‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 79 sur 159 · KEMPEN ET LE BATON DE MARKCHAL · texte numérisé non relu

KEMPEN ET LE BATON DE MARKCHAL

joignit à la sienne, dans le cas où Ton pourrait agir ensemble. « (le sera donc à vous de v(jus y conduire selon votre prudence, écrivait ("dia\igny au maréchal, observant de quel costé vous pourrez, agii- plus avantageusement, et ce ([ue les allaiies (rAllemagne vous permettront de faiie |)our contenter- le dit sieui- l'rince quand il désireiM cette jonction. » Mais (iuébriant dc.'vra obliger le statlioudei- a lui rendre pareil service au besoin : « Il sera mal aisé qu'il s'en excuse cpiand vous Taures assisté une fois avec l'armée de Sa Majesté K » A la même date, 30 mai. le Koi donnait le même ordre à Guébriant. « Mais il i'aut. disait-il, (|ue ce soit de telle manière et conjoncture (|ue mes affaires et celles de mes alliés n'en soient aucunement relardées en Allemagne, et que ma dite armée ne soit point engagée dans les desseins des Pays-Bas. » (^uece soit « pour un prompt effect » et si les affaires d'Allemagne ne ra[)pellent pas ailleurs -.

Apprenant que les ennemis dirigeaient sur (iuébi'iant leurs troupes de Flandre et d'Allemagne, de Narbonne,le 13 juin, le lloi prévenait le maréchal d'être sur ses gardes et de s'entendre avecle prince d'Orange. Il se concertera donc rapidement avec M. de la Thuilerie, ambassadeui' à La Haye 3, Ordre était également donné à Sublet de Noyers d'avoir à prendre un soin particulier de l'armée d'Allemagne. A ce sujet, le secrétaire d'Etat à la guerre écrivait à (iuébriant : « Maintenant que les tempestes qui menaçoient l'Estat et les particuliers de ruine sont dissipées et que le serein revenu nous donne moyens de voir nos affaires plus directement, je reprends d'autant |)lus gayement le train de nos correspondances... Il faut maintenant pourvoir de si b<:)nne sorte à vos alVaires que nous n'ayons pas à demander tous les jours des miracles pour

1. Bibl. Nat., ÔOO Colberl. V. 1H-S7, et Arcli. linlioii. Cîuivigny à Gm^briant ; Béziers. .30 mai 1»U2.

2. Bibl. Xat., 5(»(i CoUiert. V. 109-72, et Arcb. Rotioii. I.e Roi à (Iuébriant ; Perpignan. 30 mai 1G42; cité par Le Lajjuureur.

•^. Bibl. Xat., 50'J Colberl. \'. 101I-7H, et Arcb. Rotrou. Le Roi à Cuébriâot ; Narbonne, 13 juin 1642.

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vous niaiuteiiir '... » C'était reconiiaitre les terribles (liflicultés au milieu desquelles se débattait continuellement le maréchal.

Le 15 juin, le gouverneur de Maestricht faisait savoir que don Francesco de Mello, gouverneur des l*avs- Has espagnols, à la tète de 14.000 hommes, était passé à Dietz, et ([u'il tournait en diligence vei-s la Meuse à la rencontre du comte de Fontaine '-. Quatre jours plus tard arrivaient trois autres courriers, de Maestricht encore, annonçant, pour le lendemain 20 juin et « sans faute », ra|)parition de Mello sur la Meuse, et la marche à bref délai des Impériaux, des lîavarois et des Espagnols sur Grevenbruch. Dans une si grave circonstance, le maréchal conserva toute sa présence d'esprit. Avant de reculer devant des forces supérieures, il expédia son bagage à l'rdingen, et se contenta d"\ ftiire préparer le camp, en vue d'un départ subit. Lorsque Mello ne fut plus qu'à uiie journée de l'armée, il donna le signal de la retraite, durant laquelle, toujours à l'arrière-garde avec sa cavalerie, il contint les ennemis. Le 20 juin dans la soirée, il entrait dans Lrdingen ; le surlendemain, le prince d'Orange, qui avait passé le llhin à Wesel, à la tète de toutes ses troupes, s'arrêtait entre Pdiinberg et Orsoy pourl'épau-

1. Bibl. Xat., 500 Colbert. V. 108-109. De Novers à Guébriant ; Roanne, IC) juillet 1642.

2. AfT. Etr., Allemagne corresp. V. 1(!-ô0.ô-.j06. Xonrelleti d'Allemagne, juin 1«42.

Paul-Bernard Fontaine « genlillàtre lorrain ». fils d'un maître d'hôtel du duc de Lorraine, entré jeune au service de lAutriciie, rendit de grands services, el. dès ](J2ii, fut titré comte par Ferdinand II. l,a même année, il acquit d'Henri Gouflier, marquis de Bonnivet. la terre de Fougerolles en Franche-<Jomté. Protégé par la duchesse Marguerite, il épousa .\nne de Raigecourt. dune ancienne famille lorraine. A la mort du cardinal Infant, il devint l'un des gouverneurs de Flandre. En lt;42, Fonlainc avait environ r)Oans de service et le grade de maréchal de cam[». Gelait un homme au coup dœil sûr, de sang-froid et d'expérience Hisl. des Prinres de Cnndé. par le duc d'AuMALE, t. IV', 2Sj. ,< Remarquons, dit M. le duc d'Aumale, que presque tous les recueils biograplii(jues confondent ce soldat de fortune, tué à Rocroy, avec Pedro Enriquez de Acevedo, comte de Fuentès, petit-neveu du grand duc d'Albe, né vers 1526, longtemps capitaine général des armées espagnoles, vainqueur à Doullens en 1595, et n)ort en IGIO à à Milan... »

KEMI'EN ET LE HATON DE MAHKc lIAt. 27'.)

Icr '. Les tleux armées seinlilèient ne |)lus lornier ([u'un seul et même corps ; leurs eamps, étal)lis ù faible distance, étaient solitlement reliés. Ce même jour, 2U juin, parvenait é<^alciu(Mit à l idiiij^en le rcnlortde Irance, atteiulu tle|)uis si longtemps -. Les vents contraires l'avaient fait aborder au-dessous d'I'^merich; ses bagages provisoirement laissés dans les bateaux, il s'était rapidement [)orté sur W'esel alin d'y l'raneliir le Uhin ''. « Lnlin, s'écrie Ciuébriant dans une lettre à de Noyers, les IJretons sont arrivés en bon état et en nombre... J'espère (ju'ils rendront de bons services au Koi, et que par ainsi vous ne regretterez pas les soins qu'il vous a plu prendre pour les envoyer jusqu'ici^... » Mais pres([ue aussitôt après, le2.jjuin, il constate de mauvais symptômes, et prévient de Noyers de « la passion (|u ils ont à s'en retourner ' ». Puis, le 22 juillet, et toujours au même secrétaire d'Etat : « Il ne me reste qu'à vous parler de nos Bretons, qui font ce

\. Gazelle du 5 juillet H',\-2. De (lolo^Mie, 24 juin H)I2. Gonzcnbacli ; GuébrianI ù Eriach ; camp d'Urtliiigcn s juillet 1(U2.

'2. Dès le 2S janvier, le Hoi annonce à (iuébiianl qu'une levée de i.ouo liretons sera dirigée, avec 2 autres régiments d'inl'anlerie vers l 'Allemagne. Il a déjà donné l'ordre ù .M. Le Comte, commis de Suiilel de Noyers, de les l'aire conduire à Rolierdam, et, de là, par le Rliin, à W'esel. (Bibl. Nal., TjUO Colbert. \. 10".m;2, et Arcli. Hotrou. Le Hoi a (juébriant, 23 janvier l(i42.

■< L'on n'espargne ny peine ny argent, et... il n'y a soldat qui ne revienne à Sa Majesté à plus de vingt escus, tant il convient faire de frais avant qu'on leur puisse faire prendre terre en Hollande ; mais la desjjcnce est peu considérable, i)ourveu ([ue l'eflect s'en ensuive... » (Hibl. Nat., 500 Colbert. \ . ms-l, et Arcb. Hotrou. De .Noyers à Guébriant ; Narbonne, 20 mars 1()42; cité par Le Laboureur.)

Le (i août, de Noyers souhaite à Guébriant « l'autorité et les moyens de maintenir dans le service un corj>s qui y a esté conduict avec tant de seings et de peine et de despence, n'y ayant aucun s<ddat qui ne couste à la province et au Hoy plus de cent livres. » (Bibl. Nal., ôou Colbert. V. lOS-11, et Arcli. lîotrou. De Noyers à Guébriant; Fontainebleau, a août 1612; cité i>ar Le Laboureur.)

Les bretons étaient conduits par M. de Cargret, parent ilu maréchal, gentilhomme breton, maréchal de canqj dans l'armée d'Allemagne, li avait dû laisser des malades en Ilollanile, et sur 4.000 hommes partis de France, il n'en amenait que H.fîOO à destination.

■i. Gazelle du 24 juin lii42, n" 77. De Cologne, 3 juin 1<!42.

4., AIT. Ftr., Allemagne corresp. V. l'.-é'.t."). Guébriant à de Noyers; camp d'Urdingen, 23 juin 1642.

î>. AIT. Etr., AU. corresp. \ . l(;-497. GuébrianI à de Noyers ; Urdingcn, 2r> juin l(i42.

qu'ils peuvent pour s'enfuir, et bien qu'assez stupidés, n'ont pas laissé de trouver déjà cette malice de se rendre aux ennemis et chercher par ce moyen le retour à leurs pays. Gomme j'estime qu'il n'y a pas de meilleur remède pour empêcher ce désordre que d'en faire pendre, je m'en sers et espère d'en venir à bout avec le temps'. »

Au lieu de troupes aguerries, ce renfort n'était malheureusement composé que de nouvelles levées « de pauvres misérables païsans ramassez de tous endroits et sans aucun chois, que le seul juot de guerre épouvantoit et qu'il avoit fallu comme vener dans les forests et les mener enchaînez aux vaisseaux destinez pour les transporter », écrira le maréchal désappointé. La Bretagne avait fait la dépense de leur voyage « avec autant d'affection que de fidélité ». Sa qualité de Breton donnera-t-elle à Guébriant un peu de prestige sur de telles recrues ? Parviendra-t-il à les discipliner ? 11 tâcha tout d'abord d'éveiller une ardeur de race, latente peut-être dans ces natures grossières; il les reçut avec bonté, fit donner à chacun un habit de couleur uniforme, gris, pour « leur mettre le cœur au ventre», disait-il familièrement, et « faire mieux remarquer leurs belles actions ». Mais ce fut peine perdue. Les Bretons se débandèrent presque tous en l'espace de deux mois. Fugitifs, courant isolément ou par petits groupes, ils se firent traquer et assommer par les habitants et les ennemis; quelques-uns parvinrent, après des souffrances inouïes, à regagner leur pays natal, et s'y virent recherchés, arrêtés, punis '. L'armée fut ainsi réduite, et son état devint pire encore, faute de paiements 3.

1. Afl'. EU'., Allemagne corresp., V. 10-524. Guébriant à de Noyers; 22 juillet 1642.

2. Arch. Rotrou. V. II-r,>4. (iuébriaiit à de Noyers ; camp d'Urdingen, 29 juillet 1642.

" Par vos incomparables soins, nous avons eu un fort beau et bon secours de Français. Le voisinage de l'arMiée de Hollande nous le diminue un peu, et la malice des soldats (jui, par l'assistance et passeports d'Espagnols, cherchent le retour en leur pays... »

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