llisl. de la tjuerre de Trente uns, par E. Ciiakviîbiat
GLIOUIUANT A l.\ TIOTE DE LAU.MKi: I) ALLU MACiNE l.",!
lenouvelail uno alliance avec Amélie de Ilaiiaii, dont l'esprit versatile in([uiélait '.
Hemis de sa lièvre, Longueville alla, le 22 avril, voir la princesse à Cassel, et en. reçut le plus aimable accueil. Ensemble ils résolurent de venir en aide à Baijuer, qui, d'iul'urt, envo\ ait le sieur de lieaureo'ard (M le colonel Morlague réclamer un prompt secouis. Aux alentours d'Erfurt, le maréchal, en attendant le secours demandé, avait construit I ^i loris, et s'c'tait mis en telle posture (|u'ily avait peu d'apparence (|u'on l'y pût forcer. Si les alliés voulaient le croire, ils marclieraienl droit à Fennemi, et, dans le cas où celui-ci refuserait de combattre, ils s'alta([ueraient à (juelques places d'importance.
1. Inslruclions ;'i M. clo Clioisv vôciiles de l;i main de (îuéhiiaiit , \\'cU(M-, 28 janvier l(U(i ; Arcli. Rotrou : (•ité par Lii Lauoureup..
Clioisy va rendre comple de celle alliance à la Cour, et en revient avec des fonds. I.e Roi engage Guéhrianl à agir, et lui exprime sa satisfaction pour la manière dont il sert (Bild. Nal., 500 Colbert, V. 10y4y. Arch. hist , Guerre, V. .')8-ô]2 ; Arcli. Rolrou ; cité par Le Lahourelr, 21 avril KUO;.
A cette même occasion, de Noyers écrit à Guébriant : « Je doihs... ceste marque de souvenance à vostre chère amitié, pour vous dire que vous estes aimé et estimé par deçà autant que vous le pouvés désirer et que j'ai veu des sentiments si advantageux pour vous dans l'esprit de S. Em. qu'il n'y a rien à y souhaiter. »
Hil)l. Xat., r>ou Golbert, V. 108-78. Riieil, 25 avril 1()40, et Arch. Rolrou; cité par Le I^aboubecr ; (ùtzelle du ô mai l(i40, n° 5(;. De Bàle, lit avril lt)40 ; AIT. Étr., Allemagne correspondance, V. 13-74. D'A vaux au secrétaire F...; Hambourg, 24 mars l(i40 :
« I^c Roy a consenti à toutes choses faisables pour résoudre ciilin Mme la landgrave de Hesse à rentrer en rui)ture, ce ([ui ne se fait pas sans nouvelles dépenses, qui n'ont d'autre but que l'avanlage de la cause conunune...; » et Al'f. l-Jtr , Allemagne Corresj)., V. 13-(')9. D'Avaux à Roissy ; Hambourg, 21 mars bl40 : Le Irailé est enlin presque conclu, mais il faut en attendre la conclusion et l'exécution.
Kn automne l<!l<t, la princesse Amélie signait encore un traité à Dorsten. M. de la Boderie, après lui avoir apporté la ratification du Roi à ce traité, écrira : « H ne se i)eut rien ajouter aux marques de satisfaction, protestations et assurances de fidélité et de constance qu'elle a fait paraître en celle occasion, tant pour elle (jue pour son fils qu'elle dédie et consacre entièrement à la France, étant résolue de l'élever dans celle dévotion-là, et de l'envoyer en b'rance (le plus tôt que l'âge et les forces lui pourront permettre) se présenter à Sa Majesté pour se donner lui-même à son service et lui prêter sermeid pour la charge de lieutenant général, suivant la promesse qu'elle en dcmne à présent par écrit. »
iAlT. Étr., France, "V. 280-60. La Boderie à...; Cassel, 27 octobre Hi40.)
loS LE MARECHAL DE GUEBRIANT
Les Suédois publiaient eux-mêmes alors que Banner avait offert à TEmpereur de le suivre avec toute son armée contre les Turcs, moyennant des conditions « honnestes et convenables ». Mais « les Impériaux disent, écrit le sieur de l'Isle en rapportant le fait, qu'il s'est offert à le servir purement et simplement contre tous, aimant mieux s'establir une honneste fortune en Allemagne où il a épousé une comtesse) que d'aller vivre en simple gentilhomme en Suède ^ ».
Il s'agissait d'empêcher à tout prix la défection d'un personnage de cette importance. Longueville proposa de lui envoyer 5 ou 6.000 hommes : mais la landgrave et son conseil, les députés de quelques princes intéressés, le colonel Oehm, au nom des Directeurs weimariens, préférèrent une jonction avec les Suédois ; le duc de Bi'unswick offrit d'unir ses troupes aux Hessois pour ne former qu'un corps sous Longueville, L'idée plut, et, le rendez-vous général ayant été fixé à Mulhausen, Longueville rentrait à Wetter le 29 avril. Apprenant ce qui venait d'être décidé sans lui, Guébriant courut à Wetter exposer à Longueville le danger qu'il y aurait à se joindre au feld-maréchal, dont on ne pourrait plus se séparer comme on le voudrait ; aussi, malgré ce qui venait d'être convenu, malgré les lettres pressantes de Banner, le prince résolut-il de n'envoyer que G. 000 hommes. Subitement Ton apprit alors que l'armée bavaroise avait quitté Sclnveinfurth pour se joindre à Piccolomini ; en conséquence, Longueville modifia de nouveau ses ordres : l'armée entière ira renforcer les Suédois-.
1. Aff. Étr., France, V. 835-102. Nouvelles de M. de la Boderie ; Cassel 9 mai 1640 : Aff. Étr., Allemagne rorresp., V. 16-31. Comte d'Avaux à...; Hambourg, 16 mai 164(i.
2. Le comte d'Avaux, ambassadeur du Roi à Hambourg, était chargé d'entretenir une correspondance avec Longueville, « afin qu'il puisse d'autant plus utilement employer les armées du Roi ». Il devait également lui mander son sentiment dans >■ quelque occurrence douteuse, comme aussi travailler à étnl)lir un bon concert entre lui et le général Banier, tellement que voilà nouvelle besogne ». Aff. Étr., Allemagne correspondance. V. 13-6!). D'Avau.x à son père, M. de Roissy ; Hambourg, 21 mars 1640.
GUKBRIANT A LA TKTE DE LARMKE D ALLEMAGNE l-)-}
En janvier 1640, le comte de Hatzfeld et le général l'iccolornini avaient ensemble 18.000 hommes dans le llaut-i*alaliuat. Haiiiu'i-, qui en commandait 10.000, sans compter 4.000 autres chargés de garder les passages i\o ri]lbe, ayant, un |)eu plus tard, résolu de (piitter la Bohème, mit 15 jours à la saccager, à y détruire les vivres, (Mi sortit, tomba uialade, faillit mourir, et se rétablit à temps pour tenir tète à 30.000 hoiuuies que Piccolomini venait de mettre sur pied. Suivant M. de la Boderio, des considérations luililaires ou politi(|ues n'auraient pas été les seuls mobiles de Tabandou de la Bohème, mais encore la crainteque Longueville, lallesse et le Brunswick n'en vinssent à une étroite union et ne formassent en Allemagne une puissance trop considérable ^. Ayant appelé sous Erfuit les colonels de Kcinigsmark et de W'ittenberg, qu'il créa géuéraux-majors, Banner olïrit la bataille à Piccolomini. Bien que lier de son armée au point de la nommer avec orgueil « la Pucelle » pour n'avoir jamais été vaincue, et de la croire destinée à restaurer les all'aires de l'Empire, Piccolomini lefusa de combattre; le feld-maréchal suédois s'éloigna, retira les postes qui gai-daient les passages de l'Elbe, sauf celui de Tetschen, et prit le chemin d'Annaberg. C'est alors que, voyant les Bavarois avancer sur la Eranconieetle Voitland pour se joindre à Piccolomini, il retourna sous Erlurt, et pressa comme nous l'avons dit, les ducs de Brunswick et de Longueville de lui venir en aide.
Le 2 mai, Longueville, à la tète de IG.OOO hommes, (|uittait Wetter, et arrivaitle 11 à Mulhausen ; les troupes de liesse et de Lunebourg s'ébranlaient également : les premières de 2.000 fantassins et de 2.500 chevaux, avec le général Mélander ; les secondes de 3.000 fantassins et de 1.500 chevaux, sous le lieutenant général Klitzing. Les trois armées se joignirent près de Lan-
l.Afl". i:ii-.. France, V. ■2SC,--2i.
loi LE MARECHAL DE GUEHRIANT
gensalza. et. le JG, atteiguiront l-^i-fiirt '. lîanner, se portant à leur rencontre, ne ménagea pas les compliments sur leur force et leur tenue. Une double salve d'artillerie et de mousf|ueterie se fit entendre en leur honneur. Le camp suédois occupait, sur 2 lignes de front, un mamelon en communication directe avec le château d'Erfurt. F^n face de ce camp et de la ville s'établirent les nouveaux arrivés. Les troupes franco-suédoises formaient un bel ensemble : 80 escadrons de cavalerie et 23 bataillons d'infanterie: soit 32. OOU hommes d'effectif. Dés le lendemain, 17 mai, on avance jusqu'à Saalfeld. L'archiduc Léopold, frère de l'Empereur, arrivé le 7, et Piccolomini, y sont installés solidement. A une Journée de marche seulement, le général f rançois de Mercy et et 10.000 Bavarois, qui assurent leurs vivres et leurs communications avec la Franconie, sont prêts à leur Venir eu aide. Le 18 mai, on approche encore plus des Impériaux; on installe les canons sur une éminence, et près d'eux se rangent en ligne Suédois, Français, ^^'eimariens et alliés. Après une reconnaissance des lieux, Banner et Longueville conçoivent aisément qu'il serait difficile d'attaquer la position ennemie ; deux jours se passent à chercher le moyen de tenter un assaut, d'attirer les Impériaux en rase campagne, ou bien de les affamer dans leur camp. De leur côté, l'archiduc, François de Mercy, Hatzfeld, Piccolomini et Gleen tiennent conseil. Vont-ils attaquer ou se retirer? Mercy, dont la science militaire, le coup d'œil sur le champ de bataille et la valeur personnelle en imposent aux autres généraux, ])ropose de laisser l'armée impériale dans sa position, tandis que lui, en manceuvrant sur les bords de la Saale avec les Bavarois, procurerait des vivres et intercepterait celles qu'attendent les alliés; l'avantage resterait à celui des adversaires qui se maintiendrait le plus longtemps en place. Ainsi en est-il décidé, et Mercy descend le cours de la Saale. Banner devine le j)rojet de son r(idoutable ennemi et veut se
LAIT. Kti-.. France, V. 835-L">2. NoiwelleA du sieur de l'Isle ; Strasbourj 28 mai 164U.
GLEBRIANT A f. V TITF. DK I. AnMi:K f) M-LEMAONE 15'.
retirer ; Longueville hésite tout d'ahord, puis accepte cette manière de voir. Mais avant la retraite, Guébriant (ît Torstenson exécutciiL duiaiit uu couples d'heures, lin bien inutile simulacre de combat'. ()n sVjl(»i<rne; trois jours après, le 22, on apparaît d'un anli-e côté, l-^n ordi-e de l)ataili(', on marche résoinnicnl vers h»s impei'iaux jus(|u'à [)0rlee du canon: mais, dans leur camp, rien ne bouge. Hauner étaljlil, sur une hauteur voisine, une batterie de 'v pièces qui tire avec rage. (Irand bruit et peu de lésiiltat ; car les ennemis se relianchent bien vite plus haut, sur une colline, hors de [)ortée des boulets. Jus(|u'au J2 juin, les alliés perdent ainsi leur tenips, et consomment des \ivies et des munitions. L'honneur est sauf cependant.
Sur ces entrefaites, au camp de Saalfeld, le '2 juin, Hannei-, veuf en ()remières noces d'une l'ful, perdait sa seconde femme, née comtesse de Nassau, qui le suivait à la guerre. Les dépouilles mortelles de la maréchale parliient. le l.'î, pour Erfurt, on leur furent rendus les devoirs suprêmes en liés grande jtompe. Le feld-maréchal eut un extrême désespoir à la mort de cette femme de mérite ([u'il appelait « son bon génie », « la meilleure [)arlie de lui-même ». En elTet, d'une adresse remarquable, elle avait su prendre un grand empire sur lui, le retenait dans ses débauches, et maîti isait sa colère. Aussi Banner avouait-il à M. de IJeaulegaiiL ri'sident français dans l'armée suédoise, que Dieu lui ôtait avec elle <( toute sa conduite et son esprit », ((u'il n'y avait plus rien à attendre de lui à l'avenir. Les grands chagrins ne sont parfois que de faible durée. Aux funérailles de sa femme, cet homme passionné, bien que d'un caractère renfermé, s'éprit tellement de la princesse Jeanne de Bade-Dnilach, venue |)Our la circonstance avec la comtesse de ^\'aldeck, (|ue dix jours plus tard il se liançait avec elle.
Poui- nienei' à bien des alTaires importantes, il ne
1. ll'is.1. de la guerre de Trente ans, par 1^. CiiAiiVKr.iAT ; Ilisl. du maréchal de Guébriant, par J. I.e Laboureur ; llist. du règne de Louis XIII, par M. Le Vassor.
faut pas de préocciij)ations violentes dans ses aiïeclions intimes, niais être libre de cœur, égoïste peutêtre. Banner consacra un temps précieux à ses préparatifs de mariaoe, néofljo-ea ses obligations militaires, oublia le rôle important qu'on attendait de lui. Aussi baissa-t-il dans l'estime générale et perdit-il la confiance de ses su])ordonnés. Que de fois ne faillit-il pas tomber aux mains de l'ennemi, lui, maréchal de Suède, responsable d'une armée, en faisant, à l'instar d'un simple lieutenant, des fugues à grande distance, jus(|u'au château d'Arolsen, ])our y voir sa fiancée ! Il tenait table ouverte, où l'on buvait ferme à la santé de la princesse. « I^e jour où, dit Charvériat, il reçut le consentement du margrave de Bade, son futur beaupère, il donna un repas magnifique et fit tirer 200 coups de canon. » A Cassel, on entendit le bruit de ces détonations ; le peuple, croyant à une bataille, envahit les temples et se mit à prier'.
Saalfeld étant assez près de Weimar, le duc (iuillaume de Saxe-AVeimar envoya au comte de Guébriant un de ses gentilshommes pour lui exprimer le désir ([u'il avait de le voir et de l'embrasser en souvenir de son frère Bernard. Guébriant s'excusa d'abord de ne pouvoir quitter l'armée ; puis, sur les instances réitérées du prince, il se mit, avec l'autorisation de Longueville, en route pour Weimar, accompagné du colonel Oehm, et escorté par « une élite de cavalerie ». Le prince vint à sa rencontre avec 5 carrosses magnifiques, ses deux fils et 120 gentilshommes à cheval « des mieux faits et des plus qualifiez de son païs ». Guébriant fit une entrée triomphale dans la capitale du duché, en carrosse à côté du souverain. L'ue foule compacte était rangée sur le passage du cortège. Le duc Guillaume traita royalement son hôte fran(,ais : repas su|)erbe, de nombreuses salves d'artillerie, des haran-
]. JUrI. tlu maréchal de Guéhrianl, par .]. Lie I.AiîOUiii.i.'i; ; llisl. de la guerre de Trente ans, par E. Cuarvkriat.
GUKRRIANT A L\ TftTK DE l'aRMÉF D*ALI.EA!AGNE
gues à n'en plus finir; rien n'y maii(|iia. Etant malade, la duchesse deW'eiinar s'excusa, et, seule, dut renoncer à la curiosité de voir le compagnon d'armes et l'ami de son défunt beau-frère. Alil('>e, réti<juelle lui d<'fendait de recevoir; « parce (|ue, dit Le Laboureur, les princesses de ce pais ne se montrent point au lict. » Elle envoya cependant, avec ses compliments, des echarpes au comte de (luébriant et au colonel Oehm, « la plus grande marque d'estime des Dames d'Allemagne », ajoute le même auteur. Le lendemain, le comte prit congé de la petite Cour, y laissant le souvenir d'un liomme aimable, et la conviction qu'un jour il deviendrait « un des plus grands capitaines du monde ' ».
Des émissaires de Lunebourg et de Messe, arrivés au cam|), n(> cheichent qu'à éloigner Français et Suédois de leurs territoires. Ils engagent Eongueville à marcher sur la P'ranconie, sur Bamberg et le llaut-Palatinat; mais ce prince ne tient pas à voir l'ennemi se nu'ttre entre lui et le lîhin. Mécontents, ils déclarent, avant de se retirer, (jue leurs troupes resteront unies à ceux (|ui se |)orleront le plus loin, manquant ainsi de bonne foi, contrevenant aux derniers traités. Le 12 juin, sans tenir compte de leur supplique, l'armée francosu(''doise traverse la foret de Thuringe, arrive à Smalkalde, puis continue sa i-oule justju'à Mellrichsladt, par Meiningen. « Je suis tiès aise (pie M. de Eongueville et le général Banier ayent témoigné l'orgueil de l'aigle, écrit à ce ()roj)os le sieur de Uoissy, alors à Paris. On veut icy (|u'il y ait un combat et prise pour Banier-. » l^e dc'sir général devançait la réalité.
Chargé, durant la marche, de reconnaître les chemins et d'observer la contenance do l'adversaire, le général Pfiil fait savoir que Piccolomini avance sur Neustadt. l'n parti aussitôt dépéché de ce côté rapporte qu'il occupe déjà, non loin de cette ville et sur un(^ éminence, une position très forte par elle-même,