‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 37 sur 159 · IJalaille de Cheimiil/, U avril U;H · texte numérisé non relu

IJalaille de Cheimiil/, U avril U;H

Tout en es>;iy;ml de se conformer ;ui\ iiislruclintis rt)y;il('s «iiie lui avait remises Si. de l'isle en vue de résoudre l'éiiineiisc (jue>liim de Brisach, Ciuébriant riiercliail le moyen de travailler iilik-mciit. Les corps de troupes sont trop l'aildes ; ne serait-il pas opportun de les fondre ensemble .' l.eRoi l'apiirouve. <■ Néanmoins, lui é<ril-on, ronune il a été reconnu {»ar expérienre <|ue les soldats ipii ont été enrédés et <mt servi dans un corjts sattaciient diflirilenieid à un autre, quelque bon traitement (juils y puisseid recevoir, il serait à craindre (|u'ayant fait état de ces troupes, elles ne vinssent à se débander aussitôt que les officiers avec lesquels les soldats si-raient accoutumés, les auraient quittés ». Avant de le faire, (iuébriani réiléchira donc mûrement. S'il est amené à cette solution, il ne conservera que cinq réuiments au complet et enverra le reste en Lorraine. Il aura soin d'empéclii-r que les soldats qu'il doit garder ne suivent ceux (jui rentreront en France. Aussi serait-il bon de prétexter lenvoi de ces derniers à Colraar ou autres places d'Alsace pour y tenir garnison durant l'hiver. Cependant il retiendra le plus de gens de service et de résolution qu'il pourra dans le but de les faire servir à lirisach. On va remonter sa cavalerie, ordre ayant été ilonné à cet elTel dans toutes les généralités du royaume de lever 2.<mio chevaux dans la première quinzaine de février.

Guébriant renforcera les cin<| régiments d'infanterie : Kébé, Caslelmoron, Vandy. .Melun, Serres, et les conservera sous ses ordres. On prendra, à cet elTet, des hommes dans les régiments de Picardie, Navarre et .Normandie : le restant de ces derniers sera «'ontié aux soins du vicomte d'.\rpajon, gouvi-rneur de Nancy, qui lui donnera une destination.

Bibl. N'at.. ."iini Golbert. \'. ^C-Stin. et Arch. Rotroii. Insirttclionx données à Guébriant; Villeroy, •; Janvier lii:{9. Bibl. Nal., 5<io C.olbert, A'. lu9-2y, et -Vrch. Rolrou. Le lîoi à Guébriant : Versailles, ."j janvier l<!8y. Cité par Le Laboureur.

2. Avant de quitter Pontarlii-r, Guébriard éciivait. de sa main, à Hichelieu : « La confusion que jay de me voir condilé de biens faicts par V. Em. sans m'en estre encore pu rendre digne par quelque très humble service, est une mar<iue du désir passioné que j'ay d'en trouver les occasions, dans lesquelles je ni'eslinieray tiop heureux si en rependanl tout mon sang, je peu vous témoigner que je suis et seray toidc ma vie avec plus de respect et de vérité qu'homme qui vive, de \'. Em... etc. "

BiUl. N'at., r,w Colberl. Vol. 4(î-.%7. et .Vrch. Boirou.

de pied français et 3 régiments de cavalerie allemands, il commande sans retard au comte de Nassau, d'avantgarde, d'aller sommer la place, au nom de Son xA.ltesse, avec promesse d'un bon traitement.

De tous les côtés Nozeroy parait alors menacé. Pvoland de Montrichard, qui commande la ville et le château, essaie de faire passer dans le cœur de la garnison et des habitants son ardeur pour la défense : le danger est imminent ; l'attaque se fera-t-elle par le duc Bernard ou parles Français de Guébriant? Qu'importe! Au plus vite il s'agit de tout organiser en vue d'une énergique résistance. Montrichard s'adresse le 25 janvier aux habitants du val de Mièges ; il leur demande 100 hommes bien armés et munitionnés, qui se tiendront dans le château, prêts à marcher, et qui assureront leur nourriture pour un mois; à cet effet, ils devront constituer un magasin de farine d'orge et de froment ; fournir 12 bœufs et de quoi les nourrir, du sel, 100 bons mousquets, cent chariots de bois pour le corps de garde, « à peine qu'on aille démolir leurs maisons », et 30 chariots de bois de sapin pour la cuisson du pain de munition, 20 grandes chaudières pour cuire la viande des soldats. Il faut aussi promptement 12 maçons, 100 pioches, 100 pelles en fer, 200 seaux, 50 chariots de paille de couchage, 30 à 40 lanternes et 100 livres de chandelle, etc. Si les habitants du val napportent pas ce qu'on leur demande, ils seront regardés comme réfractaires, « attendu que c'est pour leur conservation propre » . Montrichard les laisse décider quelle solde ils donneront à leurs officiers.

Dans la crainte qu'un jour on ne lui reproche d'avoir pris de mauvaises dispositions quant à la défense de Nozeroy, il prenait soin également de faire dresser acte de son ordonnance par « l'honorable JerosineCourdier », notaire de la ville.

Le soir de la publication de cette ordonnance, le 25 janvier, un trompette du comte Guillaume Otto de Nassau venait sommer la place de se rendre. Montrichard s'attendait bien au péril qui le menaçait, mais ne le croyait pas si proche. Le trompette fut congédié. Le

LR DUC DK I.ON(;UEVILLE ET LES W EIMARIE.\S lllî

même jour, npiès une seconde somiuatiou, la cavalerie (le Nassau investit la place ; un bataillon d'infanterie atta([ua le faubourg aïKjuel les assiégés euicnl le temps de niottie le leii. Le 27, le canon battit les murailles. Messagers sur messagers coururent vers le duc ('diarles, et ce prince, pour tout secours, expédia 100 liommes de pied sous les ordres du capitaine de Maiscaux, (|ui riirciil lues ou pris. .Moniricjiard se trouvait aux prises avec de grandes dilMcultés (|ue son extrême énergie paivint à surmonter en j)artie. Sur 000 ()aysans entrés dans la place, 00 à SO seulement avaient accepté de pi-endic les armes. La garnison était donc faible par rapport au nond)r(> des assiégeants. Au.\ mines françaises, le maître architecte IJichard opposait des contre-mines; aux assauts, Moulricbard répondait |)ar des sorties.

De gros canons furent amenés sous les murs, mais, avant de les faire jouer, (iuébriant en avertit Montrichard, lui disant que « c'estoit bien d'autres pièces que les premières, et que s'il en doultoit qu'il envoyast quelqu'un de sa part pour les voir ». Aussitôt Roland de Montrichard répondit (|u'il ne voulait les voir que par leurs effets.

Vu jour, comme Montrichard finissait d'examiner une contre-niine, la tour des Gordeliers sauta, et, par la brèche, les Franco-W'eimariens se ruèrent dans la place. Saisis de panique, hommes, femmes, enfants non armés se précipitèrent en telle confusion dans le château que j)lusieui's d'entre eux furent étoufles et que d'autres tombèrent du |)ont-levis dans le fossé. L'épée à la main, Montrichard arrêta Télan des vainqueurs, puis, avec les autres, s'enferma dans- le donjon. Bientôt cependant, mus par la crainte de n'avoir pas quartier s'ils persistaient dans une résistance inutile, les habitants voulurent se rendre à discrétion. Une cessation des hostilités s'en suivit. Guébriant autorisa la masse des paysans à sortir. Cent et quelques intrépides restèrent seuls dans le château, décidés à se défendre encore.

Le comte de Guébriant somma le château, et Mon-

Iricluiid répondit tle nouveau qu'il voulait sentir l'effet du feu. Alors sur la porte de la cour basse se braquèrent les canons français, l ne brèche s'ouvrit le 4 février, après quoi parut un parlementaire, offrant aux assiégés une honorable conn)osition. Montrichard assembla ses officiers, et Ton décida que, le nombre des soldats étant trop restreint pour garder la brèche et pourvoir à la défense par ailleurs, il était de toute nécessité d'accepter les propositions faites : sortir de la place avec vie sauve, armes et bagages ; l'honneur des femmes el des filles conservé; être envoyés dans la ville de Besançon.

Le même jour, on signa la capitulation. Dans la soirée du 4 février, Roland de Montrichard rendit donc le château au comte de (uiébriant, et en sortit fièrement avec armes el bagages, a la tète de sa petite garnison de 120 hommes, dont 80 prirent aussitôt du service dans les rangs ^veimariens.

A peine hors de la ville, la colonne comtoise fut pillée et maltraitée à la vue de Guébriant, par les soldats français eux-mêmes. Outré de pareils procédés qui le faisaient manquer à la parole donnée, l'honnête ( iuébriant mit l'épée à la main pour faire restituer à Montrichard et aux siens ce (jui leur avait été enlevé. Aussi crut-il prévenir de tels désordres en donnant aux vaincus une escorte de 22 cavaliers. Mais, à quelque distance de là, ces cavaliers n'eurent pas honte de dévaliser eux-mêmes ceux dont ils avaient la garde ; Montrichard envoya rapidement prévenir Guébriant, qui dut parler sévèrement '.

M. de la (>ourt resta pour commander àNozeroy, dont le comte de Guébriant reçut le gouvernement au mois de mai -.

Les troupes lorraines, campées à proximité dans le but de secourir au besoin Nozeroy, s'empressèrent de

1. Arcliives de M. le comte de Montrichard. Gazelle exlraordinaire du 22 lévritT UV.i'J, n" 22. Mercure français, 1639.

2. Gazelle du 12 mars 1639, n" 31. M. de Court était attaché à Guébriant.

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