LK DUC DE LO.NGUEVILI.E ET LES WKIMAKIENS
fuir sur Hesauçon. (luébriant, que le duc Bernard laissait libre d'opérer à sa guise, enleva divers châteaux, assez petils il est vrai, mais tort utiles au passage des troupes en Franche-Comté et autres régions voisines. Leur piise lui ouvrait la route de Saint-Cllaude. A la sommation de se rendre, le sieur de l.é/.é, gouverneur de celte j)lace, et les liahitaiits (iiciit la réponse qu'(ui devait attendre de gens de cour : ils témoignèrent vouloir énergiquement se défendre, et renvoyèrent, sans autre commentaii-e, le ti»inip('lle qui leur avait été dé[)uté. Mais, cette démarche leur ayant fait juger qu'ils auraient bientôt les Franco-^\'eimariens sur les bras, ils examinèrent par ([uels moveiis ils se tireraient d'ad'aire ; Saint-Cdaude n'élant pas en état de soutenir un siège, ils employèrent un stratagème. Ils proposèrent à Guébriant une suspension d'hoslilités, et lirenl intervenir les autorités de IJerne pour obtenir la neutralité. En même temps, ils travaillèrent courageusement à de nouvelles foilifications, occupèrenl les passages donnant accès dans Saint- Claude, el appelèrent de Suisse un renfort de I.OOI) hommes en\iron. Bientôt ils ne j)a)lèrent j)lus fine de se défendre vigoureusement.
Informé de ces menées et ne doutant [)lns que la proposition d'entente n'ait été une feinte pour gagner du temps, achever les travaux et donner loisir aux renforts d'arriver, (luébriant, qui s'était éloigné, crut devoir brusquer les événements. Le 14 mai, il envovait le comte de Nassau avec 300 reitres ou cavaliers allemands, 450 fantassins et 300 mousquetaires reconnaître les dits passages. Après divers engagements plus ou moins chauds et une marche fort pénible, Nassau parvint au milieu de la nuit du 16 an 17 au bas de la descente de Saint-Claude'. En approchant de la [)lace, l'officier Vitalis, d'avant-garde, le fit prévenir qu'on ne pouvait plus avancer sans témérité ; mais ordie lui
1. Mercure français, lt>8'.», p. S et suiv. La marche se lit par le délilé de Savayne, celui du More, près du village de Morbier, el i)ar le village de La Mouille.
fut immédiatement envoyé de poursuivre quand même sa marche jusqu'aux faubourgs. L'apparition soudaine des Weimariens devant Saint-Claude eut comme premier résultai d'effrayer le ,baron de Scey, lieutenant général de la Comté, et le baron de Boutavant, qui amenaient le renfort de 1.000 hommes [impatiemment attendu dans la place, au point de les voir se retirer prestement en Suisse.
Le lendemain 17 mai, le sieur de Lézé dépécha trois religieux demander composition pour les bourgeois et o-ens de eruerre, et lui-même vint ensuite traiter de la capitulation; le comte de Nassau et Roque-Servière entrèrent dans Saint-Claude avec 150 mousquetaires'. Le Roi ayant recommandé au comte de Guébriant de préserver l'abbaye et les églises, les troupes furent retirées aussitôt de la ville ; d'autant plus qu'elle était ouverte de tous côtés et sans murs, accessible par conséquent aux reities et valets, susceptible d'être rapidement en proie au pillage et à l'incendie, comme il en arrivait alors trop souvent, au grand déplaisir même des officiers, impuissants à réprimer le désordre '. A la nouvelle d\in aussi rapide succès, le colonel Oelim qui accourait, rebroussa chemin, le 18, et se rendit à Nozerov, où les comtes de Guébriant et de Nassau retournèrent également afin de préparer d'autres coups de main'^ Dès lors rien ne mettait plus obstacle aux communications entre l'Alsace et la Franche-Comté.
En mai, les Bavarois se concentrent à Gunzbourg sur le Danube, entre Ulm et Lavingen. Le général François de Mercy est à Ravensbourg, non loin de Lindau, et, pour grossir ses eftectifs, il prélève des
1. Mercure français, Hid[),el Gazelle extraordinaire du 8 juin l()39, n" Ci;. Relation.
2 Les habitants prêtèrent serment de fidélité, et envoyèrent à Guébriant, par M. de Roque-Servière, les « clefs des reliques et du corps de Saint-Claude » [Gazelle du 2.") juin 1639, n" 78. De Chalon-sur-Saône, le 17 juin ICiSl»). La Gazette extraordinaire du 20 juin 1639, n° 74, accuse les habitants d'avoir mis eu.x-mènies le feu à l'ét^lise de Saint-Claude, « ce sacré et vénérable édifice, à dessein d'en jeter le blâme sur les Français ».