LA DEFENSE DE GLISE
Louis XIII rappela Guébriant, que les habitants de < luise voulaient indc'lininient garder, se croyant invuliKîrables tant qu'il serait avec eux. Longtemps ceux-ci lui resteront reconnaissants de les avoir sauvés ; longtt'iups ils lui conserveront un vivant souvenir. (Quarante ans après leur délivrance, Le Laljoureur écrira : ' Us ont faict des v<i'ux publics pour sa |)rospérité i|ii;ni(l il a vécu, et, à présent encore, ils ont tant de /rie pour sa mémoire fju'ils ne cessent point de |)rier |HMir le repos de son âme, ni d<' publier ses grandes iiftions et ses vertus ^ »
I. Joacliim, comte de (Juiiué, niarécli.il de camii, devitil yumernciiidc i.iiise en janvier 1637. La ville lui lit piéseiil, à son arrivée, de « 18 jal'is d'avoine achetés 84 livres, et donna à sa famille 180 livres à titre i\'- Itienvenue ". Arch. de la ville de (luise. Kegistre des délibérations li.L't-l()37, f» 213. — Hisl. de la ville el des environs de Guise, par ArousTii
M VTTON.
CHAPITIîE III
DE L.V VALTELIXE EN FRANCIIE-COMïÉ (1637)
Situation dans la Valteline. — Le duc de Rohan entre dans les Grisons. — Il est immobilisé à Coire. — Le comte de Guéhriant el M. ci Estampes sont envoyés près de lui. — Traité avec les Grisons. — Les Français doivent évacuer le pays. — Rohan charge Guébriant et Lecques de ramener les troupes en France. — L'armée de la Valteline est scindée en deux. — Rohan reste à Genève. — Guébriant commande la fraction des troupes qui va se joindre au duc de Longueville. — R(jle de M. d'Estampes auprès de Rohan. — Comment Rohan échappe à la Bastille. — Xolice sur Henri II d'Orléans, duc de Lonijueville. — Succès de Longueville en Franche-Comté. — Prise de Lons-le-Saulnier. — Glorieuse campagne de Longueville et de Guébriant en Franche-Comté.'— Sièges de Saint-LaurentdelaRoche et de Bletterans. — Aperçu général.
« Voulant reconnaître les fidèles et agréables services » qu'il a rendus dans sa charge de capitaine au régiment des Gardes, comme en divers autres emplois et occasions, « où il a fait paraître son expérience au fait de la guerre, sa valeur, prudence, conduite, vigilance, fidélité et all'ecLion au service de Sa Majesté ». le Roi élève, le ']'' avril 1637,1e comte de Guébriant au grade de maréchal de ses camps et armées ^ En date du même jour, il lui ordonne d'aller rejoindre le duc
1. Arch. hist.. Guerre, V. 42-8.5. Brevet original sur parciiemin. Saint- Germain-en-Laye, 1" avril 1(537; AIT. Ftr.. France, V. 82<;-204. Chavigny à de Noyers; 10 mars 1037. « Sa Majesté juge aussi très à propos de faire maréchaux de camp, MM. Dannevoux et de Guébriant pour les faire servir à la Valteline. Elle n y a fait nulle difficulté. » Le baron de Dannevoux commandait alors à Montbéliaril un régiment de 1-t compagnies;.
DE J.\ VALTKI.INE KN FnANCnK-COMTK 48
(it' Rohan en \'alteline, « où il y a présentement sujet (l'jigir ^ ». Sitôt la présente lettre reçue, (luébriant devra partir en toute hâte, et les services qu'il rendra seront « tenus en pai-ticulière considération- ». Les événements qui se déroulaient en \ allelinc prenaient une tournure singulièrement grave.
Jadis cette conti'ée faisait partie du Milanais; mais les (jrisons et les Suisses, s'élant unis pour chasser Louis XII puis François 1'' iKllalie, et rétablir Maximilien Sforza, lils de Ludovic, dans le Milanais, avaient obtenu de ce prince, comme remboni'semenl de leurs frais, la souveraineté de la N'alteline. Les Esj)agnols, sous prétexte d'empêcher le lutlK'ranisme de s'y implanter, s'en étaient alors emparc's et y avaient élevé des forts. Les (irisons UK'conlents demandèrent secours au roi Louis XIII. Lrbain \ III inleivinl, et recul en dc'*pôt les foils en (pieslion. Louis XI 1 1, voulant les faii-e restituer aux (irisons, envoya le marquis de (^(euvres ! les occuper avec une armée. Le pape, exaspéré du procédé, fit, en l()2."), passer les monts à son neveu, le cardinal Barberini, pour demander la restitution des dits forts, et n'essuya ([u'un relus. De Paris, Barberini se rendit en Espagne afin de tenter un accommodement sur celte épineuse question, et l'allaire ne se termina qu'en 1021), au traité de Monçon, signé par le comte duc d'Olivaj'ès, premier ministre d'Espagne, et du Fargis, ambassadeur de France. On convint que les forts seraient rasés, et que les Grisons demeureraient souverains dans la Valteline. Cependant quelques ti'oupes françaises y restèrent.
Pour se rendre du Milanais nu Allemagne et aux Pavs-Bas espagnols, la Valteline était le seul passage commode et naturel. On remontait le cours de l'Adda jusqu'à Bormio, puis on passait dans le Tyrol. Le cardinal Infant avait exécuté par là une marche célèbre depuis Milan jusqu'à Bruxelles, avec une vaillante armée
1. Henri, duc de Rolian, pair de France, prince de Léon (ir)79-lC(":i8).
2. Bibl. -Nat., 500 Colbert, \'. KHt-l. Arch. Holruii. Cité par Le Labourevir. Le lloi à Giiébriarit : Saint-Cerniain-eii-Laye, 1" a\iil 1<)37.
44 LE MARECHAL DE GUEBRI.VNT
de 15.000 homiues, dont le concours avait déterminé] l'importante victoire des Impériaux à Nordlingue sur] le feld-maréclial Horn et Bernard de Saxe-Weimar, lej <) septembre 1634. Aussi, dès que la guerre fut ouver-| tement déclarée par la France à la Maison d'Autriche en 1635, Louis XIII jugea nécessaire d'occuper fortement la Valteline, et d'en interdire dorénavant l'accès a toute armée sortant du Milanais. Pour cette opération délicate, il jeta les yeux sur le duc de Rohan. Nul en effet ne paraissait aussi capable que ce rude guerrier de mener à bonne fin une telle entreprise; il avait déjà rempli une mission dans cette contrée en 1632, et connaissait, mieux que tout autre, l'état de la question et la disposition des lieux. Le projet de cette expédition devait rester momentanément secret. Henri de Rohan eut donc, sans explications précises, l'ordre d'hiverner en Alsace avec ses troupes. On lui recommandait seulement trois choses : surveiller le duc Charles, qui cherchait à franchir le Rhin vers Brisach; ne s'engager dans aucune entreprise de longue haleine; rester en communication avec la Franche-Comté et empêcher qu'elle n'envoyât du blé et des munitions aux Lorrains. Il était en conséquence prescrit au duc d'assiéger mollement Belfort, son attention devant rester toujours attachée sur l'armée de Lorraine. Rohan agit en conformité de ses ordres, mais tandis qu'il investissait la place, tirait quelques volées de canon, et faisait d'inutiles sommations, Charles de Lorraine, trompant sa vigilance, contournait Belfort avec 6.000 chevaux et prenait une avance qui lui permettait de franchir j)eu après le Rhin en toute sécurité.
Le chancelier de Suède. Oxenstiern, craignant de voir arriver de Milan une nouvelle armée ennemie, et les princes d'Italie tremblant à Tidée que les Impériaux et les Espagnols pussent venir les troubler, Louis XIII précipita l'exécution de ses desseins sur la Valteline. Il commanda donc à Rohan de passer droit aux Grisons avec sept régiments de son armée et 4 cornettes de cavalerie, formant 4.000 hommes, pour occuper la Valteline, avec le concours des troupes que M. du Landays,