CHAPITRE VI
GUÉBRIANT A LA TÈTE DE l' ARMÉE d'aLLEMAGNE
Ouarlier.s dhiver en Ilesse-Dannstadt. — L'Archevêque île Mayence atlaiiue Bingen. — INIaladie du duc de Longueville. — Insoumission lies Directeurs weimariens. — Le feld-maréchal Banner cherche secrètement à les soustraire à l'autorité du Roi. — llessois et Brunswickois se montrent exigeants. — Convocation d'une diète à Ratisbonne. — Banner inspire des craintes de défection. — Les adversaires en présence sous Eri'urt. — Second mariage de Banner. — Guébriant à la Cour de Weimar. — Longueville et Banner marchent ensemble — Nouvelles difficultés avec le Brunswick et la Hesse. — Les Weimariens refusent de prêter le serment au Roi, violant ainsi une clause du traité deBrisach. — Vilain rôle de Banner et du duc de l'.runswick. — Habileté de Guébi'iant. — Prestation de serment. — Devant Fritzlar. — Longueville malade s'éloigne de l'armée. — Guébriant commande l'armée du Roi en Allemagne. — Rosen contre le baron de Bréda. — Union de Banner et de Guébriant. - Rapport au Roi.
Le duc de Longueville avançait derrière le colonel de Hosen, qui cherchait à surprendre les Impériaux à Wiesbaden ; mais à l'annonce de leur retraite, il changea sa direction, et, de Kandel, le 5 janvier, il prit le chemin deLiinbourg, sur la Lahn, oi^i l'armée s'arrêta plusieurs jours. Le comte de ^^'iltgenstein et le colonel Oehm occupaient encore le comté d'Hadamar ; Rosen était arrivé à Wiesbaden ; Nassau avait avancé jusqu'à Siegen,au nord. Toute la province était ainsi tenue par les Franco-Weimariens ^. Bientôt les vivres manquèrent
1. Gazette du 23 janvier 16i0, n" 14. De Limbourg, 11 janvier 1G4U.
GUICBRIANT A I.A TKTIi DK I. AnMI-n I» AI.I.rMAflNE Hl
et l'on |)énéti'a dans le tcnitoire tlu laii(l{^rav(^ (ioorf^es de [lessc-Daiiiistadt, (iiii son montra fini iriilc. Mais, comme il est sage d'user tle souplesse lors<|u'()u est le j)lus faible, ce piince d<''laclia \eis Loiigueville son grand maître, le sieur de Streif, cl trois autres |)ersounages de marque pour lui lain' mille couipliuienls (20 janvier 1640i. In traité se conclut, d'après lecjuel la discipline sera tellement observée daus l'armée royale que les paysans pouriont deuieurer elle/ eux et cultiver libiement leurs terres ; les soMats ne voleront ni chevaux, ni bétail, et se contenteront de ce (pie louruira le duc Georges ; on ne touchera ni aux revenus du piince, ni à ceux de son univeisité de Marburg, de la noblesse du pays, des couseillers ou des domesli- (|ues; on ne demandeia pas d'argent aux habitants, et on se contentera des vivres nécessaires ; le commerce ne soullrira pas; la pèche et la chasse seront respectées ; enfin l'armée quittera le territoire hessois dès que faire se pourra '. Les troupes prirent donc leurs ([uartiers d'hiver en dépassant Friedbcrg, au sud, vers Francfort et jus(ju'au delà de (jemunden, au nortl, dans la direction de Cassel. Longueville s'établit aux alentours de Wetter. Les localités occupées, grosses ou petites, avant toutes des murailles, donnèrent la sécurité voulue '. Pour alléger sa marche, le prince avait laissé la plus grande partie de son artillerie à Baccarah -^ Dès (|u ils s'en apercui'ent, les l^spagnols passèreut la Moselle avec l'intention d'enlever cette place, mais ils y trouvèrent des Français sur leurs gardes.
1. Gazelle du 21 jaiivitM' KUO. De Frnncrort, .". janvior 164n ; f'mzeUe extraordinaire dyi 2i lévrier liUo, ir L'."i. Ailicles de l'.iccord.
Traité signé à Marburg. le :^1 janvier liUO. par Loui;; de Srlimiillierg, maréchal de camp, Jean-Bernard (Hllim. fjuillannie-Otlo coinlo de Nassau, lilieinhold de Rosen, colonels, dune part ; Jean Gu'uts, .lean- Ciuillaume llorn. .lean-Jacques Streif de Lowestein, Ulrick-l:;berrard de Gussek et autres.
Memire frant-ais. UUU; Bild. Xat., Coll. Dupuy, V. .".11-77. Helalion : ///.s-/, du maréchal de (juébrianl, |iar Le I^aboi niii h.
2. Mercure français, KUU ; ///.s/, du maréchal de G ucbrianl, par Le La-
BOUlîEUB.
s. Il navait traîné avec lui que 2 pièces de gros calibre et <■> de lampagne.
142 LE MARÉniIAL DE fit KlîRI \NT
L'ariiiëe delà landgrave de Hesse-Gassel et celle du général suédois Kônigsmark, établies non loin de là, oflraient leur concours. Y compris les Franco-W'einiariens, l'ensemble présentait un elTectif de 2U.00U hom mes au moins, « lesquels, dira la G«ze//e, ont toute sorte de provisions en abondance' ». Les Hessois, qui s'étaient avancés juscju'à Juliers, occupaient la Westphalie, et leur général, Mélander, rassemblait ses troupes en vue d'opérations prochaines '-. Argent et troupes manquaient cependant à Longueville. On lui répondait de la Cour par tie bonnes paroles. « On soutient icy opiniastrement que M. de Longueville est bien là où il est et qu'il ne luy manque rien ; au moins on le fait ainsy accroire au Roy. » Le sieur d'Allot. qui écrit en ces termes au prince Thomas de Savoie, le 4 février, ajoute que 200.000 livres sont néanmoins envoyées à M. de Longueville '^.
Il ne se trompait pas ; les fonds étaient enfin officiellement annoncés à Guébriant et par le Roi et par de Noyers. « Vous ne serés pas tousjours payés en paroles, lui écrit ce dernier, et après une longue attente, vous aurés les efîects de nos sollicitudes. Ils sont en vérité très grands, veu la saison et la difficulté qu'il y a au recouvrement des grandes sommes en un temps où l'avarice des hommes, le descri des pistolles légères a faict que l'argent est très rare... je vous prie de nous en scavoirgré, car, à moins que cela, je vous asseure que, une autre fois, j'y travailleray avec non moins de soing, mais avec un peu moins de plaisir ^... >i.
Longueville s'était prudemment ménagé une ligne de retraite en laissant çà et là des garnisons sur ses
1. Gazelle du 25 février 1640, n» 28. De Marburg-en-Hesse, 10 février
Kônigsmark (Jean-Chri!?tophe, comte de', né en 1600 ; entré au service de (iustave-Adolphe en 1630. Fe)d-maréchal.
2. Gazelle du 4 février 1640, n° 18. De Cologne, 24 janvier 1640.
3. Aff. Ktr., France, V. 83.5-.33. D'Allot au prince Thomas : Paris, 4 février 1640.
4. Bihi. Nat., 500 Colbert, V. 109-48. Le Roi à Guébriant; Saint-Germain ; 24 janvier 1640, et Arch. Rotrou ; cité par Le Lahoureur ; Bibl. Nat., .500 Colbert. V. J08-71, et Arch. Rotrou ; cité par Le Laboureur. De Noyers à Guébriant ; Rueil, 24 janvier 1640.
GUKBIMWT A l.\ TI^TR DR t-'ARMKK n'AF.I.KMAflNF, H3
derrières'. L'armée était à peine installée dans ses f|iiartiers, fjuarrivérent des nouvelles alni mantes. Le gouverneur de iMiilippshourg, (ias|)ard Haunihci-gcr. disaient-elles, avail résolu de surprendre les divers postes français. Il enlevait elTectivenient Alsheini en quatre jours, el son château en (juinze, après deux assauts; le château de Schinibeck était egalemcMil pris de vive force, et sa garnison passée au fil de l'épée. Le baron de Beck s'emparait à Timproviste de Haccarah et de Ivreuznach « aj)rès en avoir pétaradé les poites », suivant l'expression de la (}azeile ; mais Hosen, envoyé |)ar Longueville avec fantassins et cavaliers, lui faisait lever le siège du château de Kicu/nach. et reprenait Baccarah^,
1. ■>(( liommes au château de Schiriihecl<, pr^s d'Oherwesel, sous un capitaine weimarien : fiO hommes avec un capitaine de Schmidl)erir, au chAteau de Baccaiali: le régiment de Collias, d environ 2.")() hommes, et 60 hommes du régiment de Wiederiiold, commandés par le lieutenant-colonel Ecker, du l'égimeiit de Colhas. à Bingen : à Kreuznach, 100 hommes sous Malet, capitaine de Schmidherir ; à Alsiieim. fio hommes avec un lieutenant-colonel, etc., Mercure Franrais, lti4o ; I.k La
BOl'RKUlt.
2. Gazelle du 24 mars ItUo, n" 40. De Francfort. 7 mai 1(>40.
.lean Beck, né à Bastogne, en Luxemhonrg, était de très basse origine. D'abord iierger, il lut ensuite, et jusiiu'à 1 Age de 2(i ans, messager à cheval de Luxembourg à Bruxelles. Un jour, comme il faisait ce voyage, trois cavaliers l'atlaciuèrcnl pour le voler. N'ayant ([u'une épée, bien que les autres eussent des armes à feu, il en tua deux el blessa le troisième (jui prit la fuite. Cette action lui valut des louanges, et lui i< mit le creur au ventre ». Quelque temps après, le comte de Berlaimont, gouverneur du Luxembourg, l'ayant maltraité parce qu'il avait donné un soufflet à un de ses valets de chambre, il abandotuia son office de messager, et entra comme mousquetaire dans le légiment du colonel Baur.
Bientôt se présente l'occasion d'enlever certains retranchements (jue l'ennemi a construits à la télé d'un pont. 2o0 hommes, sous les ordres d'un sergent-major, d'un capitaine et de 2 lieutenants sont commandés pour l'attaque. Ils ont alTaire à rude partie : officiers et sergents sont tués; seuls. 28 hommes restent debout. Beck les harangue, les encourage, et résolument se met à leur tète. Il emporte les tianchées, tue ôo ennemis, fait des prisonniers, enlève 2 pièces d'artillerie, et facilite ainsi le passage de 4.ooo des siens de l'autre côté de la rivière. Ce fait d'armes parut remarquable; Beck devint lieutenant dans son propre régiment. Dès lors commença sa brillante carrière d'officier. Il était si pauvre qu'on dut, en même temps que son grade, lui donner de quoi « s'hal)iller honnestement ».
Comme ses exploits lui donnaient une grande réputation, les généraux le mettaient constamment en vedette dans les circonstances
Bingen était alors sérieusement convoité par l'électeur de Mayence ; à tout prix il voulait rentrer en possessiou de cette importante place, qui commandait le Rhin, et incommodait Mayence. Ce prince delEglise, Anselme-Casimir d'I'lmsladt, ayant chargé le gouverneur du Luxembouror d'assiéoer Bineen, celui-ci se lieurta, au commencement de mars, à trois régiments
graves. On le ji<jmin;i lieutenant-colonel dun régiment de 3.0(X) hommes, le meilleur de loui^ peut-être, appelé le ^'iell.r-Saxe, appartenant au duc de Saxe, qui ne s'y trouvait jamais. 11 en eut donc le commandement efTectif.
Quelque jour, il tomba prisonnier des Suédois, après avoir reçu !• coups de piques et dépée : Gustave-Adolphe le fit entourer de soins, le visita, voulut l'attirer à son service, et, sur un relus, le congédia, sans rançon, dans un carrosse à 6 chevaux qu'il lui oITrit. Beck venait de sauver l'armée de Wallenstein, forte de (îO.ooo hommes. En récom- }»ense on le nomma général. Il servit utilement dans toutes les campagnes de Wallenstein et de Tilly, en Danemark et contre les protestants, et son existence militaire ne fut ipiune suite de jjrouesses. A tous ceux qui le connaissaient, il inspirait estime et amitié, et dansée corps de 2. (X)0 hommes, qui l'avait vu simple soldat puis officier, personne ne le jalousait, tant sa valeur personnelle l'imposait. Toujours en tête, en rase campagne, toujours le premier sur la brèche dans un assaut, toujours à l'endroit où les coups se donnaient les plus forts, il était, dit M. le duc d'.\umale « un de ces hommes que nos voisins d'outre-Rhin surnomment général Vorwaerts (en avant) ».
Il écrivait lort bien, et « correspondait avec tout le monde ponctuellement et agréablement ». « Il se mit aussi, dit l'abbé Mercy, à tenir table, tiaitant tous les officiers de son régiment et autres de la belle et bonne manière, obligeant et assistant tout le monde autant qu'il 'e pouvait, et comme il était d'un naluiel robuste et fort, il buvait beaucoup sans s'enivrer, ce qui même lui donnait encore en Allemagne de la considération. » 11 avait cependant la réputation de se livrer plus que de juste à la boisson ; aussi la princesse de Savoie-(>arignan écrivait-elle à la comtesse de Soissons en 1642 : « Beck ({u'on avoit faict mort, ne l'est pas. Son mal nesioit qu'un excès de boire lAH. Êtr., France, V. 84.5-215;.
i^tant encore messager, il avait épousé la fille d'un vivandier, née à Paris durant les guerres de la Ligue, mais Allemande. Cette femme, dans les débuts, l'accompagnait pailout à la guerre, et cimtiibuait à tous les gains et butins (juil faisait; aussi Beck devint-il riche en peu de temps.
Sujet de Phili|)pe IV et ayant toujours conservé de l'alTerlion pour son parti, il correspondait avec les ministres espagnols, et s actpiéiait leur estime et leur confiance. Aussi, en 1()38, fut-il appelé dans les Pays-Bas, en (jualité de général d'artillerie ; en suite de quoi on le créa mestre de camj) général et on lui donna le gouvernement du Luxembourg, « le prenner elle plus honorable des Pays-Bas ■>, dit encore le mémoire que nous utilisons.
Beck faisait toute chose avec ordre et justice ; très sévère, il cliA-
GUEBRIANT A LA TKTK DE r, ARMI;E F) AI.r.KMAGNE \lô
de cavalerie cominandés par lîoseii, et re*^agfia péniblement Luxembourg. Le colonel de Hosen jeta une centaine de sacs de blé dans la place et s'éloigna : don Juan N'erdugo, giMUM-al es|)agnoI, gouverneur de I lankcntiial et du lias-Talatinat, vint assiéger liingen a\L'c l.-iOU hommes de pied, 150 chevaux, tirés du l'alalinal, et 3 pièces d'artillerie ; il en ballil les murs, mais, n'étant pas aidé par l'archevêque de .Mayence, il se retira, le 12 mars.
Au fond, l'électeur n'accordait pas son concours efTectif par crainte de voir tomber cette place aux mains des Espagnols, qui ne la lui auraient pas rendue. Il chargea dès lors le lieutenant-colonel Winterscheid, gouverneur de Mayence, homme dont il était sûr, de tenter un nouveau siège. Winterscheid échoua; Yerdugo revint sous Bingen avec 1.000 fantassins et 150 chevaux. A cette vue, le commandant de Kreu/.nach dépécha vers Longueville. Ce prince, d'une constitution délicate, était tombé malade en arrivant à \\'etter, donnait des ordres pour la forme, ne voulant pas avoir l'air de se désintéresser, mais laissait au comte de Guébriant le soin de commander elîectivement l'armée et de pourvoir à ses nécessités. A l'arrivée du courrier de Kreuznach, Guébriant résolut de courir au secours de Bingen. Le 22 mars, il lance dans la direction de cette ville 100 mousquetaires de Nettancourt, 250 de Schmid-
liait sur-le-champ; incorruptiltle, assez désintéressé, il faisait cependant ses alTaires ; « mais avec une telle adresse qu'il n'y avait jamais de plainte ••.
A la bataille de Lens, livrée en 1648 contre son. gré, il trouva une mort glorieuse et reçut une magnifique sépulture à Luxcniiiourg. Il laissait des entants cpii eurent un sort (iinv-rcnt. Ceux qui étaient nés avant qu'il ne fût officier, restèrent, par sa volonté expresse, des paysans dotés de biens : un fils qui épousa <■ la fille d'un rictie censier, belle et honnête dame » ; deux lilles '■ mariées à d'Iionnéles gens ». aisés mais bourgeois.
Des enfants qu'il eut étant officier, 1 un baron, colonel, chevalier de l'ordre de Saint-Jacques, épousa une fille de qualité; l'autre devint comtesse.
Ilisl des Princes de Condé, par le duc d'AiMALE ; Hlsl. des principales actions de quelques ijrands hommes... par l'Abbé Mkhcv, frère du général Mercv ; Bibl. Ma/.arine, \ . If^VJ. Manuscril : et Riiil. Nat.. ITr.. \ . ItîîtSl- S37. ■
146 l'I^ MAItKClIAL DE GUKHRIANT
berget50de Flersheim, réunis en hâte à Gruuberg; luimême, à la tête de 300 reîtres. [)rend les devants, et arrive le 25 à Rudesliciin ; l'infanterie suit, marchant jusqu'à 16 heures par jour. Le 2G mars, Guébriant franchit le llhin, malgré le tir de 6 pièces braquées sur lui. Don Juan Verdugo, qui battait la place avec fureur, croit avoir devant lui toute l'armée ennemie ; il ne peut supposer qu'une poignée d'intrépides se soient aventurés seuls à travers le pays de Nassau ; prestement il détruit ses batteries, charge comme il peut ses gros canons sur des barques, et s'éloigne. Trois escadrons protègent la retraite de son infanterie et la sauvent ainsi d'un désastre.
Guébriant poursuit Verdugo, le harcèle, veut le décider à combattre, et le voit accélérer sa retraite au point de jeter à l'eau 4 pièces de 24 livres et un mortier de 9 qui le gênent dans sa fuite. Honteux de cet insuccès, le gouverneur espagnol évite de traverser Mavence et regagne directement Frankenthal, n'osant affronter les reproches de l'électeur, « qui pestoit contre luy », et qui regrettait de lui avoir confié en dernier lieu des hommes et du canon.
Bino-en avait héroïquement soutenu un siège de huit jours. Grâce à l'énergie du colonel Ecker et de M. de Tracv, envoyé pour remplir la charge de commissaiie fj-énéral de l'armée et alors dans la place, Guébriant, avec 600 braves, avait fait décamper des troupes bien plus considérables, évaluées par certains à 3.000 hommes ^
« Le prince d'Orange même, dit Jean Le Laboureur, (ivii étoit sans contredit l'un des plus experts au métier, et particulièrement ])ourles sièges, a confessé qu'il ne se pouvoit imaginer la levée de celuy-cy et qu'il étoit sans exemple, et qu'un |)areil succès ne pouvoit arriver que sous la conduite du comte de Guébriant. »
1. Gazelle du 7 avril 1040, n° 45. De Fi-iiicfort, 24 mars 1<)4() ; Gazelle avril 1<">4<'. De Wetter, 15 avril 1640; AIT. Élr., France, V. 8HÔ-70. Belalion du sièffe de Binyen, 1C)40 ; Jlisl. de la guerre de Trenle ana, par E. Chahvkriat ; Hist. du règne de Louis XIII, par M. Le Vassor ; Ilisl.du maréchal de (iuébrianl, par hi: Labolrki.I!.
r.ui;i5niANT a r,\ tkte dk i. armki: n Ai.i.rMACNr: u;
" .Monsieur, écrit C.havigny à ce vaillant «^('ncral, comme il n'y a personne (|ui vous estime |)liis (|iie niov, il est l)i(Mi raisonnable (jnc je vous U'inoij^nc la j<>\e (|ne j a\ eue (Tapiirendri^ la non\elle du seeojirs de Hingnrn ; A ous 1 avës si bien condnict que cesle asfaire a eu le mesme succès que toutes celles <|ne nous avés entrejuises jus((ues icy. C'est de quoy je suis extrêmement avse, elle serois encore davantage si je pou'.ois l'aire connoistre par quekjue chose de plus utile pour voire service (|u'un osfice de conjouissance cpie je suis Ncritablement '... » Après avoir laissé 50 mous(|uelaires de renfort à Bingen, le comte de (iuébriant, à la tèle de sa cavalerie, reprit, le 27 mars, la roule de \\'eller, et franchit la distance en quatre jours.
Pendant la maladie du duc de Longnevilie, (|ui fut de six semaines, les Directeurs se montrèrent fort insoumis. Le maréchal Banner, qui essayait de les'faiie passer au service de la Suède, réclama leui- aide en Tliuiin<i-e Ils tinrent aussitôt conseil à Marburg, le 14 aviil, disant n'être pas plus Français que Suédois, mais simplement gens de bien et indépendants, et résolurent d'aller, (lès le lendemain, rejoindre le feld-marechal. Longueville fit appeler le colonel Oehm, (jui rejeta la faute sur Nassau et sur Rosen ; ceux-ci, appelés à leur toui-, se justifièrent mal; tous étaient également coupables. La prudence conseillait le [)ard()n ; Longnevilie voulut oublier, mais à la condition toutefois qu'ils seraienl à l'avenir plus soucieux de leur devoir et qu'ils regagneraient au plus tôt leurs (|iiarlieis imprudemment abaiulonnés -.
Bien (jue suédoise, l'armée de Banncr'étaitcomposée aux neuf dixièmes d'Allemands. On conçoit que les ofliciers ^veimariens aient eu (|uelque inclination vers elle. Aussi la crainte de les voir un jourou Taulie [)asser à Banner était-elle constante ; dautant plus que lefeldmaiéchal restait mécontent de la conclusion du traité
1. BihI. .\at.,.500 Çoll)ert, \'. 114-'.i, et Arcli. Rotiou ; cité par Le LaitoUHEi K. Chavigny à Guébriant, Rueil, 28 avril H'AV.
2. .MT. Étr., Trance, V. 83.")-20(i. Xoiiuellex de M. de Beauregard. résident fran(;ai& auprès de Banner, 16 juin 1040.
de Brisach, laissant les Weimariens à la solde du Roi, et que le résident de Suède à Benfeld, Mokel, l'entretenait dans l'idée de corrompre les Directeurs. D'autre part, le feld-maréchal, revêtu de la plus haute dignité militaire, illustré par maintes victoires — celles de Wittstock et de Cliemnitz surtout — avait, aux yeux des ^^'eimariens, un tout autre prestige que Longueville, auquel il manquait de hauts faits d'armes à son actif, ou que M. deGuébriant, simple maréchal de camp, dont les talents militaires ne s'étaient pas encore imposés dans quelque grande action. Le maréchal Banner, ajoutonsle, était devenu, pendant son long séjour en Allemagne, plus Allemand qvie bien des princes delà confédération germanique. 11 parlait allemand, et écrivait dans cette langue non seulement à Guébriant, puisqu'il ne savait pas le français, mais — ce (|ui était tout à fait extraordinaire — à son propre gouvernement '.
Banner se récria lorsqu'il apprit qu'on le soupçonnait d'avoir voulu corrompre les Directeurs. Il affirma qu'ils n'étaient pas assez souples pour fléchir sous lui, qu'il ne pourrait s'accoutumer à leur humeur, et prévint M.deBeauregardquele Boise trompait en pensant conserver les Weimariens, s'il ne les encadrait avec un corps français qui les surpassât de beaucoup en nombre'.
Le Brunswick etla Hesse faillirent également rompre l'alliance et s'unir aux Impériaux au printemps 1640. Ferdinand III, qui désirait ardemment la paix, avait chargé l'archevêque de Mayence, Anselme-Casimir d'nmstatt,archi-chancelier de l'Empire, de convoquer à Nuremberg une diète d'électeurs, qui s'ouvrit le 4 février, sous la présidence du représentant de ce prélat. Après les discours d'ouverture, imposés par la coutume et les circonstances, on délibéra sur l'amnistie que les uns voulaient partielle — tel le vice-chancelier bavarois Piichel — que d'autres au contraire voulaient générale — tels le représentant du Brandebourg
1. Der General Hans Lndwiç) von Erlach von Caslelen, par le docteur Al'gust von Gonzf.nbach.
2. AIT. Étr.. France, V. 835-206. Nouvelles d.e M. de Beauregard, résident français auprès de Banner, 16 juin 1640.
GUÉBRIANT A LA T^TE DE l'aRMKE d'aLLEMAGNE 149
Jean-Frédéric de Lôben, président du haut consistoire de Berlin, et Frédéric de Metsch, président du haut consistoire de Dresde, représentant la Saxe.
Le roi de DauemarU inlervint, n'clamant avec instance une solution aux all'aires du Talaliuat, de la landgrave de Hesse-Cassel et du duc Georges de Bruns\vick-Lunebourg, un des plus puissants seigneurs de l'opposiliou. La landgrave désirait les avantages d'une paix honorable; au duc Georges, il fallait rendre W'olfenbuttel et accorder Hildesheim.évèché dont certains districts avaient été enlevés par le Brunswick à l'électorat de Gologne en L'S24 et 1525.
Amélie de Hanau, l'active veuve du landgrave Guillaume de Hesse-Gassel, avait traité avec Ferdinand, le 25 juillet 16.'W, en violation de ses engagements vis-àvis du Roi et par crainte. Elle promettait de joindre ses troupes à celles de l'Empire, ne le faisait pas, mais au contiaire cherchait à rester («gaiement bien avec la France et la Suède, pour ne pas en soufTrir. l']lle le prouvait en contractant une alliance secrète avec ces deux Couronnes, le 22 août 1(139, moins d'un mois après avoir accepté les conditions de la Maison d'Autriche. La situation de la liesse comme du Brunswick était extrêmement délicate. Leur neutialitc' ('tait impossible. En se tournant d'un C(Jlé comme de l'autre, leur ruine paraissait toujours inévitable. Aussi vit-on Amélie de llanau continuer à louvoyer dans les deux sens, mécontenter l'Empereur et le Roi. Peut-on lui en vouloir d'avoir essayé de se garer du feu ?
Son général, Mélander, foi-t suspect de sympathie pour l'Empire, s'étant permis de la blâmer de sa duplicité, en reçut un soufflet. Peu à peu ce même Mélander devint insupportable à la princesse par ses exigences et sa susceptibilité. Il lui était fort utile, mais se croyait indispensable. Dans le cours de l'année 1G40, ayant maintes fois réclamé soit une libei-té aussi absolue dans les afl'aires militaiies (|ue celle dont jouissait le défunt landgrave, soit son congé définitif, la princesse finira par accorder le congé. Un peu déçu, Mélander se retireia dans les Pays-Bas, et sa place sera donnée d'abord au
lôU LE MARECHAL DE GlEBRIANt
général-major Beckermanii, qui nioui ra aussitôt après, et ensuite au comte d'Eberstein. Au point de vue franc/ais, Téloiofuenient de .NTélandei' sei'a très heureux'.
Sur le BrunsAN iclc régnait la Maison de W'elf, représentée par les ducs Georges, Fri'déric et Auguste, forl disposés à s'accommoder avec l'Empereur. Avec le duc (leorges, Mélander entretenait des intelligences secrètes ne disant rien qui vaille. « On doute, écrivait y\. de la Boderie, que ce soit à bonne fin, vu que Tespc'rance que l'on avait des bonnes intentions de ce duc n'ontété jusques à cetteheure qu'un amusement. » Puis au sujet du général hessois : « On a plus d'ombrage de lui (|u'on n'a jamais eu-. »
En des circonstances aussi graves, les affaires ne pouvaient pas être disculées par les représentants d'électeurs. Aussi les princes allemands réclamaient-ils, et même d'un ton menaçant, la convocation d'une diète à Vienne, alléguant avec raison que celle des électeurs ne pouvait, sans violer la constitution et porter atteinte aux privilèges des princes de l'Empire, assumer un tel pouvoir, l-'erdinand III convoqua donc pour le 26 juillet une diète générale à Ratisbonne, bien qu'il fut obligé, d'après la Bulle d'Or, de tenir sa première diète à Nuremberg. Mais, trop exposés dans cette dernière place aux coups de main des ennemis, les députés n'auraient pu discuter en tout repos''.
Selon les instructions du duc de Longueville, en date du 28 janvier IG'iO, le sieur de Choisy de Camp, chancelier du duc d'Oiléans, conseiller du Roi, intendant de justice, police et finances à l'armée d'Allemagne,
1. Afï. Kti-., France, V. 2S(;-24. La Boderie à... ; Cassel (sans date): Atr. Étr., France, V. •2H(\-i2. La Boderie à...; Cassel, 29 août lO-lo ; AIT. Ktr., France, V. S85-102. Nouvelles de M. de la Boderie ; Cassel, 'J mai 1(540.
2. Afî. Étr., France, \'. 835-102. Nouvelles de M. de la Boderie ; Cassel, 9 mai Kilo.
(jràce à l'activité dt'îployée par la Bodeiic, le dur Ceorges nétail pas hostile à un traité avec les alliés, à certaines conditions assurant la sécurité de ses Etats, et qu'énutnère cet agent du Roi flans ses nouvelles.