‹ Le Maréchal FabertChapitre 35 sur 54 · V. Sedan, le 9 juillet 165(i · texte numérisé non relu

V. Sedan, le 9 juillet 165(i

« Monseigneur,

a II y a trente-sept ans que j'étais capitaine ; il y en a quarantetrois que je sers. J'ai vu soixante et un sièges, beaucoup de combats et deux batailles, esquelles occasions je me suis élevé de charge en charge jusqu'à, la première des armées et le commandement d'une place importante que j'ai assurée par des travaux considérables. Si , Monseigneur, Votre Eminence croit que cela, relevé d'une fidélité sans tache, soit assez pour faire approuver qu'elle élève un de ses serviteurs, je lui demande le bâton de maréchal de France, qu'elle a eu la bonté de me faire espérer de son pur mouvement, et qu'elle peut me donner maintenant sans crainte d'aucune conséquence , par la mort de feu M. le maréchal de Schomberg; mais si. Monseigneur, Votre Eminence ne m'en croit pas digne à présent, ou que sa volonté soit changée pour cela, je la supplie très humblement de croire

que son refus ne diminuera en rien la passion que j'ai pour son service. »

L'astucieux Mazarin connaissait trop bien le prix des services de Faberl pour satisfaire immédiatement ses désirs ; il était pénétré de la vérité de celte maxime assez profonde dont il s'inspirait tant qu'il le pouvait : a On tire plus de services par les promesses que par les présents. Les hommes se mettent en état de mériter ce qu'ils espèrent de nous ; mais ils ne savent gré qu'à eux-mêmes de ce qu'ils reçoivent, le tenant pour un effet de leur industrie. »

Ne voulant donc pas contenter immédiatement Fabert, pas plus que lui ôter l'espérance d'une satisfaction plus ou moins prochaine , ]\lazarin lui répondit dons des termes à la fois évasifs et bienveillants :

« Je vous ai toujours considéré comme une personne de beaucoup de mérite et qui a toujours bien servi le roi avec tout le zèle et la fidélité qui lui est due. Ce serait un grand malheur pour moi si, ayant tâché de faire paraître sans disconlinuation une estime et une amitié particulière pour vous, vous n'en étiez pas entièrement persuadé : rien n'est capable de la diminuer. Je me suis déclaré que je ne m'emploierai jamais auprès du roi pour élever quelque officier à votre préjudice, je vous confirme la même chose; mais vous trouverez bon que je vous dise que comme j'avais cru que vous ne prétendez pas être élevé seul, je m'étais encore imaginé que vous entendiez que le roi devra attendre la vacance de quelques places de maréchaux de France pour les remplir, et il me semble que vous m'aviez écrit dans ce sens. J'ai une entière confiance en vous , et l'on ne saurait rien ajouter à la tendre amitié que j'aurai toujours pour vous et votre famille. C'est pourquoi , étant assuré de ces vérités , vous devez aussi l'être que je profiterai avec plaisir des occasions qui me donneront lieu de vous procurer l'honneur auquel vous aspirez, et d'autres avantages qui pourront faire connaître au monde la satisfaction que le roi a de vos services, et que je suis, sans contredit, le meilleur de vos amis.

« Le cardinal Mazarini. »

Fabert connaissait trop le cœur humain, et celui de Son Éminence en particulier, pour se méprendre à ce langage artificieux. Il y vit la preuve que ses espérances devaient être ajournées, pour longtemps peut-être ; mais ses services n'en furent pas moins zélés, ni son dévouement moins profond. Il vit, non pas avec indifférence, mais sans surprise, le bâton de Schomberg mis entre les mains, fort nobles et fort dignes du reste, du marquis de Castelnau-Mauvissière. En 1657, il

vit mourir le duc de la Mothe-Houdancourt; bientôt après le marquis de Mouchy d'IIocquincourt ; Tannéç suivante, le marquis de Castelnau lui-même ; et les trois bâtons étaient restés disponibles jusqu'au milieu de l'année 1658, sans que Mazarin s'empressât beaucoup de profiter des occasions dont il avait parlé.

Ace moment, il était impossible de retarder davantage un acte si impérieusement réclamé par la justice. Mais le fils du bourgeois de Metz, déjà si souvent sacrifié aux influences nobiliaires, ne devait pas cette fois encore échapper à une mortification glissée au milieu de sa joie comme pour l'empêcher d'être trop vive.

Dans les premiers jours de juin 1658, il reçoit, en effet, une lettre du cardinal qui l'appelle auprès de lui et fait une allusion fort claire à l'intention du roi de lui donner enfin la dignité de maréchal. Il se prépare à se mettre en route sans retard lorsque le bruit se répand parmi les officiers de la garnison, avec tous les caractères de la certitude, que le comte de Mondéjeu, gouverneur d'Arras, a reçu la nouvelle de sa nomination au maréchalat. Fabert en est informé, et, déjà instruit par l'expérience du peu de fond qu'il devait faire sur les promesses du cardinal, il se considère comme condamné à une nouvelle déception. Il écrit à Mazarin sur un ton très digne et très réservé qu'ayant appris, la veille de son départ, la nomination de M. le comte de Mondéjeu, il s'est décidé à changer de résolution et à attendre de nouveaux ordres. « Voire Éminence trouvera bon , dit-il, que je lui représente qu'il y a quelque intérêt pour moi à ne pas me trouver en ce moment à la cour, où j'éprouverais quelque honte. »

Le 16 juin, Mazarin lui répondait que la nomination de M. de Mondéjeu ne faisait aucun tort à la sienne, et renouvelait l'invitation qu'il lui avait précédemment adressée de se rendre sous peu auprès de lui.

Fabert se mit en chemin pour Mardick, oiî le roi était établi pour se trouver plus à portée du siège de Dunkerque. Il reçut de la cour l'accueil le plus flatteur et le roi lui fit connaître la haute faveur qu'il était heureux de lui accorder. Les provisions de sa dignité furent signées le 28 juin, et le nouveau maréchal, invité à rester à la cour, y prit sa part de la joie des grands succès de Turenne , puis des cruelles angoisses que causa une maladie du roi. Enfin, le 20 juillet, il reprit la roule de Sedan.

Arrivé à Amiens, il éprouva une surprise pénible. S'étant rencontré en ce lieu avec des officiers très au courant des choses militaires, i apprit d'eux, à n'en pouvoir douter, que M. de Mondéjeu, ayant été nommé le premier sur la liste, avait la prétention, très fondée du reste, de prendre rang sur lui en raison de cette priorité. Extrêmement blessé de ce qu'il considérait comme une flagrante injustice, Fabert ne

perdit pas de temps pour écrire au ministre une très vive protestation à ce sujet.

Rien n'était plus simple et plus juste que l'exposé des faits, et ce que Fabert demandait était en vérité réclamé par la plus élémentaire équité; mais un grand seigneur, habitué de la cour, familier des ministres, ne pouvait pas avoir tort, et la réponse de IMazarin, en date du 30 juillet, ne laisse à cet égard nul doute à Fabert.

Il reçoit cette lettre le 3 août, et nous connaissons assez son caractère susceptible pour penser à quel degré d'irritation elle l'eût porté, si, par le même courrier, ne fût arrivé le chevalier de Montgaillard , chargé par le roi de lui remettre le précieux insigne de sa dignité.

En présence de ce glorieux bâton fleurdelisé, récompense si longtemps désirée et en réalité si éminente, l'amertume disparaît de son cœur pour ne laisser place qu'à la gratitude et au bonheur. Le fils de l'imprimeur messin se souvient du temps où il portait la hallebarde au régiment des gardes, de celui où il tombait dans une disgrâce de laquelle ne s'était pas relevé plus d'un de ses compagnons d'infortune ; il se dit qu'une question de rang est bien peu de chose quand, parti de si bas, on a franchi un tel chemin et gravi de pareilles hauteurs, et il en conclut qu'il y aurait de l'ingratitude à témoigner du mécontentement quand le cœur doit êlre-tout entier à l'effusion. Aussi , de la même plume qui, peut-être la veille, aurait tracé de sanglants et amers reproches à l'adresse du cardinal , le voyons-nous lui exprimer dans les termes les plus chaleureux une satisfaction sans mélange.

Nous ne mettons pas en doute que tel était le mouvement spontané d'où sortit la lettre de Fabert datée de ce jour. La plupart des biographes qui en ont parlé le font avec tristesse, avec commisération. M. Feillet ^ déplore la a funeste défaillance » de ce grand homme « tombé vaincu dans la lutte ». Il gémit de voir « ce héros jusque-là tout d'une pièce tomber à genoux devant le ministre ».

Mais, remarquons-le bien, lorsqu'il écrit cette lettre si tendre et si soumise du 3 août , il n'a rien à gagner ni à perdre en prenant cette attitude. Sa grande récompense, il en est possesseur; sa juste réclamation, elle a été définitivement refusée. Que son langage soit acerbe ou conciliant, sa situation reste ce qu'elle est. Pourquoi donc attribuer le parti qu'il adopte à d'autres mobiles qu'à un mouvement naturel et sincère d'affectueuse gratitude? Quant à nous, nous refusons absolument d'y voir autre chose , et le héros qui se décide à renoncer à de justes prétentions pour mieux témoigner sa reconnaissance au ministre auquel, après tout, il est redevable de son élévation, nous paraît, même après sa lettre, « tout d'une pièce et sans jointures. » Seu-

1 Revue historique des Ardenncs. — Notes inédites sur Fabert, par M. Alph. Feillet.

lement il est certain qu'il a la gratitude expansive et quelque peu emphatique.

Cette lettre se divise en deux parties. La première a un caractère plus intime et plus personnel , elle explique sa réclamation en l'abandonnant ; la seconde est un hymne de reconnaissance sincère et émue, dégagé de tout autre sentiment ; en voici le passage le plus saillant :

« Sedan, le 3 août 1658.

«... Que M. de Mondéjeu demeure avec l'avantage du pas , .et donnez-moi celui de savoir vous obéir en tout : point de raisons , s'il vous plaît, de Voire Eminence à moi ; un absolu pouvoir est ce que je connais. Et en usant avec confiance en mon obéissance, elle ne trouvera de difficulté à rien , et j'aurai honneur en tout. Si , Monseigneur, jusqu'à présent j'ai cru n'en pouvoir avoir de plus grand que celui de vous servir, que peut aujourd'hui penser mon esprit après la grâce que Votre Eminence a eu la bonté de me faire ? Chacun voit que c'est une créature qu'elle se fait, et je serais infâme si je n'étais à elle sans réserve quelconque. Les remerciements. Monseigneur, n'ont plus de lieu en pareille obligation. Il n'y a qu'une entière soumission, une obéissance aveugle, une fidéhté candide et une profession publique de reconnaissance qu'on puisse y employer. C'est, Monseigneur, à quoi je ne manquerai de ma vie ; et d'autant plus que Votre Eminence m'a élevé par-dessus mon mérite et le commun des hommes , d'autant plus je serai à l'avenir, plus que du passé, soumis à vos commandements et volontés... »

L'élévation de Fabert à la dignité de maréchal causa dans l'armée une joie universelle ; à la cour, elle fut accueillie de même par tous ceux qui étaient capables d'apprécier la noblesse du caractère et la grandeur des services. Les personnages les plus illustres se firent un devoir de lui apporter leurs félicitations. Cette impression unanime et les sentiments qu'elle révélait , sont rappelés en termes aussi nobles que flatteurs dans les Mémoires d'Arnauld d'Andilly :]

«... Parce que personne n'ignore ce qu'était cet homme admirable, je me contenterai de dire que nul autre n'a mieux fait connaître la vérité de cette belle parole d'un ancien , qu'il y a un certain degré de mérite si élevé que l'envie même la plus furieuse n'ose entreprendre d'y donner atteinte, puisque lorsque le roi l'honora de la charge de maréchal de France, il ne se trouva personne assez hardi pour dire qu'il y eût dans cette action plus de faveur que de justice, et que d'un autre côté jamais homme, en s'abaissant, ne s'est tant rehaussé que lui par son incroyable modestie... »

Mais ce qui dut toucher par-dessus tout le nouveau maréchal , c'est

le témoignage de la joie que ressentit la ville de Mclz do l'honneur fait à celui qui n'était pas seulement son enfant, mais avait été son bienfaiteur. Les trois ordres de la ville décidèrent, le 14 octobre 1G58, qu'une députation , composée d'un gentilhomme, de deux échevins et d'un ecclésiastique, serait envoyée à Sedan pour présenter au gouverneur les compliments de ses concitoyens. Celui qui porta la parole au nom de la députation était le grand archidiacre de Metz, Jacques- Bénigne Bossuet. Combien il est à regretter que sa harangne n'ait pas été conservée !

Les Sedanais rivalisèrent entre eux de courtoisie et d'empressement pour faire accueil aux envoyés messins. Le maréchal, le conseil souverain, l'Académie, le clergé voulurent avoir chacun leur tour pour les fêter et entourer d'honneur leur séjour. Ils en furent si satisfails que, le 3 septembre, Bossuet de retour à Metz, ayant rendu compte en détail à l'assemblée des trois ordres de la manière dont ils avaient été reçus, l'ssemblée adopta une motion pour faire parvenir au conseil souverain l'expression de ses sympathies et de sa gratitude.

Fabert demanda au roi, en mémoire de l'honneur dont il était l'objet, de nouvelles faveurs pour ses chers administrés. Rien ne lui fut refusé , et des lettres patentes vinrent donner au ressort du conseil souverain une extension importante. De plus elles autorisèrent l'agrandissement de la ville par l'adjonction du village de Torcy dans son enceinte, projet que caressait depuis longtemps le gouverneur, parce que son exécution devait lui permettre de construire de nouveaux magasins militaires, et en même temps de développer, par la création de nouvelles manufactures, l'industrie sedanaise chaque jour plus florissante.

Fabert eut ensuite à négocier avec M. du Mont, chargé d'affaires du prince de Condé, un traité très avantageux pour la Champagne, par lequel il fut convenu que cette province , moyennant une contribution de six mille pistoles environ, serait dorénavant respectée par les partis de l'armée du prince. Désormais les voyageurs et les commerçants purent y circuler sans avoir rien à craindre.

Le maréchal voulut obtenir plus encore et arriver à un accommodement complet avec Condé. Celui-ci se prêtait à en discuter avec lui les termes, et telle était la confiance que le prince plaçait en sa loyauté, qu'il proposa de venir le trouver à Sedan, sur la seule garantie de sa parole. Mais le roi n'était pas disposé à rendre à son rebelle cousin la puissance et les moyens d'action qu'il avait tournés contre la couronne. Condé devait attendre, pour rentrer en grâce, les stipulations du traité des Pyrénées.

Heureusement pour lui, et plus encore pour la France, il n'attendit pas longtemps.

Puisque nous avons été amené à parler ici de ce glorieux traité des

Pyrénées, sur lequel nous n'aurons pas occasion de revenir, disons dès maintenant le service que Fabert trouva encore à ce moment occasion de rendre à la France.

Au moment où Mazarin partait pour aller jeter avec don Luis de Haro les bases de celte paix célèbre, fin d'une guerre de vingt-quatre ans, notre maréchal, toujours à la recherche de ce qui pouvait être dans l'intérêt du pays , donnait le moyen de lui acquérir un territoire de plus, peu important comme étendue, mais d'une réelle valeur au point de vue stratégique. Il s'agissait de deux localités situées sur la Meuse, appelées Chomme et Iseuville, qui bien fortifiées pouvaient fournir une tète de pont magnifique sur le fleuve, et qui, entre les mains des Espagnols , constituaient un danger permanent. Il en était de même d'Ivoy, sur la Chiers, siège d'une prévôté de trente villages, qui avait été pris, puis abandonné par les Français, et que les Espagnols avaient négligé de réoccuper.

Le maréchal envoya son aide de camp Sertorius à Mazarin pour lui faire connaître la valeur de ces localités et la facilité qu'il aurait de les obtenir. Le moyen qu'il lui proposait consistait à ajouter dans le texte du traité, après l'énumération des principales places cédées à la France, les mots suivants : « et généralement toutes les dépendances des lieux où l'un desdits rois a garnison leur demeureront et appartiendront sans difficulté. »

Et, afin d'assurer l'efi'et de cet article, il ne perdait pas de temps pour rétablir une petite garnison à Ivoy et placer à Chomme et Neuville trente hommes avec un sergent , tirés de la garnison de Sedan.

L'article proposé par Fabert fut accueilli avec empressement par le cardinal : il n'oublia pas d'en faire usage, conformément à l'avis du prévoyant gouverneur, et sa satisfaction alla jusqu'à déclarer que, « sans l'ombre d'un doute, en échange d'un tel service, le roi ne manquerait pas de donner le domaine d'Ivoy à M. de Fabert. »

Le traité des Pyrénées assura, en effet, à la France les places dont nous venons de parler; mais Ivoy ne fut pas donné à Fabert. Ce fut le comte de Soissons , fils du prince Thomas de Savoie, qui en fut gratifié, et à cette occasion son nom fut changé en celui de Carignan, titre d'une seigneurie possédée en Piémont par ce prince.

Lorsque le roi, après son mariage, fit son entrée solennelle à Paris, le maréchal se rendit en cette ville avec toute sa famille pour prendre part aux fêtes qui accompagnèrent la cérémonie. Une question d'étiquette occupait alors la cour; on avait réglé que dans le cortège les ambassadeurs étrangers auraient le pas sur les maréchaux ; ces derniers protestèrent, au nom de tous les précédents, contre une innovation blessante pour leur dignilé de grands officiers de la couronne.

Fabert fut chargé d'être auprès du roi l'inlerprèlc de leurs récla-

mations. Il exposa avec tant de justesse les raisons qui militaient pour faire tenir tout près de la personne de Sa Majesté les maréchaux , « force de l'État et soutien du trône , » qu'il obtint complet gain de cause ; et le roi fit son entrée, le 26 août 1G60, entouré de ses maréchaux.

Fabert, présenté à la jeune reine, fut accueilli par elle de la manière la plus gracieuse; elle s'entretint avec lui en espagnol et lui témoigna une très grande bonté.

Les conséquences du traité des Pyrénées imposèrent au gouverneur de Sedan de nouveaux travaux, L'Espagne avait cédé à la France plusieurs places sur la frontière voisine de ce gouvernement, et c'était à lui qu'était dévolue la mission d'en prendre possession, d'en organiser les commandements militaires et les magistratures civiles, de concilier les intérêts des populations avec ceux de la couronne, et d'attacher à la patrie ces nouveaux sujets en veillant à ce qu'ils fussent traités avec équité et bienveillance. Nul n'était plus que lui capable de ce qu'il y avait à faire dans ce but. Celte œuvre, toujours délicate, fut accomplie avec un succès complet, et l'assimilation des territoires annexés se fit rapidement et sans nulle résistance.

Mais rien ne préoccupait le maréchal comme de faire de Sedan une place forte modèle , dépôt central de toutes les ressources militaires du nord-est de la France , dont les magasins fussent toujours prêts à s'ouvrir pour les besoins d'une armée manœuvrant , ou d'un siège organisé dans son voisinage. L'augmentation de l'enceinte de la ville favorisait singulièrement en cela l'exécution de ses plans. Un arsenal de construction et de réparation du matériel de guerre était organisé sous sa haute direction , il y appelait de nombreux ouvriers , tant du pays que des contrées voisines. Les poudreries de Metz et de Stenay travaillaient à la fabrication de la poudre ; les usines métallurgiques du bassin de la Meuse, à celle des boulets ; et, au milieu du calme de la paix renaissante, tous les préparatifs de la guerre redoublaient d'activité.

C'est que, aux yeux de Fabert, cette paix précieuse ne pouvait être mieux assurée que par des frontières en bon état, des magasins bien remplis, une armée bien disciplinée et toujours prête à entrer en campagne. Il ne poursuivait donc pas d'autre but que le maintien de la paix générale, quand il imprimait aux travaux militaires une si active impulsion.

A ces soins importants il trouva le moyen d^en joindre d'autres d'une portée plus haute encore. Ses rares moments de loisir étaient consacrés à la rédaction de Mémoires dans lesquels il mettait en relief les abus qui existaient dans la perception et l'administration des finances de l'État, et cherchait à y remédier. D'autres étaient relatifs aux inconvénients de la vénalité des charges judiciaires; d'autres, à la fatale

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