FABERT GOUVERNEUR DE SEDAN 1642- 164S
Ces difficultés étaient de diverses natures et toutes fort graves. Elles provenaient de trois causes également sérieuses. L'amour des Sedanais pour leurs anciens souverains, leur passion pour l'indépendance pohtique de leur État; et, chez le plus grand nombre, leur attachement aux principes du protestantisme, qui, on le sait, y était la reli- -gion dominante. La tâche confiée à Fabert était donc fort épineuse. Il
lui fallait , pour que Sedan devînt une acquisition utile à la France et non une cause incessante d'embarras et de soucis, faire oublier à la population une autorité qui avait été douce et paternelle, en ne lui montrant que de la bienveillance et de la justice; convaincre les protestants de la tolérance dont leur croyance resterait toujours l'objet, tout en affranchissant l'Eglise catholique de l'abaissement, disons mieux, de roppresssion qu'elle subissait depuis vingt ans; et enfin substituer au sentiment profond, mais étroit, de l'autonomie locale l'intelligence de cet honneur qu'il y a pour un pays à appartenir à une grande patrie et à être associé à de glorieuses destinées. Mais, pour arriver à un tel but, combien ne devait-il pas user de ménagements et de précautions !
Heureusement il se sentait capable d'être à la fois assez doux et assez ferme pour réussir dans cette tâche, et il se mit résolument à l'œuvre.
Au début, il ne laissa voir que le côté bienveillant de son caractère, et ses rapports avec les habitants furent marqués au coin de la bonne grâce la plus parfaite. Plein de politesse et de déférence pour les personnes notables du pays, de bonté et de charité pour les gens du peuple, il accueillit tout le monde, écoula toutes les réclamations, rendit tous les services qui furent en son pouvoir , et se montra absolument disposé à adoucir les conséquences toujours pénibles pour le grand nombre d'un changement de gouvernement. Cependant il étudiait avec sa pénétration ordinaire l'état des esprits, apprenant à connaître ceux sur lesquels il pourrait compter et ceux dont l'opposition ne désarmerait pas. Il se préparait aux luttes qu'il devait avoir à soutenir, et dans lesquelles l'intérêt public était son invariable objectif. En même temps il faisait une étude non moins approfondie , mais plus facile pour un ingénieur tel que lui , de l'état de défense de la place, et dressait les plans de tout ce qu'il avait à y ajouter pour la mettre à l'abri des attaques de l'ennemi.
Pendant qu'il était livré à ces soins, il apprit que le cardinal Mazarin avait proposé de réunir les Terres-Souveraines à la province de Champagne et de le subordonner au gouverneur de cette province. Il ne perdit pas un moment pour protester avec énergie contre une disposition contraire aux promesses qui lui avaient été faites, et contraire surtout aux intérêts du roi. Le conseil d'État donna gain de cause à ses observations, et, à la fin d'octobre, il recevait du grand chancelier sa commission de gouverneur en chef, indépendant de toute autorité autre que celle de la cour. Cette qualité lui maintenait les droits extrêmement considérables dont lui avait parlé Richelieu , et particulièrement celui de pourvoir à toutes les charges et emplois. De plus, il était autorisé à faire toutes les innovations nécessaires pour le bien du service du roi.