I.A FAAIir.LE ET LA JEUNESSE DE GUEBRIANT ô
Deux aiiï^ plus tard, un membre, de la même famille, Jean lUicles, se faisait Ijiillaninieiit tuei' à la hataille de Rosebecque (1382 i. (^)ue de personnages pouiiioris-noiis encore citer dans celte belle lignée !
Fils de Jae(jU(»s, chevalier, seigneur du liircl cl ibi Plessis-lUides, cl (b' Béatrix de Roniilb', baronne (b^ Sacey, Cbailes Ibidesavait, pour aïeul inateriK'l, ('harles de Couvran, donl la mère, Marguerite de Heauvau, l'apparentail à Henri l\ , roi de France et de Navarre. (^.Iiarles et ses frères étaient encore jeunes lors des lioiibles provoqués par la Ligue, mais, sans liésiter, ils se déclarèrent pour le lîoi. François, Fainé, (|ui faisait son a|)prentissagc dans le métier des armes en Ilali»', revint en toute bâte, et prit du seixice sous b^ |)rince(le Dombes. Charles tint gai-nison dans sou cliàlcaii (bi l'Iessis-lUides.
Leur famille, alors divisée en deux l)rancbcs piincipales, avait pres(|ue tous ses biens dans La région de Saint-Hrieuc. S'en écartait l'importante seigneurie de Sacey, située non loin de Po-ntorsou *.
La proximité relative entre Le Hirel, Le Tertre-Jouan, Le Plessis-lkides et (Kialrevaux, les plus considérables de ces domaines, aux environs de Sainl-Urieuc, favorisa grandement les relations familiales à cette époque de troul)les où l'état et le peu de sécurité des chemins rendaient la circulation difficile. Aussi vit-on Anne, fille de Jean Budesde Quatrevauxet de Marie du lloulle, épouser (iharles, son cousin, en L"il)l '.
Charles se distingua comme défenseur de Lamballe et de Moncontonr ; à Moncontour, avec quelques braves, il lit une heureuse sortie, et enleva des canons aux ligueurs, ([ui, ayant perdu soixante gentilshommes, levèrent le siège; il obtint alors le gouvernement de ces deux places. Par vengeance, les partisans de ^Merccvur pillèrent, brûlèrent, détruisirent tout sur ses domaines, et, s'il faut en croire la tradition, ils investirent même
1. On écrivait autrefois iiulistiiictonient : Sacey, Sacé, Sasro.
2. Contrat de mariage du 7 octot)re lôîU. Arch. du comte de Guébriant.
fi LE MAniCCIIAL DE OUKBRI ANT
le château du Plessis-Jiudes, où se trouvait Anne; sa femme, « qui possédait une âme du premier rang dans un corps de second sexe ». Sans hésiter, la nol)Ie (Uime prit le commandement de la garnison et soutint le moral des assiégés. Devant pareille résistance, les ligueurs renoncèrent à leur projet, mais, avant de s'éloigner, ils essayèrent d'incendier le château. Ils amoncelèrent donc quanfité de bois contre les murailles, et ne réussirent qu'à détruire les communs. Anne lîudes eut encore à défendre d'autres biens contre les ennemis, et s'en tira avec l'intelligence, la décision et la fermeté qui sont le propre des cœurs bien trempés.
Fort en vue pour avoir, à la bataille de Oaon., en 1592, et dans une circonstance toute particulière, sauvé la vie et la liberté au prince de Donibes, François, seigneur du Hirel, frère aîné de Charles, commandait, en 1597, l'avaiit-garde de la petite troupe chargée de ravitailler la garnison de (tesson. On remarqua sa furieuse impétuosité dans cette entreprise ; il s'empara de la cornette de Jean d'Avaugour, chef des assiégeants, puis de Jean lui-même, et leçut un vigoureux coup de ])ique, dont il fut à toute extrémité. A peine remis de cette grave blessure, François courait au château de Quilhec, soigneusement fortilié par les ligueurs, et s'en emparait d'assaut; mais, le cor[)s traversé de part en part d'un nouveau coup de pi(|ue, il expii-ait deux heures après. Par cette mort, Charles devenait chef de famille, et s'intitulait : seigneur du Hirel.
(diarles Budes du Hirel était homme d'esprit, mais impondéré, violent, provocateur. Sa femme essayait de tempérer son ardeur, de calmer son bouillant caractère, d'atténuer ses chagrins et ses déboires, de relever son moral à l'aide de celui dont elle était pleinement douée. Charles eut plusieurs duels, bravant ainsi les édits, mettant à la torture sa femme et sa noble mère, Béatrix de Romillé, qui durent, en ces moments critiques, faire appel à toute leur énergie. Si l'on osait lui montrer de la compassion ou exprimer certain étonnement au sujet de ses fils, cachant alors la réalité de ses douleurs de mère, Béatrix de Romillé répondait simple-
i.\ 1 amii.m; i:t fa jf.inesse he glkbiuvnt 7
ment (jii'elle n'a\;iit pas l<' dioil <lo los commander lorsque^ l'iioiiiiciir parlail.
Après un fameux couiljal singulier entre (iahriel di.' .Nfonfgomerv et Renaud de la .Mar/(dière, où ce dernier trouva la mort, (diailes Uudes, tenu pour l'auteur du défi porté à Montgomerv, eut tout particulièrement à craindre des représailles. Sa mère les i-edoutait à ce j)ôint (ju'elle lui écrivait : <■ Surtout garde/.-vous de surprise, ny de laisser aprocher personne de vous à fent pas. \'ous devez tousjours avoir- avecques vous un bon ar(juel)usier et un bon pistolet et un bon cheval si se peut. » Il devra aussi se faire « accommoder un pourpoinct corne les aultres, car à cette heure; tout le monde en jiorte ; cela est tout commun à la cour, et il ne fault esire si vaillant qu'en sûreté ». Après ces conseils, elle croyait devoir admonester ce lils (jui la reni- ])lissait de soucis. « Ce n'est pas en ce règne, ajoutait- «dle, (pi'ilfaut entreprendie vengeance. I^i^s sages laissent passer l'orage et se tiennent clos et à couvert, (-ette considération eut dû vous accompagner: vous parleiie/ ab^rs comme les autres, sans passion. » Puis elle insistait encore sur la nécessité d'écouter les conseils de ses amis, et de prendre toujours garde aux surprises; il faut rester unis j)Oui* être en force au juoment voulu. Elle recommandait également a son fils de se mettre sous la |)iolection des maréchaux de Bois- Dauphin et de Brissac, de M. du TJiatelier, « ([uy esl fort homme de bien », du président de Maiigny '. Elle tremblait pour lui.
La mèie de C-harles du Ilirel, par sa |)rudence et son extrême sagesse, évita les brouilles entre ses cin(j fils et sa fille, au moment de leurs partages. Tons ses enfants acceptèrent la règle de succession en usage dans leur famille, quoique rigoureuse pour les cadets, ("omme aîné, Charles s'attribua les deux tiers an moins des biens paternels et maternels; Béatrix de Romillé se réservait la jouissance de son avoir propre ; jnais
1. Béatrix do Romillt- à Clmrli's Biidos ; Sacey, lit niai HîOj. Arch. tlu comte de Guéiiriaiil.
al)andonnait cependant à C.liarles ses revendications contre Louis de Quélji-iac, seigneur de (juébriant, héritier de François de Felle, pour restitution de neuf mille écus ; en compensation de cette somme, la terre du Guchriant, sise à vingt-quatre milles environ au sudouest de Saint-Malo, devint bientôt la propriété de Charles. Les partages terminés, Béatrix de Romilié n'en resta pas moins le centre de la famille, aidant ses enfants de conseils et deniers.
Henri IV accordait une confiance particulière a Charles Budes, dont il avait apprécié les services en maintes circonstances. En 1598, il le convoquait aux Etats généraux ; puis l'attachait à la personne du duc de Vendôme, et lui donnait une pension. A l'aurore du règne de Louis XIII, ce bâtard de France était gouverneur de Bretagne : Jean Budes de la Courbe, capitaine de ses Gardes, avait le gouvernement de la ville et du château de Vendôme, et son frère Charles, celui de Lamballe, qu'il fortifia.
Charles et Anne Budes du Hirel avaient deux fils : Yves et Jean-Baptiste i.Né au château du Plessis-Budes, le 2 février 1602, Jean-Baptiste eut pour parrain son oncle Jean de la Courbe, que nous verrons s'intéresser tout particulièrement à lui.
On mit de bonne heure les deux frères au collège de La Flèche, tenu par les Jésuites. Quoique pleins de bonté et de soins pour eux, M. et Mme du Hirel tenaient à leur donner une éducation virile. Attentive, bonne, d'une piété profonde, d'une culture d'esprit étendue, raffinée dans ses goûts, femme de bon sens, aimant l'étude et les arts, Anne était à même d'exercer une très heureuse influence sur l'éducation morale et intellectuelle de ses enfants.
La vieille grand'mère du côté paternel, Béatrix de Romilié, dame du Hirel, qui vivait au château de Sacey
1. Ils avaient comme enfants vivants : Renée, Yves, .lean-Baptiste et Marguerite. Ils avaient perdu Jacques, François et Anne.
l.\ lAMIII-i: ET l.\ JEUNESSE DE r.L'KnHIVNT <|
entourée de l'aflection et de l'estime des siens, avait aussi <^i"ande influence dans 1 inlelli^^cnl»* dirertion {[ue l'on donnait à ses pctils-fils ; elle complétait, doublait sa belle-fille ; toutes les deux étaient femmes de même li-enipe, de même larj^cur d'esprit, de même caractèi-e.
l/imaginalion des deux frères était hantée par les souvenirs de la Ligue — souvenirs, récents encore, de rudes actions au\(|uelles avaient été inêb's leur père et leurs oncles, François du llirel et Jean de la Courbe, ainsi que de nombreux parents ; ils cons<M\ aient gravés dans leur UK'moire les rt'cits de ces furieux combats, des surpiises, des assauts, des duels où le cerveau et les muscles jouaient tour à tour un rôle. Ils étaient tloués de natuies assez dissemblables. Yves, ([ui tenait beaucouj) de son j)ère, plus violent et plus entrepienant (|ue son frère, batailleur, vigoureux, agile, recherchait les aventures; d'une intelligence vive, spirituel, de repartie facile et mordante, d'une remarquable beauté virile, il [)laisait extrêmement aux uns et se faisait haïr des autres.
Ardent aussi, vif, audacieux, turlndent, Jean-Baptiste avait la passion de la guerre. Il aimait lutter avec ceux de son âge, organisait des partis, livrait de petites batailles rangées, où l'on recevait force coups, et donnait ainsi satisfaction à une nature bouillante. Il subissait, à l'opposé de son frère, l'influence de sa mère et de sa grand'juère. De haute taille, distingué, de physique agréable, avenant, il inspirait généralement de la sympathie à ceux ([ui l'approchaient.
Ces deux frères étaient également attachés à la religion catholique: mais les sentiments de foi se développeront plus vigoureusement chez Jean-Baptiste, qui deviendra très pieux, avec cette largeur d'esprit qui sied aux âmes vraiment chrétiennes. 11 aura pour idée dominante de moraliser la guerre, c'est-à-dire de mettre un frein aux exactions dusoldat — vols, pillages, violences, meurtres ; il [Protégera les églises et les couvents, les faibles, les victimes impuissantes des armées; en campagne il assistera tous les jours à la messe. Jeune encore, il eut la force de vaincre ses passions;
avec Vàge, il deviendra aussi pondéré et maître de lui c|u il aura été imjx'lueux dans sa jeunesse. Il sera généreux, modeste, s'oubliera pour aider les autres, "i'ves, son aîné, connu sous le nom de baron de Sacey, brillait plus que lui ; prime-sautier, ambitieux, il se mettait plus en avant. Les Jésuites de la Flèche fondaient sur eux des espérances ; ils faisaient surtout cas de M. de Sacey qui était plus travailleur, et cherchaient à le mettre en relief. Ainsi, en 1615, Mme du Hirel leur ayant demandé la faveur de posséder ses fils au Plessis-Budes durant les fêtes de la Pentecôte, ils accordèrent l'autorisation. Ils « leurs ont permis faire tout selon vostre commendement et meilleur jugement », écrivait à Mme du H irel l'intermédiaire employé dans cette négociation ; mais ils exigent que M. de Sacey soit présent le jeudi suivant; car ce jour-là, en séance publique, il produira diverses « pièces et eschantillons de ses ouvrages, actes de sa diligence et monstres ou enseignes de son esprit », 11 devra « les deffendre et montrer que sont œuvres de sa bouticque, apportant les raisons propres selon son jugement ' ». Les jésuites voudraient que les frères Budes, les vacances venues, ne fussent pas détournés du travail par trop de distractions, et que les parents apportassent « prudence et vigilence » dans la crainte de provoquer en eux le dégoût de l'étude au lieu d' « un appétit de mieux faire ».
Durant leur séjour au collège de La Flèche, Yves et Jean-Baptiste ne se montrèrejit pas toujours irréprochables, affectant, Famé surtout, une trop grande indépendance ; leur mère s'en inquiéta. « Pardonnez, madame, pardonnez à vos enfants, c'est un trait de jeunesse », lui écrivait, un jour, le père Estienne, après certain méfait : « la jeunesse ne sait, le plus souvent, ce qu'elle veut... » « Jean Budes est sage ; s'il pouvait un peu plus étudier qu'il ne fait'-! » Quelque temps
1. Arch. GuôbrianL.. à Mme du Plessis-Budes, ce 2t> mai l<!lô.
2. Arch. Guébriant. Le^p^re Jean Estienne, de la Compagnie de Jésus, à MmeduHirel, à Lamballe; La Flèche, <> avril fU)17).Voir aux appendices.
LA FAMILLE KT I, \ JEUNRSSK DE GLEnRLWT II
après, le père Robin (iemandait à M. du llirel de ne j)oint s'arrêter a « toutes sortes de plaintes ou de rapports » sur ses fils, mais de ne j)as leur épaigner ses remontrances et ses lettres'.
Lors({u'un jour Louis XI 11 vint à La Flèche, ce fut Jean-Hapliste que Ton choisit pour débiter le compliment d'usage. Le lîoi ne loublicra pas, et ce petit fait ne mancjua pas d'avoir plus tard une avanlageuse répercussion.
Le il) janvi(M' Kî'iO, Charles du Ilirol mourait au l'Iessis-Hudcs. Un embauma son coi(js ; deux pièces du château, tendues de noir, se transformèrent en chamjjre mortuaire. On Iranspoi-ta le cercueil dans l'église de Plëdran, et, le ilimanciie suivant, à Saint- IJrieuc, où les obsèques se firent à Téglise de Saint- François, toute drapi'e de velouj-s et brillamment éclairée. La veuve de Charles, femme de (h>voir avant tout, se consacra dès lors entièremenlà 1 a\enii- de ses enfants. Dans cette délicate besogne, à défaut ch^ sa belle-mère morte en Jl>J2, elle eut un sérieux appui en ses beaux-frères, Jean Hudes de la Courbe, aussi dévoué que désintéressé, et Christophe Hudes du Plessis-au-Xoir. Le sieur du Couray, seigtieur de la Coste, qui depuis peu avait épousé sa fdle Renée, lui fut également un aide précieux. De sain jugement dans les affaires difficiles, il saura, grâce à sa générosité, résoudre des problèmes pécuniaires-.
Les proches parents du défunt étant venus aux funérailles, Anne voulut immédiatement donner une tutelle à ses enfants. (^)uelques jours donc après le décès, le r> février 1G20, se tenait un conseil de famille. Renée, des quatre enfants alors vivants, était la seule majeure. Anne discuta l'opportunité de constituer une tutelle à Yves Budes, baron de Sacey, à Jean-Baptiste, écuyer, seigneur du Plessis-Budes (nom que portera le futur maréchal jusqu'à l'attribiilioii (|iii lui sei'a faite |)lus
1. Arch. Guébriant. Le père J.-B. Robin, de la Compagnie de .lésus, à M. du Ilirel, à Lamballe ; La Flèche, <> juin l<il7.
2. Ayant perdu sa femme après ime courte union, la Cosie entia plus tard dans les ordres.
tard de la terre du Guébriant), et à ^favguerito sa fille cadette Yves, ayant atteint sa vingtième année, pourrait avoir, déclara sa mère, à certaines conditions de prudence, l'administration de ses biens; mais, pour Jean- Baptiste et Marguerite, elle demanda une tutelle, dont elle acce[)terait d'assumer la charge. Le conseil admit qu'^ ves jouirait de ses biens, ^ans toutefois pouvoir « vendre ses héritages ni prendre advance de son revenu pour plus d'un an, ni contracter mariage sans Tadvis de ses parens ». Ses oncles de Boucey et du Plessis-au-Xoir furent nommés en conséquence, curateurs pour ses terres en Normandie et en Bretagne. Anne devint tutrice des deux cadets ^, et le conseil décida quelle recevrait une pension pour leur entretien et leur éducation — annuellement 600 livres pour Jean- Baptiste, et 300 pour sa sœur — moyennant quoi, la tutrice était obligée de les « entretenir bien et deubment audict prix, selon (|ue à la qualité de noble apartient )).
Le surlendemain de cette réunion, le 7 février 1620, Yves Budes donnait une procuration à sa mère pour gérer ses biens, ayant l'intention de quitter la Bretagne et d'embrasser la carrière des armes. Dès le mois de juillet suivant, il allait en effet, avec son oncle de la Courbe, ouerrover en Lano^uedoc contre les Huguenots, sous le commandement de César de Vendôme. Jean-Baptiste reprit le chemin de La P'ièche, mais, l'année suivante, il en sortit et commença ses études
1. Procès-verbal de la délihéialion du Conseil. Arch. du comte de Guébriant. Le conseil de famille se composait de : René Budes, seigneur" de Boucey, Christophe Budes, seigneur du Piessis-au-Xoir, Jean Budes. seigneur de la Courbe, gouverneur du duché de Vendôme, Julien Budes, seigneur de iîlancbelande, capitaine et garde-côte de révccbé de Saint IJrieuc, oncles des mineurs : de : Guy du Gouray, seigneur de la Coste, mari de Renée Hudes, sœur des mineurs; de • Jean Troussier, seigneur de la Gabetière, Jacques l^roussier et Jacques Le Vicomte, seigneur de la Viexville, gouverneur des iles Bréliat, cousins issus de germains des mineur» : de : Renée Budes, dame douairière de KcrgrcQ (femme de Philippe du Halgouët, seigneur de Kergrée), tante ; de : Marguerite Budes, sœur de celle-ci, dame douairière de lîrangolo (femme de Jacques Le Noir) : et de : Philippe Visdelou, seigneur de Kermaïquer, mari de Marguerite Budes, sœur des deux précédentes.
LA FAMILLli ET LA JEUNESSE DE (iLEBRIANT l:i
de droit. Dès lors la pension de 600 livies accordée pour les frais de son <'diication ne suffisant plus, Anne dut prier le tribunal de .Monconlour de forc<'r niessire du Plessis-au-Noir, curateur spécial de M. de Sacey, à donner un supplcMuent de pension en ra|)port avec les charges nouvelles'.
Le sieur de Poitrincourt sut rompre Jean-I5aptiste Budes aux exercices physiques. En peu de temps le jeune élève devint fort bon cavalier, mais son tempérament impétueux ne manqua pas de se développer à ce genre de vie : il acquit i^ientôt la passion du duel, non qu'il aimât voir couler le sang, mais comme moyen de mettre en relief son courage et son adresse. Un gentilhomme lui ayant gagné tout son argent au jeu, il apprit, après s'être ac([uitté, que son adversaire avait triché dans la circonstance. Une rencontre eut lieu. Sur le point de perdre la vie, l'adversaire demanda grâce et jeta son épée. Jean-Baptiste la lui rendit aussitôt en disant : u Je te la rends, car je n'estime pas assez l'honneur ni l'occasion de ce combat pour me prévaloir d'un si petit avantage. »
Le fils d'Anne Budes du Hirel paraît, à cette époque, oublier les principes donnés par sa mère ; il s'adonne au jeu et même à la vie irrégulière. Aussi Mme du Hirel et le sieur de la Courbe jugent-ils ])rudent d'apporter promptement un utile dérivatif à son activité en l'éloignant des plaisirs dangereux de Paris. Au commencement de 1022, on le voit sous les ordres du mestre de camp du Plessis-Buat, en Hollande, didjutant comme simple mousquetaire. Selon les recommandations du sieur de la Courbe, qui veut faire de son neveu, auquel il en reconnaît l'étoffe, un homme sortant de l'ordinaire, du Plessis-Buat exige de son protégé un service très rigoureux, et met constamment à l'épreuve sa discipline, son endurance, son intrépitlité. Lu jour, une sentinelle vient d'être égorgée dans un poste dangereux : Plessis-Buat choisit Jean-Baptiste pour monter
1. Anne Bmles à Messieurs les juges du tribunal de Moncontour, 1"> novembre 1621. Archives Guébriant.
U LE MARECHAL DE GUEliRIANT
la faction auprès du corps inerte du camarade, en pleine nuit, l'exposant ainsi au même danger. Dans cette circonstance périlleuse, le neveu de La (bourbe donne une marque caractéri::Lique de sang-froid, qui le fait admirer.
Cette existence nouvelle plaisait à Jean-Baptiste ; aussi s'adonnàit-il de tout co'ur à ce nouveau métier. Il était même tellement occupé qu'il n'écrivait plus qu'irrégulièrement à sa mère et négligeait d'accuser réception des vêtements et de l'équipement qu'il en recevait ^
S'élant attiré les bonnes grâces du Roi, par ses talents militaires et sa vaillance aux sièges de Moncontour et de la Rochelle, M. de la Courbe songea de suite à faire profiter de sa faveur naissante le mousquetaire du Plessis-Budes, son neveu. Il le rappela donc de Hollande, où son apprentissage se poursuivait « au delà de toutes les espérances », comme le témoignait le mestre de camp du Plessis-Buat, lui fit prendre une part active au siège d'Alais, et ne manqua pas l'occasion de le présenter au Roi; Louis XI 11 accueillit avec bonté l'ancien écolier, par lequel il se
1. Anne Biides vivait alors au château de Sacey. Cette terre de Sacey était entrée dans la famille avec Béatrixde Roniillé, mère de Charles Budes. Jadis elle avait appartenu aux Couvran, aux Cambray et aux Malmains. Ici se rattache une légende. Gilbert de Malmains accompagnait à la croisade Hugues le Brun, comte de l'ougères et duc dAngoulème. son parent ; mais, pris de l'irrésistible envie de revoir Sacey, il eût donné n'importe quoi pour y revenir. Comme il se désolait de sa longue absence, un jeune homme distingué ai)parut et lui demanda le sujet de ses tourments. ]\lalmains ne les dissimula pas. et en reçut la promesse d'être ramené dans les vingt-quatieheures à Sacey, s'il voulait lui donner la première chose qu'il verrait sur le ponl-levis du château. Malmains accepta, et, le lendemain, à la n)éme heure, il se trouva devant Sacey. Mais, que vit-il tout d'abord".' Sa lllle! Pris de désespoir, il se jeta la face contre terre et sanglota, regrettant d'avoir fait un pareil marché. Toutà couple jeune homme surgit à ses côtés. Malmains terrifié adressa une suprême et fervente prière au ciel. <> Tourne le pommeau de ton épée contre l'étranger, lui dit une voix, et ta fille sera sauvée ». Il le lit et tout aussitôt le diable — car c'était lui — s'enfuit avec un eflroyable bruit. A la (in du dix-septième siècle, l'on apercevait au faite du château de Sacey, un homme en plomb, aux armes des Malmains, qui tournai! le i)ommeau de son épée \ers un autre jiersonnage. La légeiide se [)erpéluail ainsi.
LA i.VMlLLK Kl LA JEUNESSK DE GUEBHIANT l.",
soiiveriiiit avoir été harangué quelques années auparavant au collège de La Flèche.
En M»2(), Jean-Uaptiste Budes serxil de seconda son intime ami, Kene du Bec, (ils du Mar(|uis de Vardes, dans la forêt de Blois, peu de temps après un nouvel édit contre le duel; aussi dut-il, par sûreté, quitter le rovaume et oragruer X'enise. Le cas des deux amis était d'autant plus grave qu'ils venaient ainsi de braver des édits très siguilîcatifs dans une forêt proche d'une habitation royale et au moment où le monarque s'y livrait à la chasse. A tout prix, il fallail tirer le jeune Budes d'un aussi mauvais pas ; sa carrière militaire était en jeu. La Courbe essaya d'arranger l'affaire et se heurta tout d'abord à l'indexibilité du Uoi, qui sentait l'utilité d'une impitoyable lépression. Cependant Louis Xin accorda le pardon désiré ; les deux coupables, qui seront un jour beaux-fières, revinrent à la ('our et y trouvèrent bon accueil. Tout fut oublié. La Courbe était alors promu au grade de maréchal de camp, et cédait à Jean-Ba|)tistc sa compagnie au régiment de Piémont. Officier de grande valeur, intelligent, plein d'entrain et d'une inaltérable gaieté même dans les pénibles moments, estimé de ses chefs et adoré de ses compagnons, en outre chambellan du Roi, Jean Budes de la Courbe semblait destiné aux plus hautes dignités, lorsqu'il mourut en 1G3(I, laissant, comme précieux héritage à son neveu, la bienveillance royale qu'il s'était constamment ellorcé de lui acquérir.
Les partages entre Yves, Jean-Baptiste et la dame du Couray de la Coste ayant eu lieu le 24 octobre UV2\) — leur sœur Marguerite était morte — les terres du Guébriant et du Hocher échurent à Jean-Baptiste, qui ([uitta le nom de Plessis-Budes, pour celui de Gué- ])riant.
Le Guébriant, à proximité et à l'ouest de l'iancoët, était alors une gentilhommière, connue dès le milieu du XV® siècle. Lu bel étang, aux agréables contours, formé par te ruisseau du Guébriant qui se jette dans r.Vrguenon, en baignait les abords. I)es bâtiments anciens, il reste actuellement un corps de logis avec [)orte
1(> LE MA.RECHAL DE GUEBIÎIANT
oçrivale et fenêtres irrégulièrement percées, et un pavillon style Louis XIII, auquel s'appuie une cage d'escalier légèrement en saillie, ayant forme de demi-tourelle. Le tout constitue une ferme à laquelle on accède par une chaussée. A l'intérieur, rien n'attire l'attention. Sur l'encognure ouest de la façade, on voit une curieuse inscription : céans f'ct bon visites car ij ha a boiere et a mène, probablement manger).
L'antique chapelle, dédiée à Sainte-Anne, sise au bord de l'étang et d'un bel effet, subsistait encore il y a quelques années ; malheureusement, à la suite d'une crue qui l'endommagea fortement, on la démolit, et ses pierres aux moulures gothiques servirent à des constructions modernes. Tout près vivent encore de robustes chênes — les antiques du Guébriant — que leurs dimensions remarquables font supposer bien antérieurs même à l'époque dont noi^s parlons.
A la tête de sa compagnie de Piémont, Jean-Baptiste fit la campagne d'Italie en 1630, et s'y distingua. Devant Vigon, une balle lui perfora la joue droite, et, comme il parlait au moment, elle ressortit par sa bouche. Dès lors il dut constamment appliquer une emplâtre sur la plaie qui ne guérit jamais. Ce fut la seule blessure grave qu'il ait reçu dans toi.le sa carrière, à part celle dont il mourut. Pendant qu'il était au delà des Alpes, son frère aîné, le baron de Sacey, succombait brusquement à l'âge de trente ans, en pleine santé, dans toule sa vigueur, victime de la longue querelle qui divisait lesBudes et leurs voisins les Guitton.
Au carrefour du chemin de Sacey à Pontorson, au point où se voit aujourd'hui une croix dite du Budes- Tillé, Sacey fut inopinément attaqué par François Guitton, seigneur de la Yilleberge, qu'il avait gravement offensé deux années auparavant.
Guitton, alors âgé de 20 ans, trapu, extrêmement robuste, terrassa son adversaire, et, d'un coup de genou, lui enfonça deux côtes. Le baron de Sacey en mourait le 8 janvier 1631, laissant une femme, née Françoise Bouhier, qui s'était mariée à moins de 15 ans, et se consola en épousant, deux années plus tard.
« Tout près vivent encore
DE ROBUSTES CHliNES — LeS ANTIQUES DU GuÉBRIANT )>
LA FAMILLE ET LA JEUNESSE DE GLEnRlANT 17
un gentilhomme des environs, .Jac([iies de Saint (iilles; ij laissait aussi (|iiali-e enfants : llcnii, ('iiai'irs, Anne et l'uMice.
Henri, »< l'homme de son lonips h; mieux l'ail >, dit iiik' [•(dation, gramlit avec le secret espoir île \en;j;<'i- sdn j)ère. In jour, il provoqua l'rancois (iuitton, lils du meurtrier ; après une teriible lutte, il l()ml)a grièvement blessé, et, dévore par nne soif ardent<', il ahsoi-ha, dit-on, une si grande ([uantité de boisson qu'il rendit l'ànie (i05()). Charles apporta une telle ardeur à l'étude <pi'il devint fou, et ne laissa |)as de postérité. Anne, ilile mademoiselle de (juébriant, mourra jeune eu IG^it), comme nous le verrons; Henée deviendra niai(|iiise de Rosmadec, et vivia très âgée.
l']n juin KYM, on voit M. de (îuébrianl très occupé des préparatifs deson union avec Uenée du Bec-('-resj)in di; N'ardes, sœur de son plus intime ami. A ce sujet il écrit à sa mère, au château de Sacey, pour lui donner des nouvelles de ses affaires pailiculières, qui ne vont pas tout à fait à son gié ; il a dû faire de grosses dépenses; on lui construit un carrosse; il achète quatre chevaux ([ui apjKueilleront ceux de sa future ; le tout coûtera mille écus '. C'est beaucoup lorsqu'on na pas grand'chose. Cependant ses affaires allaient encore s'embrouiller un peu plus.
Louis XUl, qui l'appréciait beaucoup, lui avait promis une compagnie des Gardes françaises lorsqu'il se j)resenterait une vacance de capitaine, ce ([ui eut lieu iuenlôl.
Dès février 1G32, on sigiuut à .Melz le contrat par lei|uel M. de \'iantais vendait sa charge. Tout heureux, (juébriant rannonce immédiatement à sa mère. Au château de Sacey, la nouvelle cause une grande joie, à huiuelle se mêle néanmoins une vive inquiétude. Commenl fera-l-on face au })aicmenl '.' Madame du llirel exprime aussitôt son trouble par un billet qu'elle adresse à son fils, encore à Met/.. Puis, songeant à faire aj)pel à la générosité des siens, elle écrit promptement
1. Arrliives Guébrianl. Guél)ii;inl à .Viiiic Biidcs ; Pariai, 1" juin KîSl.
18 LE MAnÉCMAI. DE GUKIîHlANT
au jeime capitaine pour calmer les inqiiiéUldes qu'elle a l'ail naître tlans son esprit. « Je reçus avant hier, lui répond celui-ci, une lettre de vous en arrivant ici, qui me redonne la vie que m'avait ôlée un petit billet de votre main (|ue je reçus il y a huit jours à Metz, Ce fut le jour même que j'achevai le traité de la compagnie de M. de N'iantais. C'a été par le commandement du lloi, qui me fit l'honneur de m'envoyer quérir par un valet de pied à mon quartier pour traiter. Elle me coûte soixante dix mille livres payables dix mille à la fin de février, vingt mille à la fin de mars... et le reste lorsque j'aurai rendu ma compagnie de Pié/nont... C'a été M. de la Vrilliére et JM. llardier qui ont fait notre traité... Vous voyez par là, madame, que c'est à ce coup que j'ai besoin de vos assistances et de celles de mes amis. Je serais allé en personne aujourd'hui vous les demander sans qu'il faut que je sois encore trois ou (juatre jours ici pour disposer ma maîtresse à aller à Vardes..., et tacher que, mes alîaires faites en Bretagne et ma charge payée, je puisse, en repassant, l'aller épouser à Vardes 1. »
Le Roi lui-même avait réglé les conditions du marché entre Viantais et Guébriant'-. Trouver l'argent nécessaire est la sérieuse préoccupation du capitaine. Il en écrit à sa mère et passe en revue ceux dont il espère le concours ; la baronne de Sacey, sa tante de la Courbe, qui déjà lui a dit un mot favorable, et surtout le sieur de la Coste, son beau-frère, lui viendront certainement en aide. « Pour mon beau-frère, je fais état de sa bourse comme de la mienne. » A tous il écrit, ioio-nant ses instances à celles de sa mère. « Mais, Madame, au cas que tout cela me manque, je vois que vous consentirez à un moyen qui est plus court et plus aisé, ce me semble, qui est de piendre seize mille écus à rente ou au denier de l'ordonnance quelque part à
1. Arch. Guébriant. Guébrianl à Anne Budcs ; Paris, 15 février 1()32.
2. Viantais demandait 25.000 écus, qu'il trouvait d'un autre. Le Roij ne voulait jias ([ue M. de Guébriant en donnât plus de 22.000; ce fut à grand'peine que l'on fit accepter à Viantais le cliilTre de 23.000 écus et 1.000 livres, soit 70.000 livres en tout.
LA FA.MILI.i; I:T I-\ JKLNESS1-: DE (iUKHRIANr 19
l'ii-nnes on ii Siiiril-.Malo. <'t je \(»is (|iic mon Ix'iiii-t'ici'O iK' fera pas cliflitulh^ d'ôlru mon caution... .le no donle jiMinl <|ue je ne doive al tendre de vous, madame, en ((■ci, toutes les assistances d'une l)onn<' nnue. » Son linaneiir est engagé dans la conclusion de cette alïaii-e, (|ui, mClant avantageuse eu toutes façons, ajoute- I il, ne peut, selon mon opinion, qu'elle ne soit à la salisl.iction et au gré de mes amis' ».
(/est un moment décisif aux débuts dune carrière qui s'annonce brillante. L'usage traclieter une compagnie ou un régiment ("tonne à l'époque actuelle. Ouiconcpie alors avait lanihition d'aiteindre les degrés supérieurs de la liiéiarchie militaii-e devait s'imposer un tel sacrifice, c'était la ruine pour bien des officiers; la solde, plus ou moins r<''gulièrement touchée, ne compensait jamais le prix considéiable d'ac(juisition. Néanmoins le fait seul d'autoriser l'achat d'une compagnie ou d'un régiment constituait déjà une appréciable faveur.
Les soucis de j)aiement de la nouvelle charge s'ajoutent à tous ceux qu'impose inévitablement la réalisation d'un grand mariage. Les deux affaires doivent marcher de front. .Vussi (juébiiant mène-t-il sa fiancée à \ ardes, et court-il en Bretagne afin de tout régler définitivement avec Anne Hudes. C]elle-ci cherche avec lui les moyens de résoudre au mieux le difficile problème financier (|ui les obsède; elle emploie toutes les ressources de son es|)rit. Il va des «'chéauces (jue la dignité sinon l'honneur empêche de (h'j)asser, et cette idée la remplit d'angoisses. Comme dans tous les moments |)énibles, elle se touine vers son gendre la Coste, qu'elle nomme « bon fils », « fils bien aynu' ». Le 19 mars 1632, elle lui écrit que les choses ne s'arrangent ])as comme on l'avait espéré ; aussi est-elle toute confuse d être obligée de lui avouej* (|ue madame de la (bourbe ne veut plus fournir les deux mille livres promises, si .M. de la Coste ne s'engage avec Guébriant à les lui rendre tians une année. Elle sait bien que la
1. Arrh. Guéldianl. (au'Uiianl à Anne Rmles : P.uis lô lôvrier 1^:52.
Coste a déjà fait riiupossible pour l'aider; elle n'ose donc le convier à accepter, dit-elle, la pro[)osition, de peur qu'il n'en soit mécontent; mais cependant, malgré son <c regret non pareil » de lui « causer de l'impojtunité », elle le conjure de se montrer encore compatissant, son fils ne pouvant, dit-elle, jamais être aux prises avec des affaires plus importantes. Elle lui offre sa garantie personnelle, et assure que Jean-Baptiste aimerait mieux mourir, et elle aussi, s'il devait en avoir la moindre gène ou incommodité. Si Dieu plus tard donne à M. de Guébriant l'occasion de reconnaître un tel bienfait et qu'il ne le fasse pas, elle ne voudrait plus le tenir pour son enfant.
Madame du Hirel en arrive donc à presser son gendre de centraliser les fonds promis, c'est-à-dire la contribution qu'il a personnellement offeite ; l'argent de madame de la Courbe, s'il peut l'obtenir; une somme empruntée à un certain Julien Le Iloy, et 500 écus que son beau-frère du Plessis-au-Xoir lui a obtenus de sa propre fille, Béatrix Budes, femme d'Olivier Taillefer, seigneur de la Brunaye. Tout cet argent devra être rendu au Guébriant le '2'1 mars, de là être porté à Saint-Mal(i le 23^ se joindre à ce qu'elle a réalisé tle son côté à Sacey ; puis, de Saint-Malo, des lettres de change seront expédiées dès le 24.
Le paiement de la charge de capitaine n'empêche pas cette femme de tète de s'occuper du mariage de son fils. Elle rassemble les pièces utiles au contrat ; elle lui envoie, sur sa demande, un lit de camp qui servira dans le voyage de noces projeté en Picardie, et des objets de ménage ayant appartenu au baron de Sacey, sachant bien maigres les ressources des futurs époux.
Guébriant est fort occupé de son contrat de mariage; aussi écrit-il à sa mère qu'il n'a pas loisir de se retourner '. Sa fiancée, Renée du Bec-Crespin, était fille de René du Bec, marquis de Vardes et de la Bosse, chevalier des Ordres du Roi, gouverneur de La Capelle
1. .^ch. flnôbriant. Ciiu'hiirinf ."i Aniio lUides : P.iris. 21 mars ï(i'd'2.
I,\ FAMII.I r; KT LA JKLNtSSl-: DE Gl l.lili lA.NT 21
il (lu |)nvs (le Ihiciaclie, clu^i' de la Maison de (Ircspiii, lionorableiiieiit connue depuis six ccnls ans, et l'une des |iicmières de la .Ndrinandie. Sa inere, Ih'lèned'O, était \<nve du baron de Mainevillc, lors([ne Weuv du liée ICponsa en |)i-enii('M'es noces '. Du (ôk' maternel, la li;inc('e de ("iU(d)rianl coinplail une dliislie parente; iMiinnions cnli'e autres le inai(|uis de Saluées, allie; à Il mies les Maisons souveraines du temps, et Pliilipj)c de \ illiers de l'Isle-Adani, le fameux grand maître de Hholics, son j^iand-oncle. Elle avait comme frc're vivant ce
I !«'n('' du liée, dont ( iiMd)riant avait été le témoin en duel, ( I (|ui, après son père, aura le gouvernement de La C.a- |M Ile. l'n frère aîné ('tail mort d'une façon tragique. Cerl.iins i-acontent (|u'en allant à Gènes visiter le seigneur Grimaldi, prince de Monaco, son parent, il fut assassine par des ])andits ; mais l'histoire semble être tout autre.
II aurait été tué par un paysan ([u'il avait voulu battre. A la nouvelle de ce drame et pour en cacher la nature, le marquis de \'ardes, « vénérable vieillard », envoya, dit-on, vers l'Italie les équipages de son fils, puis, à (|uel(|ues joui's de là, se fil écrire qu'il était mort subitement en chemin — petite comédie destinée à sauvegarder l'amour-propre paternel et l'honneur du défunt.
lîenée du lîec-Grcspin était personne d'esprit, très intelligente, fine, adroite, insinuante, d'un savoir-faire remar(|uabl(\ intrigante, très fière, aimant les honneurs, ambitieuse au dernier point, nullement femme à diriger un intérieur, aimant la grande dépense. Sans être jolie, — les traits du visage étaient accentués — elle avait fort bon air et de la distinction. Elle é[)Ousa, dit-on, Jean-Baptiste Budes parce qu'elle trouvait en lui l'étoile d'un grand capitaine. On la veira chercher, avec intelligence et ténacité, à le mettre en relief, et à l'aider ; elle travaillera aux intérêts de ses troupes, ne craignant pas sa peine, résolue à surmonter tous les obstacles. Plus lard, étant veuve, elle donnera la mar-
1. Le marquis de Vardcs ('pousa, en secondes noces. Isal>clle de Coucy, marquise de Vervins, dont il n'eut pas d'enfants.
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que, comme ambassadrice extraordinaire en Pologne, d'une rare conception des ad'aires, et le roi Wladislas dira qu'il fallait l'avoir vue pour croire qu'une femnic put être capable des plus hauts emplois et des négociations les plus importantes. Avant d'épouser Guébriant avait-elle été mariée 1' Nous n'avons pu trouver aucune trace certaine d'une première union. Plusieurs auteurs en parlent ; d'autres se taisent '.
Le dimanche 21 mars 1632, Guébriant n'a ([ue le temps de courir chez messieurs de Retz, de la Hunaudaye, de jNIolac et chez {[uelques amis pour les convier à venir signer au contrat, le soir à 4 heures, devant Herbin et Chapellain, notaires au Châtelet. Dans cet acte, le futur est intitulé : chevalier, comte de Guébriant, seigneur du Rocher, des Portes et auties lieux, capitaine d'une compagnie au régiment des Gardes du Roi, srentilhomme ordinaire de la Ghambre. Renée du Rec y est dite fille de René du Rec-Crespin, chevalier des Ordres du Roi, conseiller de Sa Majesté en ses conseils d'État et privé, capitaine de 100 hommes d'armes de ses ordonnances, gouveineur de La Gapelle, seigneur de Vardes, marquis de la Rosse-Montmorin. On y lit que l'union matrimoniale se fait « par advis et conseil de très haute et très puissante dame Louise de Rouibon, épouse de très haut et puissant prince Monseigneur Henry d'Orléans, duc de Longueville... ; de mademoiselle Marie d'Oi'léans... ; de haut et puissant seigneur niessire Tanneguy de Rosmade'c, chevalier,
1. Une quittance conservée dans les archivesdu comte de Guébriant, du l-^' août HVil, dit ([ue, par arrêt du 10 décembre 1()2(;, messire Joseph tie Cirouche, baron de Chépy, avait été condamné au paiement d'une somme de 3.000 livres à demoiselle lienée du Bec, fdle de messire Kené du Bec. marquis de Vardes. Cette quittance aurait-elle un rapport avec une première alliance? La chose est fort possible, peut-être même probable. Tallemant (les Réaux, dans ses Jlislorielles, parle d'un mariage avec Chépy, « homme de qualité .., et trouve que l'affaire ne fut pa.s très honorable pour la demoiselle, ayant duré dix ans, pendant lesquels, celle-ci serait retournée plusieurs fois avec son mari, qui finalement aurait consenti à la dissolution du mariage. I>a Biographie de Michaud parle de la rupture d'un premier mariage « au méinis de toutes les convenances ». D'autres auteurs se prononcent aflirmaliveiiienl et en ternies sévères, ^uant à Le I^aboureur, historien du maréchal, ami de la famille, il reste muet sur ce point.
LA FAMil.LE ET LA JEUNESSE l>E f;tJKI5HIANT '>:H
l);ii(»ii (le la Himaiulaye, goiivoriieur du oliàloaii de Diiiaii, cousin pateiiiel... ; de messire ileniv de C.oiuli, Mlle de het/, iiiar{|iiis de Belle-Isle, j)air d<* Iraiice, |, , lient i)alernel... ; de liant et puissant seigneur nicssiic lioirer du Plessis, clievaliei-, seigneur de Lianeunit, cointede Beaunu)nl et de la lloche-Guyon, nniKini^ de Montfoit, pieniier genlillioniine de la (diainbic du lloi, cousin patei-nei..., etde haute et puissantcdanic .Jeanne de Schomberg. son épouse ; de daine Anm' d<' llcaiiviliiers, tante paternelle... etc.
Pour exécution, le futur élisait doiniciic a Paris. « en la maison où il loge, où pend pour eiisrigiic la llrni- .le Lvs d'or couronnée », rue Saiiit-llonor(*, paroisse Sainl- (jerinain PAuxerrois; et la future en « la maison du marquis de Vardes, son père »,à Saint-(iermaiii-des-Prés •. Le niénnge ne semblait pas devoir être bien fortuné. Mademoiselle tlu J}ec-Crespin apportait 72.()()() livres, ses habits, bagues et joyaux ; son père lui prometlail en oVitre une somme de 30.000 livres. M. de (liiébriant n'avait de ses parents que de maigres biens allribués au moment des partages, après entente avec son frère Yves, qui s'était attribué une large part.
Mme du llirel, en fort mauvais état de santé, ne pouvant assister au ma liage, se contente d'écrire à la belle famille de son fils. Guébriant tient à lui présenter au plus tôt sa femme ; mais il serait désireux, en allant à Sacey, d'éviter la rencontre de la veuve de son frère aîné, la baronne de Sacey. à laquelle il garde rancune de n'avoir pas tenu la promesse qu'elle lui a faite d'avancer mille écus, lors de la contribution des siens au paiement de la charge de capitaine. « i:ile m'eust bien plus obligé, écrit-il, alors de ne les pas |)romettre. » Sitôt donc assurée de Péloignement de Mme de Sacey, la comtesse de Cuébriant ira rendre ses devoirs à Mme du Ilirel ; mais, s'il faut agir autrement Mme de Guébriant partira dès le « premier commandciiient. » « .le vous jure (pTelle est dans ces sentimentsla, et ({u'elle souhaite vos bonnes grâces autant (pie