ue vous ne deviez pas a\ oii- appris la gi'àce que le IJoy ma faicte de me donner le gouvernement de Hrisach, (piand vous avez |)ris la résolution de dépescher icy j)Our me faire instance de vous yservii-; et que, scachant combien il y a de temps que je sers, les persécutions que j'ai soull'ertes, les malheurs auxquels sont d'ordinaire exposez ceux qui occupent le poste où je suis, sans que j'aye ny biens, ny charges, ny aucun establissementde quelque nature f|ue ce puisse estre, vostre justice et l'amitié dont vous m'avez tousjours honoré ne vous auroit (sic) j)as permis d'avoir la pensée de poursuivre une chose dont le Roy m'avoit gratifié, et qui me donne la seule retraite que je puis {sic) avoir, en cas de besoin '... »
Quelques jours plus tard, le 21 avril, le lloi expédie deux lettres à Mme de Guél^riant. Il est nécessaire, voiton dans l'une, pour la sûreté générale, de punir exemplairement Charlevoye de « ses crimes, désobéissance et déloyauté notoires », et comme auteur de la mutinerie de la garnison de Hrisach ; elle engagera son procès, « de la manière dont son crime le requieit », « dans le conseil de guerre souverainement et en vinertquatre heures », et foi'a « exécuter sur-le-champ le jugement qui sera rendu contre lui ». Elle s'emploiera
1. Lettres du cardinal de Mazarin, pub. par .\. Chéniel. Tiré de AfT. Elr. Krarice. v 2t>9-101. Mazarin à Harcourt; Gien, 16 avril 1602.
ainsi que son neveu, le comte de Moret, auprès des ofticiers pour les ramener dans le devoir, « voulant, ajoute le Roi^ que vous me rendiez compte de ce qui y aura été fait en cela pour la prompte exécution de ma volonté... » — « Néanmoins, lit-on dans la seconde lettre, néanmoins, en cas que le dit Charlevoye se dispose à faire remettre la place de Brisach en mon obéissance et la garnison dans son devoir, je trouve bon de lui pardonner, et même de lui faire donner la récompense de sa charge K.. «
Malgré ce que lui écrit le cardinal Mazarin, le comte d'Harcourt n'en continue pas moins à faire la sourde oreille. 11 veut Brisach. Aussi entre-t-il en rapport avec Charlevoye dont il a la garde, et lui promet-il la liberté et son rétablissement dans la place s'il consent à l'y faire recevoir comme gouverneur par la garnison. Le prisonnier accepte avec joie. On le tire de Philippsbourg ; on le ramène à Brisach pour y travailler les esprits. La comtesse d'Harcourt et ses enfants lui portent de l'argent. Charlevoye paie des quartiers d'avance à la troupe, ce qui ne s'était jamais vu, et apaise ainsi les plus récalcitrants, ceux-là mêmes qui refusaient hautement de recevoir aucun gouverneur n'ayant provision du Roi. Cette transformation opérée dans les esprits, d'Harcourt, qui fait la guerre en Guvenne contre le prince de Condé révolté, envoie des courriers à Paris ; tout ce qu'il a fait, disent-ils, est pour s'assurer de la place et la remettre entre les mains de la personne à qui le Roi la destine ; il sollicite en attendant un pouvoir de gouverneur. La Cour, qu'il ne parvient pas à tromper, refuse, et se contente de lui témoigner bon gré des assurances de fidélité qu'il donne.
Le comte d'Harcourt ayant mal réussi au siège de Villeneuve-sur-Lot, ses troupes désertent ; celles des rebelles se fortifient ; le parti de M. le Prince reprend
1. Bibl. Nat. fTr. V. 4184-25fi. Le Roi à madame de Guébriant ; Sens. 21 avril H)52. Bibl. Nat. fTr. V. -1184-2^7. Le Roi à madame de Guébriant; Sens, 21 avril 1652.
vigueur. De nuit, accompagné de trois ou cjuatre personnes seulement, d'Harcourt, abandonnant la cause, quitte la Guyenne sans avertir qui cjue ce soit, et, sous un déguisement, avance rapidement vers la Franche-Comté, grâce aux relais qu'il a fait préparer en divers endroits. A Bâle^ « il se déclare el reprend son cordon bleu ». A ceux qui lui demandent ce qu'il a fait en Guyenne, il répond y avoir conquis Brisach. Quebjues jours plus lard il se présente devant cette forteresse dont Charlevoye lui oiïre les clés, et en franchit l'enceinte au milieu des acclamations. « De cette manière, écrira Mazarin ulcéré, il se rend maistre de Brisach, blessant en mesme temps si outrageusement l'authorité du Boy et l'amitié qu il avoit si solennellement promise à celuy à qui il savoit que Sa Majesté avoit promis ce gouvernement'. »
Avant d'être renseigné sur ce que ferait personnellementd'Iiarcourt,on avait jugé dangereux de commencer le procès de Charlevoye, et plus sage — bien que Mazarin en fût extrêmement marri — d'employer la douceur avec un homme contre lequel on ne pouvait rien, servi par la chance, capable de trahir, tout puissant à Brisach. Le 16 août IG.52, le Boi écrivait donc à Charlevoye de continuer les fonctions de lieutenant de roi au gouvernement de Brisach, « auquel, ajoutait-il cependant, je me réserve de pourvoir ci-après ». Cette lettre lui était portée par le capitaine Hambourg, exempt des Gardes du corps, auquel on s'en remettait pour d'autres explications verbales. On préférait, vu les graves circonstances, simuler une entière confiance en Charlevoye, bien qu'il inspirât des craintes sérieuses. Le Boi lui défendait, dans cette même lettre, « de recevoir ni reconnaître quelque personne que ce soit, de quelle qualité et condition qu'elle puisse être, qui se présentera à Brisach et qui puisse prétendre d'y avoir aucun commandement ni autorité, sans vous faire
1. Lettres du cardinal Mazarin, pub. par .\. Cliéruel ; tiré de Bibl. Nat. ffr. V. 6891-222. Mazarin à Le Tellier ; Bouillon, 2-t septembre 16.J2.
apparoir des provisions et ordres pour ces effets signes de moi et contresignés de Tun de mes secrétaires d* Estât ' ».
Les précautions semblaient être bien prises, (|uand on apprit subitement à Paris l'entrée du comte d'Harcourt à Brisach.
La maréchale de Ciuébriaut, dont la mission avait eu d'heureux débuts et un fatal tlénoueinent, avait abandonné la partie et regagné Paris. Ses ennemis rirent de son insuccès et critiquèrent les moyens employés
En 1653, Gharlevoye, toujours dans ses mêmes fonctions, était pris comme intermédiaire dans les discussions entre la régente et le comte d'Harcourt, qui refusait obstinément d'échanger les gouvernements de l'Alsace et de Philippsbourg contre celui de Bourgogne, préférant celui d'Anjou, avec les châteaux d'Angers et de Pont-de-Cé^, Néanmoins l'opinion que l'on avait de Gharlevoye ne se modifiait pas. jNL de Besmaux, capitaine des Gardes de Mazarin, envoyé auprès de lui pour traiter certaines atïaires, écrivait son impression en arrivant à Brisach : on ne peut se fier aux gens qu'il voit; il y a des traverses sourdes; Gharlevoye est très douteux et faible de caractère. Hérouard, homme adroit et fin, également envoyé par le cardinal à Brisach, n'ose se découvrir à Gharlevoye « de peur qu'il ne dise tout au comte d'Harcourt », et « ne se croit pas capable d'oser rien entreprendre ». Hérouard ne sait pas comment les choses se passeront, mais est décidé à « fere fort le souple » '■^.
1. Bibl. Nat. ITr. V. U8r,-'.)2. Le Roi à Gharlevoye ; 16 août 1652.
2. Le duc de Rohan se démit du gouvernement d'Anjou, que l'on donna au comte d'Harcourt.
De Soissons, le 27 septembre 1653, le Roi écrivait à Charlevoye : « ... J'ai reconnu que les impressions qu'on m'avait données contre vous sont sans fondement... » (Bibl. Nat. ( llairainbault. V. 411-128).
:-i. Bibl. Nat. (ilairaiiibault. V. 411-1:5!». Inslruclions au sieur de Besmuux, allanl à Brisach, 4 novembre Kinii.
Bibl. Nat. Clairambault. V. 441-128. Le Roi à (,:harlevoye ; Soi-ssons, 27 septembre 1653. (Au sujet de la mission de Besmaux).
Bibl. Nat. (llairambault. V. 441-12'.). Inslruclions à part au S. de Besmaux ; Soissons, 29 septembre 1653. Bibl. Nat. Clairambault. V. 4tl- 133. Besmaux à Mazarin ; sans date.