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KEMPEN ET LE BATON DE MARECHAL

chit également le fleuve avec tous les siens ; le lendemain, ce fut au tour des bagages. L'ensenil)le des trou- |)cs rc]) ré sentait environ 5.500 cavaliers et 4.000 fantassins, avant 23 canons de calil)r«'s diMMs cl près de 4.000 ciiariots'. Un résolut d'assiéger L'rdingen, afin (Tatlirerle général de Lanihoy hors de ses quartiers, ou (lu moins pour se conslilucr un poiiil d'aijpui lorscpi'on irait forcer ses relrancliemenfsd Huis, pies de K('mp<'n et de Crevelt.

Le plan ne man(|uail pas dune ceitainc hardiesse ; c'elail vouloii' alla(|uer une armée de iJou 4.000 hommes plus l'o lie (|ue celle des al lies, et »iu posée de troupes reposées et bien nourries, installées dans une |)Osition choisie ti'ès habilement et munie de retranchements naturels ou provisoires. Cette audacieuse concej)! ion s"e\pli(piait néanmoins: d'un jour à laiitrele comte de liat/.leld pouvait M'uir renforcer Lamboy, et larmée royale n'aurait plus alors que la ressource de se jeter en Hollande pour echa|)perà la iiiine certaine ; ce serait alors lAUemagne aux Allemands, rEm|)ire délivré, les conquêtes définitivement perdues. Il s'agissait aussi, les vivres étant extrêmement rares, de saisir ceux des ennemis.

Le 14 janvier, les Franco-Hessois arrivent devant Urdingen. On creuse des fossés ; on élève des retranchements que 8 canons couronnent bientôt, j)rèts à tirer sur la ville. A cette vue, la misérable garnison de 180 hommes ouvre largement ses portes, demande la vie sauve et s'enrc)le dans l'armée des confédérés (15 janvier). Le général-major Gaspard de Mercy s'était bien |)roposé de secourir la place ; mais re[)0ussé par Uosen, auquel était confié un rôle de surveillance, il ne lui avait été loisible en fuyant (jue de jeter dans la petite ville deLinn le régiment de Lamboy cju il destinait à L rdingen. Sans perdre de temps. (piel<[ues troupes françaises marchent siii- Linii. muni d nu hoii château, renlèvent, ne peuvent atteindre Mercy c[ui a déjà rejoint

reste des troupes à Uees {Gazelle du iô janvier 1642, ii» 12. De Cologne. 14 janvier 1642).

l". 6a:e//edu 1-' février 1642. n' 11. De I.a Haye, 21 janvier 1642. Uisl. du maréchal de Guébrianl. par J. Le Le L.vbolreur, et aiiàs.

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Laml)oy, et liousciilent plusieurs reconnaissances. Par des prisonniers, l'on apprend alors que Lamboy n'a pas quitte ses quartiers d'Huis ^ Guébriant seliàte de ramener les siens à Linn. cnfourthe un cheval frais, galope de nuit jusqu'à l'rdingen, et ordonne à toute Tarlnée d'avancer ininicdiatemeilt ; le gtos canon et les bagages, qui alouitli raient la marché, seuls resteront en place.

Le lendemain 17 janvier, à 8 heures du malin, Français et Hessois au grand complet sont en bataille sut la place d'armes de Linn. D'une brève délibération entre les chefs, il résulte qu'on ira combattre Lamboy. Guébriant exhorte alors les troupes à peu près en ces termes : (( Je reconnais, à votre contenance, qu'il ne faut rien autre pour vous exciter au combat que la présence des ennemis. Ils sont dans l'état que vous pourriez souhaiter... Je vous promets la victoire, comptant sur la valeur dont vous avez fait preuve jusqu'ici. Souvénez-vous que l'ennemi est Un amas de toutes ces grandes armées de l'Empire que vous avez ruinées et que vous pouvez \aincre partout... \ ous serez bietitot maîtres de tout ce qu'ils ont ici et vous vous enrichirez de leurs dépouilles : toutlepays sera votte butin... »Ces mots portent juste ; l'àmé du chef vient de pënëtréi' l'àme du soldat ; un léger frisson d'approbation paj-court les rahgs.

Il est y heures lorsc|ue Guébtiant part avec une avantgftrde de cavalerie ; bientôt il se trouve en vue du camp de Lamboy. Aussitôt, accompagné du baron dé Tracy et gardé par les dragons de Hosén, il fait la reconnaissance indispensable des lieux; Sur UUë faible éiïiinence, un retranchement haut dé 12 pieds, avec uii large fosse et deux haies très épaisses, également avec fossés, limitent un camp de fotme triangulaire, désigné sOUs le noUl de Landwert. Aux deux extr.émités de la ligne principale existent des barrièresy donnant accès. A l'intérieur, les troupes impériales se tiennent poètes, en bon ordre, la cavalerie légèrement en arrière ; les ouvrages sont occu-

l. Le~ auteurs donnent indilïéiemment à la batnille que nous allons décrire le nom de h'empen. Unis, Crevèll, Saint-Anloine, Sainl-Thoiii, Colùfjne. On a généralement adopté : Kenlpen et Crevell.

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|)(*H scjlideiiHMit. L'fenseiiil)le offii' rasjX:'*-! d'iine forte posilioii, ([ui, à n'en pas donler, seia del'endne lësolu-

IM(Mll.

Les uniles se ran|^eid eu bataille à Jnesure (ju'elles arrivent : Taupadcdl et Oelnn, à j^aliclie ; ]']|)ersl(;in et lÎDsen, à droite; (iuéljiiant, au centre. Le «(énérul de llat/feld j)eut surveuii- à tout moment ; coûte (|ue coûte il faut donc ri.s(|uer la chance, agir sans hésitation, la piomptitude d'une atta([ue exerçant toujours un elTet moral considérable. Voyant tous les «^-enéraux et les colonels dans celte disposition, Guébriant fait une dernière et coufte recoiinaissiinée, lui permettant d'arrèlei- ne ufirieiur son (lis|)ositif : on fera ti-ois altatjues simultanées.

L'artillerie loline de tonte pari. Guébriant se lauce contre le retranchemenl, ciierche a dc'dogei* un advervaire résolu, couvert, dont 1<^ lir est ajuste. Longtemps les elVorls restent impuissants et s'émoussént contre l'épaisse ligne forliliée ; enlin devant rinipiHuosité re- «huilable îles assaillants, les Impériaux comuu'ilcent à leculei-; les barrières et les haies soiit alors abattues ; les ])alissades tombent ; le canon du camp, aussitôt pris, aussitôt bra(jué sur l'enniimi, tlécime ses rangs. A la gauche, Taupadell et Oehm, et, à la droite, Eberstein et Hosen, par des mouvements concentriques, facilitent Taclion du centre et pénètrent tous à la fois dans le Landwerl. L'infanterie royale, dans son admirable entrain, fonce tète basse sur l'ennemi, mais risque ainsi de compromettre le succès final en immobilisant la cavalerie. Guébriant s'en a])erç.oit, intervient^ et, pour l'arièter dalis son élan, se voit obligé de frapper de son épée quelques-uns des siens, et d'interdire, sous peine de mort, d'aller plus avant. Son champ devenu libre, la cavalerie des alliés entoure les lmj)ériaux, charge de fioiil et de (lanc avec une arileur sans pareille. La cavalerie ennemie, accablée, rompue, ne peut secourir les débris des siens. Les uns tombent, les autres essaient de fuir; mais déjà les issues soht gardées avec soin; déjà la retraite est coupée. Cependant le baron de Lamboy,daus un suprême eftort, parvient a rallier quelques

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centaines de braves, officiers et soldats, qu'il ramène vigoureusement à la chai oe. Inutile héroïsme ! La bataille est irrévocablement perdue*. Cherchant alors à fuir le champ de bataille, il est pris ainsi que le baron Henri de Mercy, général de cavalerie, et le comte de Lodron, beau-frère de Gallas^.

1. Le Laboureur dit que Lainboy essaya de rallier les siens pour les mener à la charge, et qu'il ne put y réussir.

2. Les auteurs ne sont pas daccord sur la personnalité du général Mercy qui fut pris à Kerapen. Les uns disent que c'était François, les autres, Gaspard ; certains l'appellent Pierre. M. le duc d'Aumale luimême le nomme Gaspard [Hist. des Princes de Condé, t. IV, p. 344). Pas un auteur, je crois, ne lui donne son vrai nom : Henri (voir aux appendices).

Le feld-maréchal François de Mercy, que nous connaissons d^jà eut pour frères : Henri, Gaspard, Antoine, Louis, un chevalier de Malte, tels autres morts jeunes ou religieux, l'abbé de Mercy. Ils appartenaiefit à une ancienne Maison d'Allemagne, établie sur les confins de la Lorraine et du Luxembourg, possédant une des baronies relevant en ligne directe de l'Empereur, mais depuis peu sous la protection du duc de Lorraine, terre que beaucoup de villages et de fiefs rendaient importante. Us avaient la même origine et portaient les mêmes armes que les anciens comtes de Genève.

Henri de Mercy, l'aîné de tous, reçut du duc Amédée de Savoie un régiment, à la tête duquel il se signala, au siège de Verrue principalement. Bretteur renommé, il eut jusqu'à 13 duels, et tua plusieurs adversaires en combats particuliers. Il prit du service en Lorraine en l(i37, y leva, sur son crédit et grâce à sa réputation militaire, plus de (J.OOO hommes , conquit des villes, des places, des châteaux, harcela les troupes françaises. Richelieu fit condamner ce gênant personnage à la potence <■ comme rebelle et traître au Roi », ce qui n'était pas une raison plausible, Henri n'ayant jamais été Français. Bientôt après, Louis XIII et le cardinal duc ayant quitté Metz pour retourner à Saint-Germain. Mercy enleva une partie des bagages de ce dernier, et, pour s'en moquer, réunit un conseil de guerre, qui, le jugeant « séditieux, perturbateur du repos public et usurpateur du bien d'autrui », ordonna de le pendre en effigie à proximité de Metz, ce (jui fil beaucoup rire. Ne pouvant s'entendre avec Charles de Lorraine, Henri se rangea sous les drapeaux de l'Empire et devint général de cavalerie. II servit glorieusement, acquit une grande renommée, et mourut à la bataille de Tabor/Jankan ou .lankowitz) en mars Uî-l.'). De sa femme, qui appartenait à la Maison de Brandebourg, il n'eut pas d'enfants.

Gaspard de Mercy, d'abord page de l'archiduc Léopold d'Innsbruck, devint général de cavalerie ; il servit en Lorraine puis en Bavière 1639j. « Modeste, simple, très vaillant, il avait des habitudes humaines, fort rares à cette époque, et qui le faisaient chérir partout », écrit le duc d'Aumale (Hist. des Princes de Condé, t. I\", p. 344.) « C'était un homme de bonne mine et bien fait, d'une bonté et libéralité incroyables » qui se ruina en donnant tout ce qu'il avait, dit le mémoire que nous consultons. Il était « estropié des deux bras et tout rompu de coups », toujours en campagne néanmoins, d'une extrême bravoure,

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