FAMILLE ET NAISSANCE DE FABERT
Le nom que le maréchal Fabert devait entourer d'une gloire si pure paraît pour la première fois dans les annales de Lorraine vers le milieu du xvi® siècle. Il y paraît sans éclat, il est vrai, mais avec cet honneur inséparable de tout ce qui touche aux lettres. C'est, en effet, à la fois un imprimeur et un lettré qui le porte.
Le grand-duc Charles III présidait alors aux destinées de la Lorraine, et son gouvernement faisait régner la paix, l'abondance et le bonheur au sein d'une population qu'attendaient après lui de si cruelles épreuves. Ami des sciences et des arts, il se plaisait dans la conversation des savarits , et rien de ce qui était du domaine de l'esprit ne lui restait indifférent. Cependant Nancy, sa ville capitale, déjà si justement célèbre, ne possédait pas d'établissement typographique, alors que les presses de Strasbourg et de Metz jouissaient depuis plusieurs années d'une réputation méritée. La petite ville de Saint-Nicolas-du-Port avait, il est vrai, sauvé à cet égard l'amour-propre du duché. Dès le commencement du xvi® siècle, le prêtre Pierre Jacobi y avait imprimé de beaux ouvrages, maintenant devenus bien rares. Mais une décadence prématurée, à laquelle sans doute les circon-
stances politiques et religieuses n'étaient pas restées étrangères, avait frappé cette industrie , et la seconde moitié du siècle la trouva expirante.
Or le duc Charles III avait besoin du secours de la typographie pour donner à ses ordonnances de gouvernement toute la publicité désirable : il lui répugnait, pour diverses raisons faciles à comprendre, de recourir dans ce but aux presses de Strasbourg, de Metz ou de Toul. Il résolut donc d'organiser, à ses frais et pour les nécessités de ses services administratifs, une imprimerie spéciale, restant exclusivement soumise à son autorité. On a lieu de penser que la création de cet établissement eut lieu vers 11)60. Il choisit pour mettre à sa tète un imprimeur qui s'était fait connaître par son érudition , non moins que par ses talents spéciaux, à Strasbourg, ville renommée entre toutes par le degré d'avancement où était parvenu l'art typographique. 11 se nommait Dominique* Fabert, et, si l'on en croit quelques généalogistes, il s'était déjà rattaché à la Lorraine par des liens de famille en épousant , vers lbo4 , Florentine de Fulaine. De plus, il possédait la seigneurie de Xonville, village voisin de la terre de Gorze. Quoi qu'il en soit , aucun monument existant ne permet de préciser d'une manière plus exacte ou détaillée le rôle que remplit ce Fabert dans les fonctions de confiance auxquelles il était appelé. L'existence de son imprimerie n'est révélée que par les comptes des financée ducales, et les placards sortis de ses presses, reconnaissables seulement à la date de leur émission, ne portent ni son nom, ni aucune indication spéciale qui permette d'en constater la provenance.
Si peu éclatants qu'aient été les résultats de cette organisation , on peut assurer du moins qu'elle se prolongea plusieurs années. Peut-être prit-elle fin dès 15G6, époque où un imprimeur venu de Saint-Nicolas, Nicolas Ilierosme , publia un recueil d'ordonnances monétaires, mais sûrement avant 1572. Car, à cette date, une imprimerie travaillant pour le public avait été créée à Nancy ^ J. Jcnson éditait sous son nom un volume intitulé : Le Parnasse des poètes français, et à la même date ce nom se trouvait également sur les placards et ordonnances du gouvernement. L'imprimerie ducale avait donc cessé d'être. II est plus que probable que ce fut vers ce temps que Dominique Fabert, n'étant plus retenu à Nancy par les devoirs de sa charge, prit le parti de se fixer à Metz , ville moins éloignée de sa seigneurie de Xonville , et d'autre part, renommée par les mœurs aimables et hospitalières de ses habitants. Bien que, resté titulaire de la direction de l'imprimerie ducale et de la pension attachée à ce titre, il en eût obtenu la survivance pour son fils, il préféra, tout en laissant ce der-
1 Les noms de Dominique etMengin, dans le langage du pays messin, soiit identiques. - Voir, sur l'élabliï:scmcnt de rimprimcrie à Nancy et le rôle de Dominique Fabert, les savantes Rccherc/ies de bibliographie lorraine de M. Beaupré. Nancy, 184.j-18o3, 2 vol. in-S".