‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 35 sur 159 · Cité par Le Laboureur · texte numérisé non relu

Cité par Le Laboureur

2. Bibl. Nat.. ÔW Colbert, V. 108-49, ef Arcli. Rolrou. De Noyers î< Guébriant ; Rueil, 7 janvier 1<)39.

GUÉBniANT AU SIKHE DE RIMSVCH 107

France et (ju'il avail eu, comme précieux auxiliaires, Guébriant, Tureniie et leurs braves rcf^imcuLs. De Brisacii il voulait l'aire la cai)itale d'un duch('' (|u'ilse serait créé les armes à la main ; et, dans son intérêt propre, il refoulait les scrupules que lui aurait imposés, à l'égard de la l'rance et en toute autre occasion, le plus simple bon sens. La tâche du comte de (iuébriant fut ardue. .M. de Tlsle, un des ordinaires de la maison du Roi résidant à Strasbourg, lui apporta des instructions détaillées : il seraferme et prudent, temporisera, pénétrera les intentions du prince, et, suivant les circonstances, provoquera de nouveaux ordres.

Guébriant alla trou\er le duc Bernard et ne put d(''couvrir ses idées secrètes ; il en aj)prit cependant qu'il irait prochainement à Paris et réglerait en j)ersonne les points en litige. Se méfiant des pièges qui pourraient lui être tendus à Saint-Germain, le prince revint bientôt sur ce projet de voyage, et mécontenta llichelieu qui pensait effectivement mieux le jouer sui- [)lace. D'Erlach se rendit par son ordre à la Cour, ne décida rien, et le rejoignit avec un sentiment bien net de ce qui se tiamait contre lui à Piueil et à Saint-Germain. Chargé d'ordres sj)éciaux, Ro((ue-Servière fut alors envoyé vers Guél)riant ; mais comme il y avait à communiquera ce général des renseignements secrets qu'on ne voulait pas lui confier, de Noyers jeta les yeux sur Mme de (juébriant, très au courant de la situation, (pii se mit également en route, pourvue d'argent, « un petit ayde, lui dit le secrétaire d'h^tat, pour soustenir partie de vos despenses ». Loin des oreilles indiscrètes, sur la frontière française où il était allé la revoir, durant un têteà-tête de huit jours, Guébriant apprit alois de sa femme ce ([ue désiraient exactement le Boi et son ministre. Avec le duc de Weimar les interminables discussions recammencèrent * .

1. Voir pour le détail do celle question : Episodes de la guerre de Trente ans : Bernard de Sa.ve-Weimar el la réunion de l'Alsace à la France. Beaucoup dauteur> disent que le dur Bernard conquit l'Alsace et Brisach avec rinlerilion de les cétler à la France. C'est une grosse erreur, comme on peut s'en rendre compte.

lOS LE MARÉCHAL DE GUEBRIANT

En proie à la maladie qui devait bientôt l'emporter, Bernard de Weimar réglait entre temps d'importantes affaires en Alsace ; comme les j)ourpai'lers au sujet de la cession de Brisach l'exaspéraient au suprême degré, il interrompit brusquement les négociations. Entre lui et la Cour existera désormais une certaine froideur. Prince de Maison souveraine, il ne voulait pas avoir travaillé comme un simple général pour le compte d'une autre nation ; le Roi, ayant les Weimariens à sa charge, entendait au contraire profiter de leurs conquêtes. A Saint- Germain, on jugea préférable de patienter plutôt que d'augmenter le malaise jusqu'à la rupture, ce qui eût été la pire des solutions; la suite des événements prouva qu'on avait raison. Le général-major d'Erlach devint gouverneur de Brisach au nom du duc de Weimar ; à la prise de possession de son commandement, il dut jurer de défendre cette place» jusqu'à la dernière goutte de son sang », et de n'obéir qu'aux ordres du prince *.

Les troupes françaises ont besoin de repos ; il n'y a plus d'ennemis en campagne ; on est, du reste, en plein hiver. Guébriant envoie la plus grosse partie de ses effectifs au vicomte d'Arpajon, gouverneur de Nancy, qui leur procure des quartiers. Le 27 décembre, il assiste à des réjouissances qui se font à Brisach, « où, dira la Gazette, pour les seules sautez qui se burent au festin, furent tirées sept cens volées de canons, et dix mil mousquetades : car on entendait à chaque santé 140canonades et deux mil salves de mousqueterie, et il en fut bu cinq de la sorte -». Puis, avec les troupes qu'il a

1. Le gouverneur de la forteresse de Brisach avait aussi Tadministration civile du Brisgau. Le duc Bernard allait dorénavant faire de Brisach sa place d'armes, son centre d'approvisionnement, son point dappui dans le'^ futures opt-ralions de guerre. Brisach allait donc prendre une importance encore plus considérable. Il fallait, poui assumer la responsabilité d'un tel ijouvernement, un homme de grande valeur, extrêmement énergique et très sur. GrAce à ses hautes qualités, le baron d'Erlach fut préféré aux autres nombreux compétiteurs, et cependant il n'était que depuis peu au service du prince. Les garnisons, dont le général d'Erlach eut le gouvernement, coûteront annuellement au Roi 400.000 livres, sans compter les pensions aux gouverneurs et commandants des places [Mémoires hisl. concernant le général d'Erlach, 1784).

2. Gazelle du 22 janvier ic>39, n» 10. De Brisach, 3 janvier 1639.

GUEBRIANT AU SIliGE DE BRISACH lOy

conservées par devers lui — quatre régiments français : Vandy, Sauvebcjeuf, Melun, Serres, formant 2.UU0 liommes; et deux régiments étrangers: Schmidberg et Batilly — sur l'ordre du duc Bernard, il court attaquer Thann, dont la prise constitue le dernier succès decette fructueuse et mémorable campagne.

CIIAPITP.E V

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